LE CHANTRE DE LA DIVINE EUCHARISTIE
divines volontés. Vingt ans s'écoulèrent sans que l'humble vierge pût s'y résoudre. Elle s'ouvrit enfin à Jean de Lausanne, chanoinedeSaint-Martin-du-Mont, homme d'une rare vertu. Celui-ci en conféra sans délai avec l'archidiacre et plusieurs doctes théologiens^ parmi lesquels se trouvaient Hugues de Saint-Cher, alors Provincial des Frères Prêcheurs, et trois autres Dominicains, professeurs à Liège. Tous furent d'avis qu'il était justeet utile de rendre de nouveaux hommages au très auguste Mémorial de la Passion du Sauveur.
Comme toutes les œuvres divines, le projet rencontra des contradictions sans nombre, jusqu'au sein du clergé. On traita la Sainte de visionnaire et de fausse dévote ; on trouvait plus que suffisante la mémoire de l'institution eucharistique, qui se fait chaque année le Jeudi Saint, et chaque jour dans l'action même du divin Sacrifice. Mais Té/éque Robert de Toroie en jugea autrement, et, par décret synodal ordonna, pour tout son diocèse, le jeudi après la Sainte Trinité, la célébration annuelle d'une fête en l'honneur du Saint Sacrement, avec abstention d'œuvres serviles et jeûne préparatoire.
La mort le surprit avant que son ordonnance fût mise à exécution ; et seuls les Chanoines de Saint- Martin commencèrent, en 1247, ^ célébrer la fête du Corps du Seigneur. L'office en avait été compcsé, à la prière de la bienheureuse Julienne, par un jeune Religieux de son Ordre, nommé Jean, d'une science assez commune, mais d'une grande vertu.
Cinq ans après, Hugues de Saint-Cher, devenu cardinal, et Légat du Saint-Siège pour l'Allemagne et les Pays-Bas, fut appelé à Liège par les devoirs de sa
charge. On était aux jours consacrés à honorer le Corps du Seigneur. Il voulut donner l'exemple, en célébrant avec solennité la Messe du Saint-Sacrement, et il y prêcha. Ensuite, il adressa une lettre aux évêques el aux fidèles de sa Légation, pour ordonner la célébration annuelle de la nouvelle fête.
Julienne n'eut pas la joie de voir la pleine extensiori d'une œuvre qu'elle avait tant à cœur; elle mourut, mais en laissant comme confidente de ses pensées une recluse, nommée Eve. connue elle aussi du Pape Urbain. Sous le nom de recluses, le Moyen Age désignait de pieuses femmes qui, par un motif de pénitence ou de dévotion, s'enfermaient pour le reste de leurs jours dans une excavation, qu'on murait ensuite, à l'exception d'un étroit soupirail par lequel elles recevaient la lumière et la nourriture.
Apprenant l'exaltation de Tancien archidiacre au trône pontifical, Eve obtint, sur les instances des Chanoines de Saint-Martin^ que le successeur de Robert, Henri de Gueldres, sollicitât du Pape la célébration de la fête du Saint-Sacrement dans l'Église universelle.
La demande parvint au Vicaire de Jésus-Christ presque en même temps qu'avait lieu le miracle de Bolsena, et qu'une puissante intervention allait, selon de graves auteurs, être la troisième cause déterminante des résolutions du Pontife. Cette intervention n'était autre que celle de saint Thomas lui-même.
Voici cequeporte un vieux manuscrit :« SainiThomas avant, par ordre du Pape Urbain IV, composé sur les Evangiles un commentaire intitulé/*^ Chaîne d'Or, \c Pontife lui offrit pour récompense un évéché. Mais il