HOMMAGES DE L ELOQUENCE. .-^ I D
Béatrix, cette gracieuse personnification de la sainte Théologie, en exposant au poète les mystères de la divinité et les dogmes chrétiens, a uniquement sur les lèvres la doctrine de saint Thomas, doctrine que Dante avait étudiée aux écoles de Paris, dit son biographe, César Balbo, et où il s'était acquis une telle renommée, que les étudiants l'appelaient indifféremmen le poète, le philosophe et même le théologien.
Lorsque par un ravissement d'amour Alighieri estj avec sa divine messagère, porté dans le soleil, séjour, selon lui, des intelligences d'élite, il se voit tout à coup le centre d'une couronne de saints Docteurs. L'un d'eux se détache pour venir lui souhaiter la bienvenue: c'est Thomas d'Aquin. Après avoir satisfait à ses premières questions, l'Ange de l'Ecole entonne un hymne triomphal à saint François d'Assise, Patriarche des Frères Mineurs ; et un instant après, délicate pensée du poète ! saint Bonaventure prend la parole, et fait un non moins splendide éloge de saint Dominique, le Patriarche des Prêcheurs.
Dante éprouve un tel charme dans la compagnie de Thomas d'Aquin, qu'il l'entretient longtemps encore î il ne le quitte qu'après lui avoir consacré quatre magnifiques chants de sa sublime épopée.
Inspirateur de la poésie, qui lui rend en hommages ce qu'elle en a reçu, saint Thomas est-il aussi l'inspirateur de l'éloquence ?
Pour traiter à fond cette question pleine d'intérêt, il faudrait un volume. Mais, fidèle à la loi que nous nous sommes prescrite, la brièveté, nous nous borne-
3l6 LIVRE III. GLORIFICATION DE SAINT THOMAS
rons à jeter ici quelques pensées sommaires, trop heureux de fournir aux jeunes étudiants des cours de rhétorique et d'éloquence, matière à l'exercice de leurs talents.
Sans parler aairement que pouren faire mémoire, des éloquents panégyriques que saint Thomas inspire, au retour desa fête, à dlUustres Evéques et à de savants Docteurs de nos Universités catholiques, est-il des orateurs sur le génie desquels l'Ange de l'Ecole ait exercé une influence réelle et téconde?
Quand on prononce le mot d'éloquence chrétienne, tout aussitôt un nom se présente à la pensée : celui de Bossuet. Bossuet est pour nous la personnification de l'éloquence sacrée» peut-être pourrait-on dire, de l'éloquence sans restriction. Cet immortel génie empruntait aux Pères de lEglise, à Tertullien surtout, sa vigoureuse diction. Mais à qui demandait-il ces pensées profondes, ces aperçus immenses qui vous saisissent à la lecture des Sermons ou des Oraisons funèbres ? Après saint Augustin, à saint Thomas. N'oublions pas d'ailleurs que la doctrine du Docteur Angélique n'est autre que la doctrine du Docteur delà grâce, laquelle est celle même de l'Apôtre saint Paul.
Bossuet, nous Tavons dit, avait étudié au collège de Navarre la Somme dt saint Thomas. S'éiunnera-t-on qu'il en ait exploité les richesses et que son génie ail su revêtir des formes de la plus riche éloquence les grandes et nobles pensées du Prince de la théologie ? Faut-il un témoignage ? C'est Bossuet lui-même qui nous le donne. Dans quelques-uns de ses discours, il jette parfois cette exclamation qui vaut à elle seule tout un panégyrique : « C'est le grand saint Thomas qui