‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 71 sur 96 · PORTRAIT ET CARACTERE DU SAINT · texte numérisé non relu

PORTRAIT ET CARACTERE DU SAINT

Pour compléter la physionomie de noire saint Patron, il faut au tableau de ses vertus joindre le portrait que les contemporains nous ont laissé de sa personne.

Saint Thomas d'Aquin était de haute stature, droit, et la tête nullement penchée, attitude qui correspondait parfaitement au caractère de son esprit. Bien proportionné dans tous ses membres, d'une complexion délicate, d'une corpulence assez notable, il jouissait d'une vigueur ordinaire.

Il avait le crâne très développé, le front large et majestueux, la tête un peu chauve, le teint brun , les veux doux et pénétrants, le vidage assez beau : ensemble de qualités physiques en harmonie parfaite avec une intelligence supérieure et des vertus hors ligne. Il était, en outre, fort grave dans tous ses mouvements.

La vigueur de son corps était admirablement soutenue, dans les occasions difficiles, par une énergie de volonté peu commune : c'est en partie la cause de cette tranquillité d'âme qui raccompagnait partout. On en cite le trait suivant.

Comme il retournait à Paris, probablement après la condamnation du livre des Périls des derniers temps, une effroyable tempête s'éleva sur la mer; les nautoniers eux-mêmes croyaient périr. Lui seul conserva un sang-froid imperturbable au plus fort du danger.

Néanmoins la corrfplexion délicate de ses organes le rendait extrêmement sensible à l'influence de l'atmosphère ; aussi, quand éclataient des orages, et que retentissaient les roulements du tonnerre, il se

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munissait du signe de la croix, comme d'un bouclier, en disant : L^ Ve?^be s'est fait chair, — Dieu est mort pour nous.

Entre autres incommodités, il souffrait souvent de l'estomac, soit à cause de ses abstinences et de ses jeûnes, soit à cause de ses continuelles études; cependant son caractère n'offrait rien de pénible ni de fâcheux. Au contraire, bien que taciturne par nature, il savait en conversation se montrer joyeux et manier agréablement la repartie.

On lui demandait une lois comment il se faisait que, mangeant si peu, il prît de l'embonpoint; il répondit qu'une courge prend peu d'aliment et grossit toutefois en peu de semaines.

On lui demanda une autre fois pourquoi à Cologne il était resté tant de mois sans dire mot sous Maître Albert. « C'est, répondit-il, que je n'avais (< pas appris encore à m'exprimer devant un homme « tel que Maître Albert. «

Un autre jour qu'on voulut lui remettre quelque argent, il refusa, et dit en riant qu'il n'avait pas la bourse de Judas à garder.

Une de ses récréations favorites était de se promener seul sous le cloître, la tête levée au ciel ; cependant, quand le demandaient la charité ou les égards dus à des personnes de distinction, il n'hésitait pas à sacrifier ses goûts personnels ; et les saillies que nous venons de rapporter montrent combien ce Saint était d'un commerce agréable. Ajoutons ici un témoignage.

« Son seul aspect, dit Guillaume de Tocco, révélait son admirable charité, et personne en lui par-

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