‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 90 sur 96 · SAINT THOMAS DAQUIN ET S. S. LEON XIII · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS DAQUIN ET S. S. LEON XIII

Corofij trituctitr in generationem et geitcrationem.

ProY. xxvii, 2 i.

Une coiircnnc sera'posée sur son frcn^ pour les >iiècle^ Jee siècles.

^i^>'-s i^HS d'avoir accompli noire tâche et de prendre i ^;^ congé de nos bien-aimés lecteurs, nous assoi?^^ cions dans le titre de ce chapitre, dixième et dernier, les noms de saint Thomas d'Aquin et de Léon XIII. Qu'on n'en soit pas surpris.

A l'acte solennel par lequel le Vicairede Jésus-Christ a déclaré Thomas d'Aquin Patron de toutes les écoles catholiciues, est due la pensée de cet ouvrage : son meilleur couronnement sera le résumé succinct des autres actes du même Pontife pour la glorification de notre saint Docteur.

Léon XIII, n'étant encore que le cardinal Joachim Pecci, manifestait hautement son admiration pour la doctrine de l'Ange de l'Ecole. Dès iSSq. il instituait à Pérouse une académie ecclésiastique de Saint-Thomas d'Aquin, aux séances de laquelle il aimait à prendre part.

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Bientôt la. Somf7ie théologique devenait le manuel de son séminaire diocésain, et plus tard il mettait aux mains de ses étudiants en philosophie le Cours de Philosophie thomiste du R. P. Zigliara, régent delà Minerve, avec lequel on le voyait s'entretenir souvent.

Au mois de juin 1875, l'archevêque de Pérouse généralisait une pensée émanée de Tarchevêque de Naples, en rédigeant une éloquente supplique à Pie IX, de sainte et illustre mémoire, afin qu'il daignât proclamer saint Thomas Patron des Universités, Académies et écoles catholiques du monde entier. Plusieurs cardinaux, près de deux cents archevêques et évéques, et vingt-sept Généraux d'Ordre religieux signaient avec lui.

Au Pape Léon XIII était réservé Phonneur d'exaucer les vœux du cardinal Pecci.

Le nouveau Pontife venait à peine de s'asseoir sur le siège de saint Pierre, qu'il laissait voir sa pensée relativement à la doctrine de saint Thomas. Aux élèves des Séminaires de la Ville éternelle il recommande l'étude de la Philosophie « d'après l'excellente méthode et les principes très sûrs qu'ont suivis les plus illustres maitres de la Sagesse chrétienne, et principalement le Docteur Angélique. «

A des prêtres de divers diocèses il parle dans le même sens.

Dans une réponse aux RR. PP. Jésuites de Woodstock (Maryland), qui lui ont fait hommage de leurs Leçons de Théologie dogmatique, on lit ces remarquables paroles : « Il est d'une souveraine importance que le clergé soit pénétré de doctrines solides et sûres,

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résultat qui sera certainement obtenu, si la doctrine de saint Thomas tleurit dans vos écoles... »

Dans le courant de 1876, un autographe de la Somme contre les Gentils^ conservé dans une bibliothèque privée de Bergame, avait été racheté par une souscription de Tévêque, du clergé et des fidèles, pour être offert à Pie IX. Le Saint-Père en avait témoigné une grande satisfaction, et avait voulu qu'on l'imprimât aux frais de la Propagande. Ce fut le nouveau Pape qui en eut la dédicace. En remerciant l'éditeur de son gracieux hommage, et en encourageant ses travaux, Sa Sainteté ajoute : « Plaise à Dieu que les autres autographes du saint Docteur que le temps n'aurait pas encore détruits, s'ils gisent quelque part dans la poussière, puissent être retrouvés et mis en sûreté ! »

En juin 1879, le Pape fait venir de Naples un savant professeur pour occuper une chaire importante du Séminaire romain ; la raison qu'il donne de son choix, c'est qu'il veut voir refleurir dans cet athénée les doctrines de saint Thomas.

Malgré leur valeur incontestable, les actes que nous venons de rapporter n'étaient que des prémisses, renfermant la conclusion magistrale qui s'appelle l'Encyclique yEterni Patris.

Dans cet impérissable monument^ après des considérations grandioses sur l'importance d'une saine philosophie pour servir de base au dogme chrétien, se trouve un des plus magnifiques éloges de saint Thomas qui soient émanés du Siège Apostolique.

« Entre tous les docteurs scolastiqucs, brille d'un éclat sans pareil leur prince et maître à tous, Thomas d'Aquin, lequel, ainsi que le remarque Cajetan, pour

avoir profondément vénéré les saints docteurs qui l ont précédé, a hérité en quelque sorte de Vintelligence de tous. Thomas recueillit leurs doctrines, comme tous les membres dispersés d'un même corps ; il les réunit, les classa dans un ordre admirable, et les enrichit tellement, qu'on le considère lui-même, à juste titre^ comme le défenseur spécial et l'honneur de l'Église.

« En même temps qu'il distingue parfaitement, comme il convient, la raison d'avec la toi, il les unit toutes deux par les liens d'une mutuelle amitié : il conserve ainsi ses droits à chacune^ il sauvegarde leur dignité, de telle sorte que la raison, portéesur les ailes de Thomas jusqu'au faite de l'intelligence humaine, ne peut guère monter plus haut, et que la foi peut à peine espérer de la raison des secours plus nombreux ou plus efficaces que ceux que ^Thomas lui fournit. . . .

« Il ne faut donc pas s'étonner de l'immense enthousiasme des siècles précédents pour les écrits du saint Docteur ? Sans parler de la famille dominicaine, qui revendique cet illustre maître comme une gloire qui lui appartient en propre, les Bénédictins, les Carmes^ les Augustins, la Société de Jésus, et plusieurs autres ordres religieux, se sont imposé par leurs statuts la loi de suivre constamment ses doctrines.

« Dans les Académies célèbres et jadis florissantes de Paris, de Salamanque, d"Alcala, de Douai, de Toulouse, de Louvain, dePadoue, de Bologne, de Naples, de Coïmbre, et d'autres en grand nombre, on sait que Thomas régnait en prince comme dans son propre empire.

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" Il y a plus encore : les Pontifes romains ont honoré la sagesse de Thomas d'x\quin par de singulière éloges et les attestations les plus amples. »

El ici Léon Xlll cite plusieurs d-^s témoignages qu'on a lus dans Tavant-dernier chapitre.

Mêmes hommages de la part des assemblées œcuméniques de rÉglise.

« Dans les conciles de Lyon, de Vienne, de Florence, de Trente, du Vatican, on eût cru voir Thomas prendre part, présider même en quelque sorte, aux délibérations et aux décrets des Pères, et combattre, avec une vigueur invincible et le plus heureux succès, les erreurs des Grecs, des hérétiques et des rationalistes...

« Enfin une dernière palnie semble avoir été réservée à cet homme incomparable : il a su arracher aux ennemis eux-mêmes du nom catholique le tribut de leurs éloges et de leur admiration... «

Le Pape conclut « en exhortant, de la manière la plus pressante, ses Vénérables Frères à remettre en vigueur et à propager de tout leur pouvoir la doctrine vraiment d'or de saint Thomas, et ce, pour la défense et l'ornement de la foi catholique, pour le bien de la société, pour l avancement de toutes les sciences, a

Celte Encyclique si imposante et si solennelle causa dans Tunivers chrétien la plus vive émotion. Les adhésions arrivèrent de toutes pans : de l'Épiscopat, des chefs d'Ordres, des Universités catholiques, des théologiens les plus autorisés^ et donnèrent au Souverain Pontife l'occasion d'accentuer avec encore plus d'énergie ses conclusions.

Le cardinal Nina, secrétaire d'Etat, écrivant au norn du Pape, le 27 octobre, à l'archevêquede Bolognç

33o LIVRE III. — GLORIFICATION DE SAINT THOMAS.

et à ses suffragants ; le 28, à l'archevêque de Turin et à ses suffragants ; le 29, au Vicaire général des Frères Prêcheurs, dit en propres termes dans chacune de ses lettres : « Le Saint- Père désire extrêmement que son Encyclique ait un résultat pratique et une vaste application, non seulement à Rome, mais encore dans toutes les autres cités du monde chrétien. »

Que de fois, dans ses relations avec les Pasteurs de divers diocèses, Léon XIII se plaît à recommander les règles qu'il a tracées pour les hautes études en philosophie et théologie ! Témoin un Bref aux évéques de Belgique, un autre aux évéques d^Irlande, une Encyclique à tous les archevêques et évéques d'Italie, un Bref à l'évêque de Plaisance, un autre aux évéques de Turin, Milan et Verceil.

A ces derniers il écrit : « Nos lettres encycliques du 4 août 1879 disent ouvertement Nos désirs et Nos vœux pour que la jeunesse soit formée dans la doctrine de saint Thomas d'Aquin, doctrine puissante en tout temps pour la sage culture des intelligences, mais devenue plus opportune que jamais pour la réfutation des erreurs funestes qui ont jeté déjà tant d'esprits hors de la vraie voie. >^

Reçoit-il en audiences publiques ou privées des ecclésiastiques, des religieuxou des membres de savantes académies, le Pape trouve moyen de leur parler de saiiit Thomas, de la splendeur de ses doctrines, de Taccueil sympathique fait à l'Encyclique.

Le 7 mars, qui en suivit la publication, deux mille savants étrangers, de tout pays, étaient rassemblés à Rome pour fêter l'Angélique Docteur, et porter au Saint-Père le respectueux hommage de leur adhésion.

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l^e Pape les admit en audience solennelle ; il était ^ntouré de vingt-cinq cardinaux.

« En remettant en honneur la doctrine de saint Thomas, leur dit-il, faisons-nous autre chose que proposer un modèle où tout ce que peut la vertu, tout ce que peut la science, brille du plus vif éclat, en la personne d'un homme complètement versé dans toutes les sciences divines et humaines, d'un homme que tant de siècles ont comblé d'honneurs, et qui a été comparé aux esprits angéliques eux-mêmes ? »

Le soir du même jour, une fête littéraire était donnée à ces étrangers et à l'élite delà société romaine par l'Académie des Arcades , savante compagnie , fondée en 1690, et offrant cette particularité que chacun de ses membres prend le nom d'un ancien pasteur de la Grèce. Léon XIII en fait partie; mais, depuis son élévation au rang suprême, il a reçu un nouveau nom et s'appelle Pastor Maximus^le Pasteur Maxime ou Très Grand.

Notre glorieux Pontife n'est pas seulement l'homme de la parole, il est, dans un degré non moindre, l'homme de l'aciion : nul ne sait mieux que lui poursuivre la réalisation d'un noble dessein.

Deux mois après l'apparition de l'Encyclique, il adressait au cardinal de Luca, préfet de la Sacrée Congrégation des études, une lettre importante dan^ laquelle, précisant sa pensée, il charge Téminent cardinal de préparer au plus tôt, à Rome, la fondation d'une Académie, qui soit comme la tête et le cœur des autres académies établies ou à établir par tout le monde chrétien, pour la diffusion et la direction de l'enseignement thomiste.

Le 8 mai 1^80, était inaugurée ['Académie romaine de Saint-Thomas-d'Aquin. Elle se compose de trente membres, dont dix résident à Rome, dix en Italie, les autres à l'étranger. Ses présidents sont le docte cardinal Joseph Pecci, frère de Sa Sainteté, et le cardinal dominicain Zigliara, natif de Bonifacio, à ce titre une gloire française.

Léon XIII a pris sur sa cassette particulière de quoi doter cette Académie, laquelle publie, deux fois par an, dans une revue périodique, les travaux de ses membres, et même ceux des autres savants catholiques, sur les doctrines de saint Thomas.

Outre le projet de l'Académie romaine de Saint- Thomas-d'Aquin, le Souverain Pontife exprimait, dans sa lettre au cardinal de Luca, l'intention de faire éditer à nouveau les œuvres du grand Docteur. En cela il suivait les traces de son prédécesseur saint Pie V, qui donna en dix-huit volumes in-folio une édition, réputée la meilleure de toutes, mais devenue fort rare.

On n'épargnera rien pour rendre la nouvelle publication vraiment splendide. Les éditeurs seront les Dominicains de Rome, sous le haut patronage de leur éminent cardinal ; ils veilleront avec un soin extrême à l'intégrité du texte, et y ajouteront les commentaires des interprètes les plus illustres de leur Ordre, tels que Thomas de Vio, cardinal Cajetan, pour la Somme théologique, et François Silvestri de Ferrare, pour la Somme contre les Gentils. L'imprimeur sera le chevalier Melandri, directeurde la typographie polyglotte de la Propagande, et le Saint-Père alloue une somme de trois cent mille francs pour frais d'installation.

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