‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 86 sur 96 · HOMMAGES RENDUS A SA DOCTRINE · texte numérisé non relu

HOMMAGES RENDUS A SA DOCTRINE

vent à l'Eglise militante comme d'un bouclier pour repousser avec succès les traits des hérétiques. »

Le Pape Alexandre VII, qui condamna les cinq fameuses propositions de Jansénius, écrivait, en î66o, aux Docteurs de Louvain :

« Nous ne doutons point que vous ne suiviez toujours et n'ayez en singulière vénération les principes très sûrs et inébranlables de saint Augustin et de saint Thomas, ces deux célèbres et saints Docteurs, dont le grand génie et la réputation si bien établie parmi les peuples catholiques sont supérieurs à toute louange, et ne peuvent être recommandés par de nouveaux éloges. »

Benoît XIII, dans trois Bulles ou Brefs, adresses à l'Ordre des Frères Prêcheurs, auquel il déclare avoir eu l'honneur d'appartenir, relève deaon autorité apostolique les louanges décernées par ses prédécesseurs à la doctrine de saint Thomas :

« Il était juste que la doctrine angélique d'un si grand Docteur, qui, semblable au soleil dont la lumière éclaire le monde, a procuré à l'Eglise des biens immenses et ne cesse de lui en procurer tous les jours en tant de manières, reçût des éloges si solennels de la part des Souverains Pontifes, ellequi fournit au magistère suprême du Siège Apostolique des armes victorieuses pour détruire toutes les erreurs, anciennes ou nouvelles. »

Le Saint-Père conclut ainsi :

t Nous confirmons et renouvelons autant qu'il est besoin, toutes les Constitutions, Lettres ou Brefs, donnés par Nos Prédécesseurs sur le même sujet. » On ne saurait trop remarquer l'acte important de

3o6 LIVRE Iir. — GLORIFICATION DE SAINT THOMAS.

Clément XII, à la considération de TAngélique Docteur. Après avoir rappelé l'approbation donnée à ses écrits par les Pontifes romains, et cité nommément treize de ses prédécesseurs : Alexandre IV, Jean XXII, Clément VI, Urbain V, Nicolas V, Pie IV, Pie V, Sixte-Quint, Clément VIII, Paul V, Alexandre VII, Innocent XII et Benoît XIII, leSaint-Pèredéclareque, voulant aussi témoigner son estime particulière pour la doctrine de saint Thomas, il accorde à tous les séculiers qui auront étudié la Théologie dans les écoles des Frères Prêcheurs, selon la forme en usage, mêmes prérogatives, mêmes grades, mêmes droits aux bénéfices que s'ils avaient suivi les cours des plus célèbres Universités du monde.

Pour continuer cette glorieuse nomenclature, il faudrait citer encore Benoît XIV, Pie VI, Pie IX, qui ont à Tenvi comblé de louanges le Docteur Angélique. Le Bullaire dominicain compte, jusqu'à l'avènement de Léon XIII, t?'ente-huit Constitutions émanées de dix-huit Souverains Pontifes, pour recommander la doctrine de saint Thomas. Quant à Léon XIII luimême, ce ne sera pas trop d'un chapitre entier pour rapporter les actes de son pontificat relatifs seulement à l'Ange de l'Ecole.

Dans sa Constitution de ij33, le Pape Clément XII ajoutait un témoignage d'une haute valeur:

« La doctrine de ce grand homme a été exaltée dans les Conciles même œcuméniques. »

A l'appui de cette assertion existe un discours célèbre, prononcé à Trente, le 7 mars 1 5 63, dans l'église des

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Frères Prêcheurs, devant l'éminente assemblée des Pères du Concile. Maître Jean Gallo, de Burgos, Dominicain, l'un des plus doctes Théologiens de son temps, s'exprimait en ces termes:

« Saint Thomas n'a pu se trouver pendant sa vie dans aucun Concile général; mais, grâce aux trésorsde sa doctrine, on peul assurer que depuis son heureux trépas, il ne s'est point tenu de Concile dans l'Église, où le saint Docteur n'ait assisté, et n'ait été consulte. Sans parler des autres, remarquez celui qui se tient sous nos yeux. Parmi ses nombreux Docteurs, dont les lumières font tant d'honneur à TEglise, en est-il un seul qui opine sans appuyer son avis de l'autorité de saint Thomas ? Dans le secret du sanctuaire, où se traitent de si graves questions, s'il s'élève quelque doute, quelque partage de sentiments^ c'est à saint Thomas qu'on a recours; sa doctrine est comme la pierre de touche de la foi. c'est à elle que vous faites tous profession de vous en rapporter. »

Un incident très glorieux pour notre grand Docteur marqua la vingt et unième session.

On se disposait à faire lecture d'un décret relatif au moment où Jésus-Christ institua les prêtres de la loi nouvelle. L^archevêque de Grenade fit observer que saint Thomas paraissait contraire à une proposition qu^on voulait insérer. Les Pères se firent aussitôt lire le passage de la Somme que l'archevêque avait cité, et, pour donner le temps d'éclaircir le doute, renvoyèrent unanimement la promulgation du décret à la session suivante, qui ne se tint que deux mois après.

J' Bossuet, expliquantladoctrinedu ConciledeTrente,

3o8 LIVRE III. GLORIFICATION DE SAINT THOMAS.

en particulier sur la justification, a donc eu raison de dire:« Toute cette doctrine a été puisée dans saint Thomas, ou plutôt elle n'est presque qu'un tissu de ses propres paroles. «

Autre hommage rendu à la doctrine de l'Ange de l'Ecole. Les Pères de Trente avaient ordonné qu'il fût fait une exposition pratique de la foi orthodoxe, à l'usage des Pasteurs des âmes et des hdèles. L'ouvrage, élaboré sous leurs yeux, ne put être achevé pour la fin des sessions. Une commission de trois savants Dominicains, Léonard de Marinis, Gilles Foscherari^ et François Foreiro, fut nommée pour y mettre la dernière main. Leur travail parut trois ans après sous le titre de Catéchisme duConcilede Trente, ou. de Catéchisme 7'omain.

« Les approbations réitérées données au Catéchisme romain, dit le P. Touron, sont comme autant de nouveaux témoignages en laveur de la doctrine de saint Thomas, puisque c'est dans ses écrits qu'on a puisé et les lumières dont on avait besoin, et tous les principes qu'on a répandus dans les différentes parties de cet ouvrage. »

Après que les Papes et les Conciles ont parlé, fautil faire appel à l'autorité des Ordres Religieux, des Universités et des Docteurs catholiques? Nous en avons fait mention déjà au chapitre XVII du premier livre, à propos de la Somme de Théologie.

Toutefois un trait cité par Bernard Guidonis trouve ici naturellement place :

« Frère Eleuihère, de l'Ordre des Mineurs, était dans une perplexité très grande au sujet d'une question théologique. Sans prendre la peine de recourir

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aux écrits de saint Thomas, il pria dévotement Notre- Seigneur et saint François d"Assise de lui découvrir la vérité. Or, voici que, dans une vision, saint François lui apparaît avec Thomas d'Aquin, dont la chape était scintillante d'étoiles. Au-dessus des deux bienheureux, la Vierge Mère de Dieu avec son Fils tenait deux spiendides couronnes suspendues sur leurs têtes. Comme le Frère éprouvait un bonheur inexprimable dans cette vision céleste, saint François lui dit, en montrant saint Thomas : « Mon iils, croyez à ce Saint, sa doctrine ne vieillira jamais. » Frère Eleuthère, se réveillant alors, se mit à lire saint Thomas, et trouva sur-le-champ la solution désirée. Lui-même a raconté le fait à plusieurs Religieux, assurant par serment qu'il était véritable. »>

Barthélémy de Capoue, que nous connaissons pour l'un des principaux témoins entendus au procès de canonisation, fit plusieurs dépositions tout àla louange de la doctrine de saint Thomas.

« 11 tenait de Jacques de Viterbe, archevêque de Napleset son ami. que Frère Gilles, de Rome, lui avait dit fréquemment à Paris, dans des causeries intimes : « Frère Jacques, si les Frères Prêcheurs l'avaient voulu, eux seuls eussent été savants ; quant à nous, nous n'eussions jamais été que des idiots. Ils n'avaient pour cela qu'à nous refuser les écrits de Frère Thomas d'Aquin. »

« Le même Frère Jacques, continue Barthélémy, après avoir goûté la manne délicieuse des œuvres du saint Docteur, ne voulut jamais voir d'autres ouvrages. La première fois qu'il vint à Naples et visita le couvent d^s Prêcheurs, il se rit conduire à la cellule qui

3lO LIVRE ill. GLORIFICATION DE SAINT THOMAS.

avait été celle de Frère Thomas, et voulut qu'on lui indiquât remplacement de sa table de travail. S'agenouillant aussitôt, en présence de nombreux Frères : « Je suis venu, dit-il, pour prier à la place où se sont posés ses pieds. »

Nos lecteurs aimeront maintenant à contempler, comme en un diadème de perles, les principaux titres élogieux décernés à saint Thomas d'Aquin par les Papes, les Conciles, les Universités, les Théologiens les plus éminents de la Ville éternelle et de tout Tunivers.

Voici ces titres :

Docteur Angélique ;

Ange de l'école ;

Ange de la théologie ;

Docteur eucharistique ;

Docteur incomparable ;

Docteur des docteurs ;

Prince des théologiens ;

Siège de la sagesse ; [de dieu;

Tabernacle de la science et de la sagesse

Disciple privilégié du saint-esprit ;

Oracle divin ;

Interprète fidèle des volontés divines ;

Prince et père de l'église ;

Astre matinal de l'église ;

Lumière de l'église militante ;

Grand luminaire du monde :

Flambeau de la théologie catholique ;

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Oracle du concile de trente ;

Pierre de touche de la foi ;

Athlète de la foi orihodoxk ;

Bouclier de l'église militante ;

Arsenal de l'église et de la théologie ;

Ange exterminateur des hérésies ;

Terreur des hérétiques et marteau des

Miracle du monde ; [^hérésies ;

Abîme de science ;

Clef des sciences et clef de la loi ;

Alpha de toutes les sciences ;

Aigle des écoles ;

Résumé de tous les hommes ;

Langue de tous les saints ;

Commun maître de toutes les universités ;

Premier des sages et délices des savants ;

Pierre précieuse des clercs, fontaine des docteurs et miroir sans tache de l'université de paris.

Enfin, dans l'Office liturgique, l'Église l'appelle: L'ornement de l'univers^ le guide et la lumière des fidèles ; la règle, la voie, la loi des mœurs ; le tabernacle des venus, le ftambeau du monde, la lumière de l'Église, la splendeur de Tltalie, l'honneur et la gloire de Frères Prêcheurs, le chantre de la sainte Divinité !

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