‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 54 sur 96 · DÉVOTION ENVERS JESUS-EUCHARISTIE, LA SAINTE VIERGE, LES SAINTS · texte numérisé non relu

DÉVOTION ENVERS JESUS-EUCHARISTIE, LA SAINTE VIERGE, LES SAINTS

Altaria lua, Domine virtiitum.

Ps. LXXXIII, 4.

A moi vos autels, o mon Dieu.

'AiNT Thomas eut donc, à un degré éminent. l'esprit de prière, Cherchons à quelles sources s'alimentait cet esprit, vie et force de Tâme. Ouvrons de nouveau le livre qui nous a déjà plusieurs fois instruits: ouvrons, lisons, édifions-nous.

« Thomas, écrit Guillaume de Tocco, avait une dévotion singulière pour le Très Sdint-Sacrement. De même qu'il lui avait été accordé d'écrire avec plus de profondeur sur ce mystère, il lui fut donné aussi de le goûter avec une suavité plus grande.

« Chaque jour il disait la sainte Messe^ en entendait une seconde^ celle de son compagnon ou d'un autre prêtre, et fréquemment servait cette Messe, avant même d'avoir déposé tous les ornements sacerdotaux.

« Pendant qu'il célébrait, il était habituellement saisi de tels transports d'amour, qu'il fondait en larmes ; son àme puisait avec abondance aux lumières et aux grâces dont cet auguste Sacrement est la source

DÉVOTION ENVERS jésUS-EUCHARISTIE.

« Un Dimanche de la Passion, au couvent de xNaples, il semblait dire la Messe avec plus de dévotion encore que de coutume. Tout à coup, les assistants, parmi lesquels se trouvaient de nombreux soldats, le virent absorbé par la sublimité des mystères de l'autel. Il paraissait assister à la scène du Calvaire, et resseniir en lui-mime les souffrances de l'Homme- Dieu. C'est ce que démontraient le ravissement de son esprit et les larmes qui couvraient ses joues. Comme cet état se prolongeait, quelques Frères s'approchèrent de lui, pour le prier de poursuivre le saint Sacrifice, et, le tirant par ses habits, ils parvinrent à le faire revenir de cette extase^ qui semblait l'avoir emporté au commet des cieux.

« La Messe finie, plusieurs Religieux jouissant de son intimité, le prièrent de vouloir bien leur dire ce qu'il avait éprouvé dans cette extase. Mais le Saint refusa de les satisfaire, craignant de dévoiler les divins secrets. 9

Depuis que, pour parler le langage des Ecritures. l'abîme de la misère humaine appelle l'abîme de la clémence infinie, et que le Très-Haut, joignant les extrêmes les plus opposés, s'est incarné dans le sein d'une Vierge pour habiter parmi nous, la religion, lien sacré qui unit la créature au Créateur, a pris une forme nouvelle et sublime. Le terme du culte chrétien, c'est Jésus-Christ, Homme-Dieu, régnant au ciel, mais en même temps réellement et substantiellement présent au Sacrement de son amour.

L'Eucharistie esilecentre vers lequel toutconverge ; et la Messe, dans laquelle Jésus-Christ, Prêtre invisible, s'offre comme victime à la Majesté de son Père,

est Tacte solennel, l'acte par excellence de la religion.

Aux yeux de la foi, rien ici-bas n'égale le ministère du Prêtre exerçant les fonctions de son sacerdoce. Mais, après celui des ministres sacrés, quel honneur plus grand que l'honneur accordé au clerc servant à l'autel ?

Comme le Prêtre, il est au milieu des Anges, qui, au témoignage de saint Jean Chrysostome, assistent invisiblement à l'oblation sainte ; avec le Prêtre, il participe plus abondamment que tout autre aux fruits du saint Sacrifice, à cause du concours plus immédiat qu'il y prête.

Vérités trop souvent oubliées, peut-être même ignorées ! Notre grand Docteur, avec l'éloquence de ses actes, les enseigne à tous, mais plus spécialement aux jeunes enfants chargés, d'après l'usage de l'Eglise, d^une fonction dont les Séraphins eux-mêmes ne s'acquitteraient qu'en tremblant.

Si la Messe est l'acte par excellence du culte catholique, la Communion est la plus riche des pratiques chrétiennes. Mais, pour être vraiment la source de tous les biens, elle requiert, avec la pureté de conscience, une fervente préparation et une fervente action de grâces. Nul necomprit mieux ce devoir que le Docteur Eucharistique : aussi, mettant sa science au servicede sa foi, composa-t-il un certain nombre de prières très pieuses que l'Eglise a recueilliesen partie, etqu'elle prop:>se à ses ministres, lorsqu'ils sont sur le point de monter à Tautel ou qu'ils en descendent.

A saint Thomas, d'après quelques auteurs et certains

DÉVOTION ENVERS JÉSUS-EUCHARISTIE. IjS

livres liturgiques, appartient la si dévote prière qui commence par ces mors :

Ame de Jésus , sanctiJîe\-moi I

prière favorite de saint Ignace de Loyola.

L'Adoro te, cette hymne dont chaque strophe respire l'adoration et l'amour, est un des chefs-d'œuvre de ce chantre inspiré.

O Dieu vraiment caché sous cette Hostie, Je vous adore, et je tombe à genoux ! A votre aspect mon âme anéantie, Sans hésiter se soumet toute à vous.

Jésus, sur cet autel pain et breuvage.

Calmez ma soif, rassasiez ma fain ; Faites qu'un jour, vous voyant sans nuage, Je prenne place à Téternel festin.

Les hymnes de l'Office du Très-Saint-Sacrement peuvent être regardées aussi comme d'admirables formules d'actes avant ou après la Communion.

Saint Thomas avait quantité d'autres prières composées par lui, pour chacun de ses exercices: confession, prédication, étude, et autres actions de la journée.

Souvent aussi, il recourait aux versets de l'Ecriture ou de la sainte Liturgie.

Quand il entendait la Messe, il avait coutume, à l'Elévation, de dire avec une grande dévotion et beau-

coup de larmes : C'est vous, le Roi de gloire^ ô Jésus! Vous^ le Fils éternel du Père, et les autres paroles du Te Deum , auquel ces versets sont empruntés.

Lorsqu'on chantait à Compiles , pendant le Carême, cette antienne du rit dominicain : Ne nous rejeté^ pas au temps de la vieillesse ; alors que notre force sera défaillante. Seigneur, ne nous abandonne^ pas, on le voyait ravi en extase, absorbé dans la contemplation ei baigné de larmes.

L'Eucharistie est le divin mémorial de la Passion du Sauveur^ et la Croix est le signe auguste de noire rédemption. La dévotion de saint Thomas envers Jésuj-Christ avait par conséquent deux centres: J'autel et le calvaire.

Ses historiens nous le montrent fréquemment agenouillé devant l'image de Jésus crucifié ; et trois fois, on le sait, l'image sainte daigna lui parler.

La tradition lui attribue une croix composée avec les lettres du distique suivant :

Criix mihi certa sahis, Criix est quam semper adoro , Criix Domini meciim, Crux mihi refugiiim.

O Croix, de mon salut l'espérance assurée, Croix sainte, sois toujours de mon cœur adorée !

Croix du Seigneur, reste avec moi ;

O Croix, mon retuge est en toi !

Pour comprendre l'ingénieuse disposition des lettres et y lire le distique proposé, il faut chercher au centre l'initiale du mot Crz/jc ; en remontant la ligne mé-

SULASASALUS

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