‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 12 sur 40 · I. Cl. Bacumkcr, Witelo, Munster · texte numérisé non relu

I. Cl. Bacumkcr, Witelo, Munster

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apodictique, mais seulement un argument dialectique en faveur de sa thèse. {S. T/i. I, 46, /). Thomas est plus sévère pour les philosophes arabes et juils, surtout pour Averroès et Avencebrol. Le De unitate intellectus contra Averroistas, contre Siger de Brabant, que nous connaissons déjà, gravite autour d'un examen Strictement objectif et supposant un jugement g>ersonnel de l'interprétation averroiste d'Aristote. La monographie De substantiis separaiis, de son côté, s'explique de manière profonde, calme et objective, avec Avencebrol. Notre théologien considère et utilise avec un grand respect les Pères de l'Eglise, ce dont le cardinal Cajetan lui fait gloire : « Parce qu'il a montré envers les Pères la plus haute piété, il a uni dans une certaine mesure en lui-même la profondeur de tous » {In S, Th. 5. //, i48, 4).. Néanmoins, malgré toute sa modestie et sa piété, Thomas ne laisse pas absorber son jugement personnel. Là où il s'écarte des Pères^ il le fait avec des tours pleins de délicatesse. Ainsi il dit quelque part {De pot., 3, 18) : « Puisque telle est l'opinion des grands docteurs, d'un Basile, d'un Grégoire .de Nazianze fet d'autres, elle ne peut pas être condamnée commx erreur. » Même vis-à-vis d'AuGUSTiN, celui d'entre les Pères c^u'il estime le plus, i)

garde sa liberté de jugement. Cela est surtout manifeste dans les questions de psycholo-,äe.et au sujet de la théorie de la connaissance, où la. vérité lui sembLiit plus accessiole par les voies aristotéliciennes. Ici, les citations d'Augustin sont plus rares. 11 y supprime autant que possible l'opposition entre Augustin et Aristote, en révoquant en doute les citations d'Augustin, en faisant remarquer la tournure d'esprit platonicienne du Père de l'Eglise, et en ramenant ainsi à une juste mesure soa. spiritualisme débordant. Souvent aussi des citations de ce genre sont conçues comme un simple rapport de pensées d'autrui, ou comme une simple position de problème. Quexette attitude de saint Thomas vis-à-vis d'Augustin dans ces questions philosophiques aient fait sur ses contemporains l'impression d'être personnelles, nous en avons trouvé une preuve incontestable dans .la réaction de l'école franciscaine.

Le troisième caractère de la. vie et de l'effort scientifi.jue de saint Thomas est sa tendance.

PONCIÈREMENT ETHICO-RELIGIEUSE. Elle reSSOHt dc

ses écrits d'u:ie manière discrète et par là même doublement efficace. « Un esprit plein d'onc- :ion, écrit R. Euckèn ^ pénètre le tout. Comme

I. R. Eucken, Die Philosophie des Thomas von Aquin ind die Kultur der Neuheit 2 Bad Sachsa!, 19 10, 1 5 .

dans une imposante cathédrale, nous montons du vestibule du monde jusqu'au sanctuaire, pour atteindre un saint des saints. Ce qui est infé-rieur contient déjà, bien qu'encore à l'état de sommeil, un désir de ce qui est plus élevé, et le fortifie par des signes et des pressentiments mystérieux. Toute la gradation des fins est tournée en définitive vers la fin unique de la majesté divine. La science peut donc aussi apparaître comme un service divin. » Cet accent religieux s'exprime avant tout dans le désir d'une connaissance toujours plus approfondie de Dieu. La question : « Qu'est-ce que Dieu } » est le motif et la formule de toute 'œuvre intellectuelle de notre saint. « Nous savons de Dieu qu'il existe, qu'il est la cause de tout ce qui est, et qu'il dépasse itout à l'infini. Telle est la conclusion et le sommet de notre savoir en cette vie terrestre. » (S. c. G. ///, 49). Dans son aspiration à la connaissance ^de Dieu, Thomas a reçu avec joie et reconnaissance les lumières que donne la révélation chrétienne sur l'essence et la vie divines. « Avant b christianisme, remarque t-il dans son explication du Symbole des apôtres, aucun philosophe ne pouvait avec toute l'énergie de sa pensée, savoir sur Dieu autant qu'en sait par la foi une simple vieille après la venue du Christ. » Cette adhésion con- -

vaincue au contenu de la révélation surnaturelle cause et explique aussi le profond attachement de l'Aquinate envers l'Eglise, dan's laquelle il vénère la médiatrice et la gardienne de ces vérités révélées. « La plus haute autorité appartient à la tradition de l'Eglise, à laquelle il faut se conformer en tout. La doctrine des docteurs catholiques eux-mêmes tient d'ailleurs son autorité de l'Eglise. Aussi faut-il estimer la tradition de l'Eglise plus que l'autorité même d'un Augustin ou d'un Jérôme. » (Quodlib. Il y 7). Toujours, Thomas s'efforce de se conformer à l'enseignement et à l'esprit de l'Egiise. Il a, pour l'autorité du pape, le plus profond respect. Son cœur était vivement attaché à l'Eglise primitive, « l'Eglise primitive, cette époque où régnait un grand amour de la foi chrétienne. » {S. Th. III, 80, 10 ad 5"^).

Le désir ardent de connaître Dieu a donné aussi des ailes à l'Aquinate, dans le chemin de la vertu. La pureté et la sainteté ne sont-elles pas à ses yeux une précieuse disposition pour approfondir les vérités et les mystères divins.^ A quel idéal s'élève sur ce point la pensée de Thomas, on le voit par la lettre suivante, adressée au novice Fr. Jean, qui l'avait prié de lui indiquer une bonne méthode de travail : « Puisque tu m'as demandé, Jean, mon très cher

dans le Christ, comment il te faut travailler pour t'assimiler le trésor du savoir, voici les conseils que je te donne. Attache-toi d'abord de préférence à atteindre le savoir par de petits ruisseaux, et à ne pas te précipiter aussitôt dans la mer (du savoir), parce que l'on doit al-' 1er du facile au difficile. Voilà mon avertissement et ton instruction. Je t'engage à être silencieux et à n'aller au parloir qu'à contre-cœur. Veille à la pureté de ta conscience. Ne cesse pas de t'adonner à la prière. Aime à être très appliqué dans ta cellule, si tu veux être intro- . duit dans le cellier du savoir. Montre-toi bien aimable envers tous. Ne t'inquiète pas des faits et gestes d'autrui. Ne sois trop familier avec personne, car une familiarité excessive engendre le mépris et détourne très facilement de l'étude. Ne te mêle pas aux conversations et au commerce des gens du monde. Evite tout vagabondage hors du monastère. Ne cesse pas de marcher dans les pas des saints et des bons. Ne prends pas garde à la personne qui te parle, mais imprime dans ta mémoire tout ce qui est dit de bon. Donne-toi la peine de comprendre à fond tout ce que tu lis et entends. Dans chaque doute, cherche à t 'élever à une certitude. Efforce-toi de cacher autant que tu le peux dans la salle d'armes de ton esprit. Ce qui est trop

haut p mr toi, ne cherche pas à l'atteindre. Si tu suis ces sentiers, tu produiras dans la vigne du Seigneur des armées, aussi longtemps que tu vivras, des fleurs et des fruits utiles. Si tu observes tout cela, tu atteindras le but de tes désirs. Adieu. » Cette petite lettre contient de précieuses directions et en particulier d'excellentes pensées sur le rapport qui existe entre l'élévation morale et religieuse de l'âme et la vraie science. Nous y trouvons les avertissements et les conceptions que plus tard Thomas à Kempis a exprimés avec une touchante simplicité dans son Imitation de Jésus-Christ.

C'est sans doute en grande partie à cause de cet accent moral et religieux que l'on trouve chez Thomas et dans ses écrits, que la Mystique postérieure, la Mystique allemande surtout, s'est intimement rattachée à lui. La Mystique trouva dans la Somme théologique (2. //. i79 iSS), la théorie la plus profonde et la plus claire de la vie contemplative. Chez Tauler, Maître Thomas est une source souvent citée. Henri Suso prend pour guide « la claire lumière, le cher saint Thomas, le Docteur. »

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