‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 89 sur 96 · HOMMAGES DE L ELOQUENCE · texte numérisé non relu

HOMMAGES DE L ELOQUENCE

« me l'apprend. » L^aiglede Meaux s'élevait donc sur les ailes de l'Ange de l'Ecole, pour atieindre ces hauteurs où nous l'admirons.

L'Espagne possède, elle aussi, son Bossuet: le vénérable Louis de Grenade, dont les œuvres faisaient les délices de saint François de Sales et de saint Charles Borromée. Est-il besoin de dire que Louis de Grenade était fi lèle disciple et interprète éloquent du Docteur Angélique, en même temps que son Frère en Religion ?

La douce éloquence de saint François de Sales luimême possède une force latente qu'on ne saurait méconnaître. Quel en est le secret ? Serions-nous téméraires de penser qu'exact à lire chaque jour un ou plusieurs articles de la Somme, le saint Evéque de Genève s'est imprégné des pensées solides du grand Docteur ?

De nos jours, la chaire a retenti dQs accents d^une éloquence toute nouvelle.

L'élite de la France a entendu tour à tour la voix puissante et autorisée des Lacordaire, des Félix, des Monsabré !...

LacorJaire ! « Etudiez ses conférences, s'écriait Mgr Landrioi dans un brillant discours, étudiez ses conférences, et vous verrez que très souvent c'est la pensée de saint Thomas qui en faitla principale beauté. Disciple du Maître, il s'est enrichi de la grandeur du fond, il a perfectionné les détails de la forme. » Qui ne connaît l'admirable panégyrique prononcé par le P. La cordai re, en i 852, devant le chef de saint Thomas, à Toulouse.^ Comme il est manifeste que « cette tête sublime, cette téie qui en a illuminé tant d'autres, » illuminait celle du grand orateur ! Ecoutons :

3l8 LIVRE III, GLORIFICATION DE SAINT THOMAS.

(( Ici, mes frères, mes entrailles s'émeuvent, car ce tombeau si longtemps attendu ce tombeau si envié de tout un siècle, ces restes que se sont disputés tant de villes fameuses et les nations elles-mêmes, les voici présents! Je les vois, je les touche, j'y applique mes lèvres enivrées du parfum qui s'en échappe, et qui ne s'est point épuisé au feu de tant de vénération !

<( O reliques sacrées, dont j'avais tantdésiré l'approche, c'est bien vous ; je vous reconnais à ces votâtes qui tressaillent de m'entendre vous louer, à ces solennités dont vous êtes l'objet, aux joies et aux certitudes intérieures que vous donnez de vous... »

Lisons maintenant cette page du P. Félix, détachée de la première conférence sur le progrès de Vmtelligence par /'harmonie de la raison et de la foi : harmonie si bien comprise par l'éminent Jésuite à l'école de saint Thomas :

« Ah ! si vous voulez contempler dans une rare figure l'agrandissement que peut donner à l'intelligence humaine cette alliance féconde de la raison et de la foi, de la philosophie et de la théologie, je vous dirai : Regardez saint Thomas d'Aquin, la p us haute représentation du Verbe de Dieu dans un homme; saint Thomas d'A-{uin, le génie de la raison et de la foi éclairé par le double rayonnement du Verbe créateur et du Verbe incarné, et en faisant rejaillir sur les deux mondes de l'intelligible les divines clartés : saint Thomas d'Aquin, Ange de TEcole, oracle de la théologie, maître dans la philosophie, faisant parler lune et l'autre dans la langue la plus catholique et la plus rationnelle, la plus profonde et la plus claire, la plus pleine et Ja plus précise, en un mot, la plus

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angélique qu'il soit possible d'imaginer ; parole, par sa lumière tranquille et par sa céleste sérénité, la plus rapprochée du Verbe même de Dieu.

« Le voyez-vous d'ici, cet homme incomparable qui s'est levé au sommet de nos âges chrétiens pour réfléchir la lumière du Christ, comme la coupole de nos grandes cathédrales, les rayons du soleil ? Je Taperçois au centre même de cette cité, sur les hauteurs de la science et dans le plus vaste épanouissement de son intelligence, montrant à l'Eglise qui l'envoie, à la science qui Técoute, aux siècles qui l'admirent, ce que peuvent pour l'agrandissement d'un homme la raison et la foi se rencontrant ensemble dans les splendeurs d'un même génie: sa théologie à sa droite, sa philosophie à sa gauche, lui au milieu, aussi hardi philosophe que profond théologien, face à face avec le nionde chrétien et le monde païen, aussi illuminé de foi que rayonnant d'intelligence, montrant ces deux chefs-d'œuvre de la pensée et lui-même plus grand que ces chefs-d'œuvre, il dit, en jetant à toutes les incrédulités et à tous les rationalismes ses invincibles défis : « Je suis la synthèse humaine de « la philosophie et de la théologie ; je suis l'agran- (c dissement de l'intelligence de l'homme par le « Verbe de Dieu; je suis l'harmonie de la raison et « de la foi !... »

A la voix puissante qui vient de nous parler a succédé, dans la même enceinte, une autre voix non moins sympathique.

Depuis quinze ans. se presse, à chaque Carême, autour de la chaire de Notre-Dame, une assistance choisie de prêtres, de religieux, d'hommes du monde,

avides d'entendre Texposition^du dogme chrétien, et

par cet enseignement de préparer leurs âmes aux luttes de la vie.

« Théologien éloquent, ardent et enflammé^ écrit un appréciateur judicieux, l'orateur a reconnu, avec les vrais savants de ce siècle, que la plus grande plaie qu'il faut guérir, avant toutes les autres, c'est l'ignorance religieuse et l'affaiblissement du sens chrétien ; et il a voué sa vie apostolique à vulgariser l'enseignement de la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin. Missionnaire en même temps plein de compassion pour les pauvres pécheurs, il a vu que dans la pratique des doctrines théologiques il s'agit de Tapplicaiion du sang de Jésus-Christ sur les âmes. Et ce merveilleux problème de Tapplication dusang de Jésus- Christ a percé son cœuriii Ta étudié, médité avec intellii^ence, avec fermeté^ avec une infinie confianCw en la miséricorde de Dieu. Aussi l'a-t-il résolu selon les doctrines les plus douces, les plus modérées, les plus favorables aux pécheurs touchés de repentir. »

Ainsij commentée du haut de la chaire avec une diction sobre, facile, lumineuse, con /aincanie, la Somme théologiqut Qs\ comne ces monuments publics dont les grandes lignes architecturales, un soir de fête, paraissent tout en feu aux yeux de la multitude émerveillée. Qu'on relise les Conférences sur les sacrements, et spécialement celles du Carême de 1884 sur la divine Eucharistie, et qu'on nous dise si c'est franchir les limites du vrai que de poser cette conclusion : Chaque année Noire-Dame de Parisenterd résonner sous ses voûtes les accents de Thomas d'Aquin parlant par la

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bouche de son Frère, de son éloquent disciple, le R. P. Monsabré.

Après la poésie et l'éloquence, la peinture : elle ■ aussi s'empresse de payer au Maître son tribut d'honneur.

Dans la chapelle des Espagnols, à Santa-Maria- Novella de Florence, le pinceau de Taddeo Gaddi, élève du Gioito , a représenté Thomas d'Aquin au milieu des anges, soutenu de l'autorité des pro phètes et des évangélistes, et foulant aux pieds les ennemis de la loi: Arius, Sabelliuset Averroës.

A Sainte-Catherine de Pise. un tableau de Trani, . disciple d'Orcagna, montre le Saint recevant de Notre- Seigneur des flots de lumière, qu'il transmet à un auditoire composé de religieux, d'évêques, de cardinaux et même de Souverains Poniites.

Dans une composition exécutée pour le Dôme de Florence, et transportée au muséedu Louvre, Benozzo r di Gozzoli, peintre du xv^ siècle, traite encore, mais ' avec plus d'ampleur, le triomphe du Docteur Angélique.

j Au centre, saint Thomas est assis dans une gloire

! circulaire, et tient ses ouvrages en mains. A ses côtés, Aristote et Platon prêtent Toreille, et sous ses pieds est étendu Guillaume de Saint-Amour, le fameux adversaire des Ordres mendiants. Au bas du tableau le Pape Alexandre IV, assis sur son trône, condamne le libelle des Pc^r//^- des derniers temps, en présence de saintBonaventure, du Bienheureux Albert leGrand,

des cardinaux Jean des Ursins et Hugues de Saint- Cher, et d'autres personnages historiques. Dans la partie supérieure, Jésus-Christ se penche vers son Docteur et semble lui dire les paroles qu'on lit audessous : « Tu as bien écrit de moi, Thomas. » Autour du Fils de Dieu, sont rangés saint Paul, dont l'Ange de TEcolea commenté les épîtres, Moïse, dont il a expliqué la foi figurative, et les évangélistes. qu'il a interprétés parles textes des Pères dans sa Chaîne d'or.

FraAngelico, dont les chefs-d'œuvre décorent le cloître de Fiesole et le couvent de Saint-Marc à Florence, reproduitavec une complaisance marquée la figure de saint Thomas, son Frère en religion. Qui n'a entendu parler du Couronnement de la Vierge, ravissante toile que possède le musée du Louvre, et dans laquelle se trouve, au milieu d'un groupe de Saints, une des plus belles têtes du Docteur Angélique qu'ait su produire le pinceau de l'artiste ?

Enfin le génie de Raphaël rend à son tour hommage au génie de Thomas d'Aquin. Au Vatican, dans la chambre de la Signature, st voit la fameuse Dispute du Saint-Sacrement . — Dispute est un terme consacré pour désigner une discussion théologique. — Debout près d'un autel où est exposée FiJosiie sainte, la main sur la poitrine et le visage plein d'une majestueuse autorité, le Docteur Eucharistique semble affirmer sa foi, au milieu d'une brillante assemblée d'autres Docteurs.

Parmi les productions plus modestes, mais non moins pieuses, de l'iconographie de saint Thomas, nous sicrnalerons aux élèves de nos collèges chrétiens

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une charmante gravure éditée par Besnard de Tours et faite tout exprès pour eux. Elle porte en titre latin :

Saint Thomas, Docteur Angélique, Patron céleste de toutes les Ecoles catholiques.

Assis dans sa chaire, la téie couverte du bonnet de docteur, saint Thomas a l'attitude du maître qui enseigne. Les traits de son visagesont empruntés au chefd'œuvre de FraAngelico. Le soleil brille sur sa poitrine. A côté de lui est un livre posé sur une table avec le crucifix, son oracle et son plus sublime panégyriste. Au fond delà vignette, deux arcades laissent voir d'un côté un grand fleuve formé par la pluie du ciel, symbole de la doctrine céleste et fécondante de saint Thomas d^Aquin, et allusion au texte qui lui fut miraculeusement indiqué, on s'en souvient, pour son principe de Doctorat. De l'autre côté, une lumière surnaturelle éblouit les ennemis de la ville sainte et porte la confusion dans leur camp, symbole de la perturbation que jettent les lumineux écrits du saint Docteur parmi les adversaires de la foi catholique» et allusion en même temps au texte cité par le célèbre Gilles de Rome, comme nous l'avons vu au chapitre septième du livre second.

Quant à la gravure placée en tête de ce volume, elle provient de la Société de Saint-Jean l'Evangéliste, à Tournai et à Lille. Cette gravure liturgique, faiie dans le style du moyen âge, est à la fois simple et pieuse. Drapé avec goût dans son vêtement de Prêcheur, et portant l'emblème du soleil sur la poitrine, Thomas d'Aquin recueille l'inspiration du Saint-Esprit, qui ei t à lui sous forme de colombe. Il tient ouvert un

r'24 LIVRE m. — GLORIFICATION DE SAINT THOMAS

livre où est écrit ÏAdoj'O te. Son visage respire la douceur, et son regard limpide, signe d'une parfaite pureté, semble contempler le Dieu de TEucharistie. Posés sur des chapiteaux, deux anges déroulent audessus de la tête du Saint des banderoles portant ces paroles connues, mais qu'on ne saurait trop redire à la louange du Docteur Angélique : « Tu as bien écrit de moi, Thomas, quelle sera ta récompense ? - Seigneur, pas d'autre que vous-même. »

Puisse la vue de cette image inspirer la dévotion ei la joie spirituelle que procurait, au témoignage d( Frère Euphranon de Salerne, la vueduSaint lui-même puissent aussi nos lecteurs entendre tous un jour, d( la bouche de Jésus^ ces paroles consolantes : Par le. œuvres de votre vie, vous ave:{bien écrit de moi !..

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