CHARITÉ ET DOUCEUR
avec les mêmes auditeurs et ses étudiants. Le licencié répéta ses propositions et ses conclusions de la veille sans aucune atténuation. Frère Thomas dit alors avec tout le ménagement possible : « Maître, cette opinion que vous défendez ne peut être soutenue sans erreur, parce qu'elle est contraire à tel Concile ; il vous faut donc adopter un autre sens. r> L'argumentateur se mit à changer sa phrase^ sans pour cela modifier son opinion. Frère Thomas le pressa de nouveau, lui opposant toujours les paroles du Concile. Il finit parlecontraindre àconfesserson erreur, età demander humblement d'être éclairésurle fondde la vérité. Frère Thomas reprit alors ; « Maintenant « vous dites bien » ; et il lui expliqua clairementce'qu'il fallait tenir pour vrai. Tous les Maîtres admiirèrent la tranquillité d'âme et la modération de langage du saint Docteur, reprenant un adversaire, comme il eutinstruit un disciple. »
L'Esprit-Saint a dit : Mon fils, conserve:^ votre âme dans la douceur. Fidèle à cette recommandation, saint Thomas jouit abondamment de tous les avantages que procure la vertu de douceur, avantages qu'il nous apprend lui-même dans ses ouvrages.
La douceur chrétienne, issue de la charité, nous prépare à la connaissance de Dieu, parce qu'elle rend notre âme maîtresse d'elle-même, et, lui faisant réprimer la colère, Tempêche de résister à la vérité. Elle nous rend ensuite agréables à Dieu et aux hommes ; car Dieu se plaît à résider dans une âme que remplit la mansuétude de Jésus-Christ, et les hommes se laissent gagner sans peine par les prévenances de la charité.
Comme dernière preuve de cette vertu en notre Saint, ajoutons l'influence considérable qu'il exerça sur tous ceux qui l'approchèrent.
Pour terminer enfin par un témoignage dont personne ne suspectera la valeur, saint François de Sales, ce type admirable de la douceur chrétienne^ appelle Thomas d'Aquin « Tàme la plus douce et la plus humble qui fût jamais. »