‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 44 sur 96 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DERNIÈRE PÉRIODE d'lNSEIGNEMENT.

Illiiminaits fer omnia respexit.

ECCLI. XLII, i6.

Dans sa course lumineuse, son regard a tout pénétré à fond.

ROIS contrées de l'Europe avaient été marquées de Dieu, pour servir tour à tour de théâtre au rôle providentiel du Docteur Angélique.

L'Italie lui avait donné naissance, et, après l'avoir initié aux lettres humaines et engendré à la vie religieuse, l'avait vu s'éloigner, en possession d'une vocation vaillamment défendue.

L'Allemagne avait assisté à ia manifestation de son génie, et, quelques années plus tard^ avait entendu de nouveau les doctes mugissements du Bœuf de Sicile.

La France lui était devenue comme une seconde patrie. Jeune étudiant, elle lui avait ouvert les bras ; elle l'avait acclamé professeur au collège de Saint- Jacques, docteur en la première Université du monde, l'oracle d'une foule prodigieuse de disciples, l'arbitre des maîtres eux-mêmes, et la lumière de 1 Europe chrétienne, sur laquelle, sans quitter les principaux foyers universitaires, il avait projeté les rayons de la vérité.

a 3 2 LIVRE I-r. VIE DK SAiNT THOMAS.

Saint Thomas devait encore, il est vrai, poser le pied sur le sol anglais, mais pour quelques jours à ,peine; et l'Italie, sa patrie, allait recueillir ses enseignements, pendant la dernière période de celte trop courte carrière.

Alexandre IVélant mort, le Patriarche deJérusalem, ancien archidiacre de Liège, fut élevé à la papauté, et prit le nom d'Urbain IV. Dès le commencement de son pontificat, il voulut que Frère Thomas vînt résider près de lui, afin d'êire'à même de rendre à l'Eglise de plus importants services. Docile à cet appel, notre saint Docteur quitta Paris, et arrivadans la Ville éternelle. Là, il acheva quelques-uns des traités commencés en France, et mit la main à plusieurs nouveaux •écrits, dont il a été fait mention auquinzièmechapitre.

Le Saint-Père lui demanda un commentaire sur les Evangiles. Saint Thomas composa la Chaîne d'Or, •œuvre miraculeuse, selon Guillaumede Tocco; œuvre plus resplendissante que le soleil, au jugement du cardinal Bellarmin.

Dans cet ouvrage, d'une érudition prodigieuse, l'auteur aréani tout ce qui a été dit de plus sub'ime et de plus édifiant dans une intinité de volumes, parles saints interprètes grecs et latins. ^^ Il parle avec tous, dit un biographe ; tous parlent et s'expliquent par lui. » Les textes sont rapportés dans un si bel ordre qu'ils semblent émanerd'une seule et même pensée. -^ « Il a plu à 'Votre Sainteté, dit-il lui-même dans son Epître déiicatoire au Pape Urbain, de me confier le soin d'expliquer l'Evangile de saint Matthieu ; je me suis appliqué à ce travail, et j'ai recueilli de nombreux passages des Pères. Mon intention a été non seule-

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ment de faire nssortirle sens Huerai, mais d'exposer le sens mystique, de réfuter l'erreur et de prouver la vérité. ))

Le Souverain Pontife tut tellement ravi de ce commentaire, d'un genre tout nouveau, qu'il voulut élever l'auteur à l'épiscopat, et même, on peut le conjecturer d'après certains documents, à la dignité cardinalice. Lhumilité du saint Religieux fut une barrière que le Pape n'osa franchir. Du moins il le chargea d'enseigner la philosophie et l'Ecriture sainte aux prélats et aux clercs de la Maison pontificale.

Attaché par ses fonctions à la cour du Pape, saint Thomas enseignait et prêchait partout où se rendait le Vicaire de Jésus-Christ. Delà sorte, Viterbe, Orviéto, Fondi, Pérouse, et plusieurs autres villes moins importantes encore, entendirent cette grande voix que sollicitaient les principales cités de l'Europe.

En 1264. J^^f^ ^^ Verceil, Général de TOrdre de Saint-Dominique, institua Frère Thomas Régent des études à Sainte-Sabine.

Le couvent de Sainte-Sabine, près deTéglise élevée sur le mont Aventin à la mémoire d'une martyre du second siècle, avait éié donné par Honorius IIl au bienheureux Patriarche des Prêcheurs. Le souvenir du Saint y était toujours vivant. C'est là qu'il avait revêtu des livrées de l'Ordre saint Hyacinthe et le bienheureux Ceslas, deux jeunes Polonais, destinés par Dieu à semer des couvents dominicains dans les régions du Nord. C'est là que Dominique avait planté, en un coin du jardin, un oranger que le temps a respecté, et dont le tronc, six fois séculaire, a poussé tout à coup une tige nouvelle, Tannée où le P. Lacordaire

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