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ne voulut pas l'accepter, et pria seulement le Paped'instituer la Fête du Corps du Sei^neur.tn l'honneur de Jésus-Christ, et comme prix de son travail. Ce qui fut fait, et le saint Docteur composa cet Office admirable que Ton récite par toute l'Eglise. D'où l'on peut dire en vérité que la fête du Saint-Sacrement est la fêle de saint Thomas et des Frères Prêcheurs. »
Cette dernière conclusion cessera de paraître suspecte de partialité, quand on saura comment, en dehors même de l'intiuence du Docteur Angélique, l'Ordre de Saint-Dominique a su rendre cette fête particulièrement sienne. Nous avons vu plusieurs deses Docteurs approuver le pieux projet, et son premier Cardinal étendre, avant tout autre, au delà des bornes d'un simple diocèse, la louchante solenniié. En inscrivant à son cycle liturgique la fête du Corps du Seigneur, l'Ordre de Saint-Dominique lui a donné un rang égal à celui des fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Renchérissant même sur la liturgie romaine, qui, durant FOctave, exclut seulement les fêtes du rit semi-double ou d'un rit inférieur, la liturgie dominicaine rejette toute autre fête que celles de saint Jean-Baptiste et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, si elles tombent dans cette octave, qui est solennissime. Enfin, pour ne rien omettre d'important^ citons encore un témoignage de haute valeur.
Dans une Constitution Apostolique, le Pape Be« noît XIII, après avoir rappelé que « le très illustre fils du bienheureux Dominique, Frère Thomas d'Aquin, a, par des hymnes et des cantiques incomparables et presque divins, exalté et éternisé dans l'Eglise catholique la gloire du Très-Saint-Sacrement », recom-
mande « un Ordre qui a tant mérité pour son zèle à propager et accroître le culte rendu au Corps du Seigneur ».
Ce fut le 8 septembre 1264 que le Saint-Père signa la bulle JransituriiS ; et pour exciter la piété des fidèles, il ouvrit le trésor des indulgences en faveur d( ceux qui assisteraient dévotement à la Messe et au3 différentes Heures canoniales de la Fête et de sor Octave. Il n'est point question de la Procession, qu ne s'établit en effet qu'au siècle suivant.
Le Pape adressa sa bulle expressément à Eve, h pieuse recluse, avec une lettre de sa main, dans laquell( on lisait ces mots : « Nous vous envoyons le cahier qui contient l'Office de la fête, et nous voulons que vous ei laissiez pren dre copie à toutes les personnes qui le désireront. « Cet Office était celui qu'il avait fait compO' ser par saint Thomas. Les auteurs ecclésiastiques remarquent que l'Eglise de Liège abandonna aussitôt les formules liturgi ]ues dontelle se servait, et rivalisa dès lors avec toutes les églises du monde pour ne chanter à l'avenir que l'Office composé par saint Thomas, a Ilétait juste, dit Antoine de Warthe, historien d( rOrdre de Cîteaux. que ce fiît le Docteur Angéliqu( qui nous apprît les merveilles et nous expliquât lî vertu divine du Pain des Anges. »
Denys le Chartreux et quelques historiens après la: avancent que Urbain IV avait donné commission se parement à saint Thomas et à saint Bonaventure d( travailler sur le même sujet, et qu'à Ja lecture que fi de son œuvre notre saint Docteur, saint Bonaventure, ravi d'admiration et inondé de larmes, déchira un( à une les pages de son manuscrit.
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C'est là, selon toute apparence, une légende, dont la gloire de saint Tnomas n'a nul besoin.
Que le Docteur Séraphique, dont TàTie toute suave se fondait au feu de Tamour divin, n'ait pu retenir ses larmes devant un tel chef-d'œuvre, rien n'est plus vraisemblable; mais rhomn:iage rendu par lui, dans cette circonstance, à son illustre ami, n'est-il pas suffisant ? Comment d'ailleurs accorder cette opinion, dont la première trace ne s'aperçoit qu'après plus de cent cinquante ans, avec le témoignage positif des contemporains, qui se bornent à attribuer à saint Thomas l'office publié sous son nom ?
L'admiration qui accueillit dès son apparition ce monument impérissable à la gloire de la sainte Eucharistie, n'a cessé de grandir avec les siècles, et un simple coup d'œil sur la contexture de ses parties suffit pour découvrir Tempreinte du génie, inspiré par la piété la plus tendre.
Les Antiennes sont une appropriation d'un verset des psaumes à la divine Eucharistie, sauf la dernière de toutes, VO Sacrum Convivium^ qui « est un cri prolongé de reconnaissance pour le banquet sacré de Tunion divine, mémorial vivant des souffrances du Sauveur, où l'homme est rempli de grâce en son âme, et reçoit dans son corps même le gage de la gloire future ».
Les Répons offrent un parallélisme saisissant entre l'Ancien et le Nouveau Testament, entre l'oracle des Prophètes et la parole du Christ, promettant ou donnant le pain qui est son Corps, et le vin qui est son Sang. En regard de TAgneau figuratif des Hébreux, le Docteur Angélique met le Christ immolé^ notre véri-
table Pdqiie : à la manne du désert, il oppose l'aliment céleste qui donne la vie au -monde; au pain qui réconforte le prophète Eliedans sa marche vers Horeb. le Pain des Anges, devenu nourriture de V homme voyageur.
Les Hymnes, presque divines, au jugement d'un Pape, sont à peu près les seules auxquelles Urbain VIII, dans sa réforme liturgique, défendit de toucher, à cause de leur perfection et du respect dû à leurauteur. Le Pange lingua résume le mvstère de la foi dans une doctrine profonde et concise. C'est l'hvmne que l'Eglise choisit de préférence pour chanter le divin Sacrement. « Dans le Sacris Solemniis se déroule en noble poésie le récit de la dernière Cène, et l'énoncé des grands biens conférés à la terre en cette nuit précieuse r. qui nous procura l'Eucharistie. Lhymne des Laudes est célèbre par l'admirable strophe, la quatrième, qui résume si complètement dans sa brièveté gracieuse le mystère du Christ-Jésus, compagnon^ nourriture, rançon et récompense de l'homme. Le poète du Bréviaire de Paris, Santeuii, en lémoignaittant d'admiration, qu'il aurait, disait-il, donné volontiers pour elle toutes ses compositions liturgiques. Que dire entin de la Prose ou Séquence Lauda Sien ? Là, dans une succession de strophes magistrales, Texposition substantielle du dogme le plus consolant fait suite aux élans d'un enthousiasme vraiment lyrique, et ne s'arrête qu'en face de l'adoration et de Thumble prière.
Tel est rOfîice dont l'Ange de l'Ecole a enrichi la liturgie sacrée. Avant de le porter au Pape, il le déposa devant le saint Tabernacle, et le Christ, renouvelant le miracle fait au sujet des Accidents eucharistiqueSy
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rendit une seconde fois témoignage à son Docteur. On vénère encore dans l'église de Saint-Dominique, à Orviéto, le Crucifix qui prit la parole, en cette circonstance mémorable
Une remarque trouve ici sa place. Ces hymnes, ces antiennes, ces psaumes, ces répons ne prêtent pas seulement leur utile concours à la solennité des divin s Offices; mais ils Fournissent encore aux fidèles, pour l'adoration silencieuse du Très-Sdini-Sacrement, (c le meilleur thème de contemplation qui puisse éclairer leurs intelligences et embraser leurs cœurs ».
Aussi adhérons-nous pleinement à Pinvitation adressée aux fidèles par le continuateur de VAnnée liturgique, auquel appartiennent plusieurs des réflexions €t citations qui précèdent : « Durant les heures fortunées qu'un industrieux amour saura dérober aux occupations ordinaires, qu'ils choisissent donc de préférence Texpression de leurs sentiments dans les formules consacrées par TEglise elle-même, sous Tinspiration de saint Thomas, à chanter l'Epoux en son divin banquet : non seulement ils y trouveront la poésie, la doctrine et la grâce, habituelle parure de rÉpouse en présence du Bien-Aimé ; mais ils auront fait viteaussi l'heureuse expérience que, commue le mets céleste lui-même, ces formules sanctifiées se prêtent à toutes les âmes, et deviennent en chaque bouche l'expression la plus opportune et la plus vive des besoins €t désirs de tous. »
Sublime destinée faite par la Providence à l'œuvre de saint Thomas ! Ce n'est pas assez que chaque année, au retour de la Fête du Corps du Seigneur, retentissent dans nos cathédrales, comme dans nos
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églises de hameaux, les hymnes incomparables dont il est l'auteur. Ce n'est pas assez que leur chant triomphal^ associé à une pluie de roses et à des nuages d'encens, marque, à travers les rues de la grande cité, et sur les chemins ombragés de l'humble village, le cortège pacifique du Roi des rois ; chaque semaine, ou, pour mieux dire, chaque jour, quand THostie sainte sort du tabernacle pour recevoir les adorations de la foule et pour la bénir, elle est saluée par deux des plus magnifiques strophes du Docteur Angélique. Ainsi en sera-t-il toujours. Aussi longtemps que durera le mondCj jusqu'à l'heure solennelle où le dernier prêtre, quittant la terre, emportera dans sa poitrine la dernière hostie, saint Thomas d'Aquin, nouveau David, illustre chantre d'Israël^ restera, au sein de l'Eglise catholique, le Chantre immortel de la divine Eucharistie !