‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 45 sur 96 · THOMAS D .AO'IN · texte numérisé non relu

THOMAS D .AO'IN

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prenait à Rome le froc monastique. Coïncidence gracieuse dans laquelle on a voulu voir un symbole de la

renaissance de l'Ordre dominicain en France, au souffle de l'illustre conférencier de Notre-Dame !

Quand, en 1273, le Maître Général transporta sa résidence dans le couvent de Sainte-Marie-sur-Minerve, au centre de Rome, Sainte-Sabine ne cessa point d'être habitée par les tils de saint Dominique. Aujourd'hui cette maison est. hélas ! aux mains du gouvernement piémontais, à la réserve d'un bâtiment qu'occupent quelques Religieux, chargés de desservir la vieille basilique.

Saint Thomas, installé dans sa nouvelle chaire, déploya les rares talents qu'il avait montrés précédemment à Paris et à Cologne. Toute la ville contemplait non plus un astre naissant, maisun soleil en son midi — ce sont les expressions d'un historien, — tant il brillait par la profondeur admirable de ses conceptions, la netteté de ses pensées^ la clarté de ses raisonnements et la ravissante méthode de ses leçons. Il passa de la sorte plusieurs années, écouté de ses Frères comme un interprète inspiré de TEcriture et delà Tradition, estimé du peuple, auquel il annonçait la parole de Dieu, vénéré et honoré par les cardinaux et le Vicaire de Jésus-Christ.

Clément IV, successeur d'Urbain, avait en singulière affection notre saint Docteur. Le siège archiépiscopal de Xaples étant venu à vaquer, il en pourvut aussitôt Thomas d'Aquin. C'était faire honneur tout ensemble et à l'élu, à cause de l'importance du siège, et à la capitale d'un royaume dont saint Thomas était le plus illustre citoyen. La bulle en fut expédiée à

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l'humble moine, qu'elle remplit de douleur^ et qui, à force de prières et de larmes, obtint que Dieu changeât les dispositions de son Vicaire. Par un de ces faits assez rares dans l'histoire des Papes, Clément IV retira sa bulle, laissant au saint Religieux l'entière liberté de sa vie humble et laborieuse. A partir de cette époque, en effet, il n'est plus trace de nouvelles tentatives pour élever saint Thomas aux honneurs ecclésiastiques

Bien qu'exempt pareillement de toute prélature dans le cloître, il ne laissait pas, en dehors même de l'enseignement, d'avoir sur son Ordre une très utile action.

Des documents authentiques rapportent plusieurs fondations impo.tantes, faites à sa considération ou d'après ses désirs. Da ce nombre fut le couvent de Sainte-Marie de Salerne, où, plusieurs années après la mort du saint Docteur, une de ses mains fut apportée, et conservée dans l'église, avec le corps de sa sœur, la comtesse deSan-Severino.

Sauf de rares exceptions, chaque année le retrouvait éclairant des conseils de sa prudence l'assemblée capitulaire, et l'édifiant par le spectacle de ses vertus.

En 1 267, le Chapitre se tint à Bolojne, et saint Thomas y fut appelé. Les habitants en profitèrent pour s'assurer un maître si capable de relever l'éclat de leur Université, jadis la plus florissante de l'Italie.

Il y avait juste un demi-siècle que Bologne avait vu venir à elle un des trois premiers essaims de TOrdre naissant. Elle avait donné aux Frères l'église Saint-Nicolas-des-Vignes, et c'est là que Dominique avait été arrêté par la mort, dans la cinquante et unième année

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de son âge. Circonstance providentielle ! à l'occasion de ce Chapitre, on transporta son corps du tombeau sans sculpture où il reposait, dans un tombeau plus riche et plus orné. Saint Thomas assista donc à cette translation, faite solennellement en présence de plusieurs évêques, du podestat de Bologne et d'une foule considérable; et il eut, avec les Evêques et les Religieux, la consolation de baiser le chef sacré de son bienheureux Père.

Après quelques jours consacrés uniquement aux effusions de la piété, *1 commença ses leçons de Théologie. « On vit dès lors, à Bologne, écrit Touron^ ce qu'on était accoutumé de voir dans tous les lieux où Thomas enseignait: je veux dire, une nouvelle ardeur pour l'étude, le concours des citoyens, et des étrangers, qui venaient de loin pour l'entendre, l'admiration et l'applaudissement de tous ceux qui avaient le bonheur ou d'écouter ses discours, ou de recevoir ses décisions. »

Cependant la France devait encore revoir son Docteur. Un vieux manuscrit, conservé longtemps dans la Bibliothèque Saint-Victor, à Paris, nous révèle la présence de Thomas d'Aquin dans cettecapitale, pour le Chapitre de 1269. Il eut alors des entreliens fréquents avec saint Louis, qui était à la veille de s'embarquer pour ces rivages africains, où l'attendait la mort d'un héros et d'un martyr. Les instances du roi décidèrent Thomas à reprendre sa chaire de Saint- Jacques; Ton croit qu'il y enseigna encore pendant deux ans. Il revint ensuite à Bologne.

L'antiquité avait vu les villes de la Grèce se disputer la gloire d'être la patrie d'Homère ; ainsi

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voyait-on les plus fameuses Universités rivaliser entre elles pour posséder notre saint Docteur. Plusieurs cités le demandèrent aux Supérieurs de l'Ordre, assemblés à Florence, en 1272. Bologne craignait de perdre son Régent, et mettait tout en œuvre pour le garder. Paris faisait valoir des droits anciens sur celui qui avait reçu dans son Université le grade de Docteur. Rome com.me capitale du monde chrétien, le réclamait instamment, et Naples, sa patrie, qui n'avait point encore joui de sa présence, voulait entendre sa voix.

Ce royaume venait de changer de maître. Le Saint- Siège, duquel il relevait à titre de fief, en avait conféré l'investiture à Charles d'Anjou, frère du roi de France ; et la dvnastie des Hohenstaufïen, qui avait causé tant de mal à l'Eglise, s'était éteinte, en la personne du jeune Conradm, défait dans une bataille, et décapité sur le îvlarché de Naples, par ordre du vainqueur.

Le roi des Deux-Siciles favorisa les vœux de sa capitale, au sujet de Thomas d Aquin ; et l'auteur d'une histoire de Naples déclare, en propres termes, que ce furent ses prières qui prévalurent auprès des Supérieurs dominicains Saint Thomas quitta Bologne, et, après un court séjour à Rome, se dirigea vers le lieu que l'obéissance lui assignait. Son entrée fut un triomphe. Les Grands et le peuple, les habitants même des campagnes firent éclater des transports de joie. L'Université remercia son Souverain de l'honneur qu'il lui avait procuré, et le Prince fixa une pension considérable pour l'entretien du saint Docteur.

Le pèlerin qui visite, à Naples, le couvent de Saint-

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Dominique, s'arrête à l'ent ée d'une grande salle, devant l'image d'un Frère Prêcheur, couronné de l'auréole des Saints. Au-dessous il peut lire l'inscription suivante, gravée sur le marbre : Avant que d^entrer, vénére\ cette image, et cette chaire, d'où le célèbre Thomas d'Aquin fit entendre autrefois ses oracles à un nombre infini de disciples^ pour la gloire et la félicité de son siècle ; le roi Charles I^"^ procura cet avantage à son royaume, et assigna une once d^or de pension pour chaque mois.

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