ANGÉLIQUE PURETÉ. 20 I
garde des sens : c'est une vérité passée à l'état de maxime, que le lis de la virginité ne croît que parmi les épines de la mortification.
Par mortification entendons-nous ici la pratique d'austérités excessives, telles que l'histoire de quelques Saints nous en offre le tableau ?
L Esprit de Dieu souffle où il veut \ il lui appartient, et à lui seul, de diriger dans les voies les plus ardues de la pénitence, des âmes particulièrement appelées à reproduire l'état d'expiation du Sauveur Jésus. Mais il suffit d'avoir parcouru les Vies des Saints, pour savoir que le Guide divin des âmes donne habituellement l'attrait des grandes austérités à d'autres qu'à ceux qui ont pour mission d'éclairer l'Eglise par la splendeur de leur doctrine et l'excellence deleurs écrits. Et toutefois, dans tous les grands Docteurs et hommes de science, on trouve un esprit remarquable de sobriété, de tempérance et de mortification. Tant il est vrai que, pour prendre son essor vers les hauteursqu'habite l'éternelle Vérité, Tâme doit être dégagée du poid-^ de ce corps mortel et de tout ce qui l'incline vers la terre!
Les biographes de saint Thomas n'ont pas eu la prétention de tout dire sur ses vertus ; le peu qu'ils nous ont transmis sur sa mortification suffit pour nous édifier pleinement.
« Outre l'abstinence perpétuelle de chair qu'il a gardée inviolablement jusqu'à la mort, et les sept mois de jeûne ordonnés par les Constitutionsde son Ordre, le saint Docteur se livrait à des pénitences extraordinaires, quand il rencontrait des difficultés que sans une lumière nouvelle il ne pouvait résoudre. Alors il
priait, jeûnait, et pratiquait d^autres austérités, arrivant par ce moyen à Tinielligence des problèmes qui tenaient son esprit en suspens.
Ce n'est pas la seule occasion où il affligeât son corps. Q^ue de lois, en feuilletant l'histoire de notre Saint, on rencontre ces mots ou autres expressions équivalentes : Thomas redoublait ses prières et ses pénitences!... C'était principalement lorsqu'il se voyait en danger d'être promu aux honneurs, que cet ami du silence et de l'obscurité offrait ses larmes et son sang, priait et jeûnait. On pourrait même dire que saint Thomas jeûnait sans cesse; car Jean de Biaise, qui avait été son familier pendant plus de cinq ans, déclare, sur la foi du serment, que le saint Docteur était d'une sobriété extrême et ne mangeait qu^une fois le jour.
Le vin et la bonne chère sont du nombre des choses qui, au rapport des saints Livres, rendent l'homme apostat de son Dieu. Quiconque veut mener une vie pure et chaste doit, dès l'enfance, prendre ces habitudes de sobriété et de tempérance, que nous recommande l'hygiène non moins que la mortification. Il doit, en outre, veiller sur tous ses sens, en particulier sur ses yeux, portes ordinaires par lesquelles le péché pénètre dans l'âme.
Aux graves enseignements qu'on vient de lire sur le prix de la chasteté, et les précautions indispensables à sa conservation, ajoutons le conseil de ne pas s''abandonner à une présomptueuse confiance. Quelque longs efforts que l'on ait faits pour l'acquisition de cette vertu, à quelque degré de sainteté que l'on soit parvenu, fût-on même un saint Paul ravi au troisième
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ciel, on peut, par la permission de Dieu, recevoir ce que TApôtre appelle a le soufflet de Satan ». La vigilance est donc toujours nécessaire.
Prêtons de nouveau l'oreille à la voix de l'antiquité.
« Bien que le Docteur Thomas eût, selon sa prière, triomphé dans sa prison de Tadversaire de son âme, cet esprit audacieux et effronté, vaincu par l'adolescent^ ne craignit pas de se mesurer plus tard avec le Maître.
« Voici la vision qu'eut Jean deBlaise. jeune homme dévoué aux Frères, et tout spécialement au saint Docteur. Il aperçut le démon, sous la forme d'un Ethiopien très noir, entrer dans la chambre du Maître, et s'approcher de lui. A l'instant même, Frère Thomas lui opposa le signe de la Croix, et courant sur luij le poing levé : « Comment peux-tu venir encore me a tenter ? » s'écria-t-il. Aussitôt, le démon disparut.
« Commentpeux-tu venirencore... ? » s'écrie l'angélique combattant. C'est qu'en effet, le saint Docteur, devenu invincible par la vertu divine, était fort éloigné des trois voies qui donnent accès àTennemi pour combattre le genre humain : la concupiscence de la chair, anéantie en lui par la chaste étreinte du cordon angélique; la concupiscence des yeux, qu'avait éteinte la jouissance des divines contemplations, et l'orgueilde la vie, auquel le rendait insensible une profonde humilité. »
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