‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 61 sur 96 · CHARITE ET DOUCEUR. IQ · texte numérisé non relu

CHARITE ET DOUCEUR. IQ

quand il rapporte les opinions des écrivains ecclésiastiques, surtout des Pères de l'Eglise, avec quel respect il le fait ! Si quelqu'une de leurs affirmations paraît prêter le flanc à la critique, il s'efforce de lui trouver un sens bon, admissible, qui Texempte du reproche d'erreur. Si cela même n'est pas possible, il dira simplement : l auteur a excède. »

Un dimanche des Rameaux, Thomas prêchait en l'église de Saint-Jacques, à Paris, lorsqu'un bedeau de la Faculté des Arts, nommé Guillot, fendit la foule, et, se plaçant en face de la chaire, commanda au prédicateur de faire silence, afin qu'il pût lire au peuple un avertissement, de la part de ses maîtres. Le Saint se tut, et lui donna tout le temps de lire une satire sanglante, remplie de calomnies et d'injures contre l'état religieux. Après que cet homme eut achevé, l'orateur reprit son discours, au point où il l'avait laissé^ et continua avec une humilité et une patience qui édifièrent autant les fidèles que la lecture du libelle diffamatoire les avait scandalisés.

Les auteurs font une mention particulière du calme inaltérable que garda notre Saint durant la furieuse tempête soulevée par les clercs séculiers contre les Religieux mendiants. Il gémissait en secret, il priait et pleurait devant son crucifix ; et s'il entrait en lice, par ordre de ses Supérieurs, pour venger la justice et la vérité, il le faisait toujours avec des armes courtoises. Son ennemi terrassé, le vainqueur lui tendait généreusement la main.

Le fait qui suit, attesté avec serment par des témoins oçulaireis, est trop à la iQuanoje du Docteur Angéli^^u^

pour n'être pas cité intégralement. Lisons-le dans sa forme antique :

« Un Religieux devait être examiné pour la licence par le chancelier de Paris, et répondre dans Taprèsmidi, selon Tusage, à différenies objections. II émit une opinion contraire à une vérité, que le saint Docteur avait précédemment établie dans son cours, et il la défendit avec un esprit altier et suffisant, comme s'il eût voulu braver son maître. L'homme de Dieu, plein de patience, n'estima point qu'il y eût préjudice à son autorité dans la contradiction d'un théologien novice encore ; en homme vraiment humble et magnanime, sans tenir compte de l'injure personnelle, il revint au couvent aussi calme à l'extérieur qu'il Tétait dans le fond de son âme. Mais ses discipleset son compagnon, indignés d'une telle insolence, lui dirent : « Maître, a nous avons été gravement offensés en votre personne, « parce qu'il n'était pas permis à ce Religieux de « parler ainsi contre votre opinion ; et vous, Maître, « vous ne deviez pas supporter devant tous les Docte teurs de Paris cette attaque à la vérité. » Frère Thomas répondit : « Mes tils, il m'a semblé qu'il « fallait épargner ce débutant, et ne pas le couvrir de « confusion en pleine assemblée. Quanta ma doctrine, « je ne crois pas qu'elle puisse être solidement attaquée • par aucun docteur, parce qu'avec l'aide de Dieu, je i l'ai appuyée des autorités des Saints, et de raisonne- « ments conformes à la vérité. Si toutefois les Frères « le jugent utile, je pourrai suppléer demain à l'omis- « sion d'aujourd'hui. «

(( Le lendemain, en effet, on se réunit de nouveau dans le palais de Tévéque, et Frère Thomas s'y trouva

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