‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 46 sur 96 · LA SOMME THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LA SOMME THÉOLOGIQUE

Ut sjpieiis architectits fundamentitin posai. I Cor. III, lo.

Comme un sage architecte j'ai posé le fondement.

'ordre chronologique, aussi bien que la gradation dans les oeuvres de saint Thomas, nous amèno en face du monument grandiose, dont les précédents ouvrages de l'angélique Docteur ne sont, pour ainsi dire, que les degrés splendides et le péristyle princier.

Nous avons nommé la Somme théologique.

Son étude sommaire servira de conclusion à ce premier livre.

Qu'est-ce qu'une Somme théologique ?

L'assemblage parfait, harmonieux, de toutes les parties dont se compose la Théologie, c'est-à-dire Tétude de Dieu, de Thomme et des rapports de Thomme avec Dieu.

Matériaux immenses ! disséminés dans les Ecritures, la Tradition, écrite et non écrite, les Conciles, les Actes pontificaux, auxquels s'ajoute encore, comme élément utile, sinon nécessaire, le vaste trésor des sciences humaines.

Les ancle ^is Docteurs et les Pèresde l'Eglise avaient. en de nombreux et lumineux ouvrages, élucidé le do^me chréiien. ^ Toutefois, nul d'entre eux n'était parvenu à élever l'édihce total de la Théologie. Après douze cents ans de travaux, leurs écrits épars dans le passé ressemblaient aux ruines d'un temple qui n'a pas étébàii. mais à'des ruines sublimes, attendant avecla patience de l'immortalité la main de l'architecte. L'architecte devait sortir des cendres de saint Dominique, et, ce que nul n'aurait jamais prévu, l'homme de la Providence, dans cette œuvre incomparable, fut un grand seigneur. . .

« A l'âge de quarante et un ans, et n'en ayant plus que neuf à vivre, saint Thomas songea au monument qui était le but encore inconnu de sa destinée. Il se proposa de rassembL-r dans un corps unique les matériaux épars de la Théologie ; et de ce qui pouvait n'être qu'une compilation, il tit un chef-d'œuvre dont tout le monde parle, même ceux qui ne le lisent pas, comme tout le monde parle des pyramides d'Egvpte, que presque personne ne voit. «

Nos jeunes lecteurs ont remarqué, sans d ;ute, la spirituelle saillie tombé.% avec la citation qui précède, de la plume du Père Lacordaire. Qu'ils nous permettent de souhaiter à un grand nombre d'entre eux de parler, après les avoir vues et étudiées à loisir, des pyramides de la science sacrée, nous voulons dire des trois Parties de la Somme Theologique. afin que, devenus par le sacerdoce docteurs dans l'Eglise, ils soient à même d'instruire les tiJèles selon la doctrine irréfragable de saint Thomas.

En attendant, nous les invitons à contempler les

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granJes lignes arwhiteciuralesdu monument immortel Au frontispice est, pour ainsi dire, in^^crit le but du savant ouvrier.

« Le Docteur catho'iquene doit pas seulement éclairer les esprits déjà versés dans la connaissance de la vérité, mais instruire les commençants, selon cette parole de l'Apôtre : Comme à de petits enfants dans le Christ, je vous ai donné le lait à boive, et non la nourriture des forts. C'est pourquoi notre intention, en composant cet ouvrage en faveur de la religion chrétienne, est-e'Ie délivrer ce qui convient à l'instruction des commençants, »

L'i?uteur se propose de le faire clairement et brièvement, autant que la matière le comporte, en élaguant mille questions inutiles, lesquelles, avec le défaut de méthode, sont, à ses veux, une cause de sérieuses entraves pour les jeunes étudiants.

Le but a-t-ii été atteint .>... La postérité n'a qu'une voix pour l'affirmer. Si certains articles de la Somme nous paraissent supjrflus, disons, avec un écrivain du dernier siècle, qu'au tempsde saint Thomas ils étaient vraiment nécessaires. Nombreux sont les commentateurs de la Somme : aucun n'a surpassé le Maître en clarté, et un auteur dominicain a pu sans témérité intituler un de ses ouvrages: Saint Thomas interprète de lui-même.

La Somme théologique se divise en trois parties, dont chacune se subdivise en questions, et chaque question en articles.

La première partie, écrite à Rome, sousle poniiticat de Clément IV, a pour objet Têtre incréé et les êtres créés : Dieu, i'ange et l'homme.

Etudiant la nature divine, saint Thomas scrute ses profondeurs, explore son immensité, recherche ses aitribjts essentiels. Il expose dans un styled'une transparence merveilleuse, quelle est cette Bonté souveraine, vaste océan qui ne connaît ni fond, ni rivages ; cette Immutabilité que rien n'altère ; cette Justice qui s'épanouit en Miséricorde ; cette Providence à laquelle rien n'échappe ; cette Puissance . cette Sagesse qui agissent de concert dans l'universelle harmonie des êtres.

Pais, comme Taigle de l'Apocalypse, leD3cteur des docteurs s'élève jusqu'aux plus hautes cimes du monde divin^ il plane majestueusement autour du soleil de la Trinité, mystère par excellence. Egalité, distinction, nomsdes divines personnes, processions ineffables... le Prince des théologiens sonde toutes ces inerveilles et pénètre en quelque sorte l'impénétrable lui-même.

Au-dessous du monJedivin, se trouveplacé le monde invisible des anges. Le Docteur angélique entre, comme en pays connu, dans ces régions des purs esprits. Il parcourt tous les rangs de la milice céleste, et son regard si perspicace ne rencontre nulle part complète ressemblance.

Au front de chaque citoyen de Finvisible patrie il aperçoit une beauté distinctive, il remarque un signe spécifique qui n'appartient qu'à lui. C'est la plus prodigieuse variété au sein de ces myriades d'êtres privilégiés, miroirs de la divine essence.

L'aigle abaisse son vol ; le voici descendu jusqu'à la créature corporelle, jusqu'à l'homme, résumé de la création. Avec quelle pénétration saint Thomas fait l'examen de ce « monde en petit », découvre tous

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