‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 60 sur 96 · CHARITÉ ET DOUCEUR. I9I · texte numérisé non relu

CHARITÉ ET DOUCEUR. I9I

inopinée de son très redouté seigneur et père. Celuici, fermant )e passage, lui commanda de découvrir ce qu'il cachait avec tant de soin. Troublé par le regard et la voix du comte, Thomas laisse retomber le pan de son vêtement : il ne s'y trouve que de belles et odorantes fleurs, qui tombent à ses pieds. A la vue du prodige, Landolphe, ému jusqu'aux larmes, embrasse son tils avec transport, et lui permet de suivre désormais l'inspiration de sa charité, tant qu'il restera une obole ou un morceau de pain dans le vieux manoir des Sommacle. »

Job, le saint patriarche de ITdumée, disait à ses amis : La commisét^ation a grandi avec moi depuis mon enfance. Thomas d'Aquin eût pu tenir le même langage. Aux jours de sa vie Religieuse, a plein de compassion pour les pauvres, il leur donnait jusqu'à ses tuniques et autres objets à son usage, ne consultantdans ses largesses que les élans de son cœur. Il ne se réservait aucun superflu, sachant que tout superflu doit, par l'ordre du Seigneur, être employé au soulagement de Tindigence. Il ne songeait même pas au lendemain, quand il s'agissait de secourir un de ses semblables réduit à la nécessité. »

La charité qui, appliquée à l'aumône, s'appelle bienfaisance, revêt une autre forme dans les relations de la vie sociale, et prend le nom de bénignité, de douceur.

Ici encore nous trouverons à nous édifier, en feuilletant les anciens Mémoires.

« Ce Docteur était admirable de bénignité, tout suave en paroles et libéral en action, montrant à tous

quel esprit habitait son âme^ et s'épanchait sur ses lèvres en une incomparable douceur. A voir le tour de sa conversation, on pouvait lire la sainteté de son intérieur. Lui qui ne savait pas pécher s'insurgeait avec vigueur contre le péché, et par amour pour la justice et pour le salut du prochain, voulait que tout homme en charge s'élevât contie le mal. Mais, tout ensemble persécuteur de la faute et libérateur du coupable, il faisait en sorte que la faute eût sa répression immédiate, et que le coupable ne pérît pas. Estimant l'innocence et les dons naturels des autres à l'égal, audessus même de ses propres qualités, Thomas croyait difhcilement aux défauts du prochain. Toutefois, s'il était constant que la faiblesse humaine eût amené quelque chute, il pleurait la faute, comme si lui-même Teiit commise. Jamais il ne contrista personne par une parole d'emportement ou de mépris. »

Bel éloge ! Car, dans les joutes de l'école, au fort de la discussion, lorsque, en possession de la vérité, on se voit aux prises avec un contradicteur présomptueux et opiniâtre, qu'il est aisé de s'échapper en termes vifs et mordants ! Saint Thomas se tint toujours très éloigné de cet écueil ; jamais il ne se prévalut de la supériorité de sa science pour en iinposer à un antagoniste, tt Dans les disputes scolastiques , dit saint Antonin. il répondait sans emphase, estimant beaucoup ce qui lui était proposé, donnant son avis et marquant son sentiment avec toute la déférence imaginable, h

tt Ses écrits témoignentd'une modération admirable et des plus grands égards pour ceux-là mêmes dont i combat les erreurs avec une inflexible fermeté. E^

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