ECCL. XLIII
Soleil au triple rayonnement.
JNT Thomas, le Prince de la théologie, ne mérite-t-il pas un rang spécial parmi les plus grands poètes enfantés par le christianisme et inspirés par lui ?...
Nous l'avons vu, nul n'a chanté plus admirablement que notre Saint la merveille par excellence, rineftable résumé de toutes les merveilles, la divine Eucharistie. Chanter l'amour de Dieu, du Dieu caché, anéanti, pour mieux se donner à l'homme ; chanter le mémorial de l'infinie Tendresse comme l'aurait iaii un séraphin sur sa lyre d'or, n'est-ce pas rnériter, sans conteste, toutes les palmes de la poésie, de cette poésie sacrée qui l'emporte incomparablement sur toute poésie profane, par la sublimité des sujets qu'elle traite, la grandeur des sentiments qu'elle inspire?
Mais pourquoi rappeler un seul des chefs-d'œuvre de Thomas d'Aquin pour démontrer qu'il est poète j Il l'est dans toutes ses œuvres, il l'est essentiellemeni par son génie. Ce n'est pas le rythme qui fait le poète.
HOMMAGES DE LA POÉSIE. 3l3
a dit le régulateur du Parnasse latin, c'est le génie, c'est le sens du divin, c'est une voix forte pour annoncer les grandes choses, c'est le souffle énergie? ue des paroles et l'élévation du sujet qu'on traite. « A cette mesure, écrit Mgr Landriot, saint Thomas est un grand poète ; il a le sens du divin à un degré éminent; ce qu'il traite ne saurait être plus élevé, et ses paroles dansleur simplicitéoni une puissance que personne ne révoque en doute. M. de Humboldt disait du langage poétique : c qu'il devait jaillir du pressentiment de cette harmonie mysiérieuse qui existe entre ie monde visible etinvisible. » Or, qui a mieux compris le rapport de ces deux mondes que saint Thomas ? Qui a mieux senti la liaison, la dépendance continuelle des deux sphères de la création et de l'éternité? Pour rendre sensibles les vérités les plus hautes, il les incarne dans une simple comparaison, et il laisse ainsi la vérité dérouler facilement ses gerbes d'oraux yeux de ses lecteurs. On dirait un musicien qui dans le silence de la pensée écoute les lois de l'éternelle mélodie, et les traduit sur les cordes d'un instrument matériel. C'est lui qui a formulé cette loi merveilleuse, clef de tout le symbolisme : « Les raisons des choses qui existent en Dieu « sous une forme intellectuelle sont écrites, dans la « création, sous une forme sensible. » Ainsi Dieu, l'éternel géomètre, l'éternel poète, a écrit une partie de ses penséesen caractères grandioses sur toute la nature matérielle ; et le poète est celui qui lit et qui fait lire aux autres cette écriture gigantesqu . u i i Thomas a dit encore : « La création est la voix du Verbe, et « toutes les créatures sont comme un chœur de voix « qui répètent le même Verbe. » Or, qu'est-ce que
s. THOMAS d'aQ. Q**
contenir en soi le feu de la poésie, sinon posséder ce génie qui entend avec une exquise pénétration les harmonies divines du fini et de l'infini, et qui les redit comme il les sent ? et nul ne l'a fait en un langage plus magnifique que saint Thomas. »
La poésie appelle la poésie.
Ce souffle puissant qui circule dans tous les traités du Maître, en particulier dans sa Somme théologique^ a fait surgir autour de la mémoire du Saint, autour de son tombeau lui-même, des chantres d'une verve intarissable.
a Parmi les nombreux écrits à la louange du Prince des théologiens, il existe, dit Echard,un poème commençant par ces mots : A tenerHs annis... Dès ses tendres années. »
Un Frère Prêcheur composait, au xvii^ siècle, un abrégé de la Somme sur le rythme du Laiida Sion. Vers le même temps, un savant Jésuite, le P. Aubry, consacrait sept cent vingt-cinq vers latins à la description du mausolée splendide, élevé à la gloire du Docteur Angélique, dans l'église des Dominicains de Toulouse. Un autre savant Jésuite du même siècle, le P. Labbe, résumait les mérites et les gloires de saint Thomas dans un éloge poétique demeuré célèbre et souvent reproduit.
Mais le plus bel hommage offert par la poésie à notre glorieux Patron, nous le devons au chantre immortel de Florence : Dante Alighieri.
Dans sa Divine Comédie, Dante n'a garde d'oublier Thomas d'Aquin ; ou, pour mieux dire, le Docteur Angélique est le véritable inspirateur de son Paradis-