‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 14 sur 40 · I. Le Commentateur d'Aristote · texte numérisé non relu

I. Le Commentateur d'Aristote

témoignent aussi d'une rare connaissance des ouvrages du philosophe. C'est surtout par la critique qu'en fait Aristote, que Thomas a appris à connaître et à juger Platon ; mais cela ne l'a pas empêché d'adopter dans son système la théorie des Idées, sous sa forme augustinienne. Son commentaire sur le Timée, dont il est question dans la lettre de condoléances de la faculté des arts de Paris, ne nous a pas été conservé. Souvent, dans les écrits thomistes on rencontre les noms des commentateurs grecs d'Aristote : Porphyre, Themistius, Simplicius, Alexandre d'Aphrodise. Une autre source où il a largement puisé est Boèce, le dernier des Romains e^t le premier des scolastiques. Notre scolastique se montre très versé dans la philosophie JUDÉO-ARABE et il a parfaitement su en juger les ombres et les lumières. 11 paraît avoir apprécié Avicenne plus qu'Averroès. Plusieurs fois il s'est expliqué sur le Fons vitae d'Avicebron. Le More Nebuchim (guide des égarés), de Moïse Mai iiionide, lui était très familier.

Comme sources néo-platoniciennes, il avait à sa disposition, indépendamment des sources théologiques (le Pseudo-Denys l'Aréopagite), le Liber de cawhiset aussi, depuis 1268, la ^roiyjiiùai'; ÔsoT^oyixT) de Proclus, dans la traduction de Guillaume de Moerbecke. 11 connaît en ou-

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tre et cite le traité De intelligentiis, qui paraît bien être de Witelo.

En théologie, Thomas possède à un degré peu commun une connaissance approfondie de rEcrittirè sainte toute entière, qu'il semble citer souvent par cœur. Maintes fois il fait usage des gloses de Walafrid Strabon et d'Anselme de Laon; mais on trouve surtout, accumulés dans les écrits de l'Aquinate, une foule de textes de Pères. Sans parler des œuvres patristiques qui étaient aussi à la disposition de ses contemporains (Ambroise, Augustin, Jérôme, Jean Damascène, le Pseudo-Aréopagite, Hilaire de Poitiers, Grégoire -le-Grand, Isidore de Séville, etc.), on peut constater, dans les plus récents écrits de l'Aquinate, une corinaissance approfondie de saint Jean Chrysostome et de saint Cyrille d'Alexandrie, connaissance qui a sensiblement influé sur la Christologie et la doctrine sacramentaire de notre saint. De la haute scoLASTiQuE, Thomas connaît et cite Anselme de Cantorbéry, Rupert de Deuz, Bernard de Clairvaux, Gilbert de la Porree, Hugues de Saint-Victor, qu'il estime beaucoup, Richard de Saint-Victor, Joachim de Flore. Alfred de Sereshel et Alain de Lille ne lui sont pas inconnus. Mais l'auteur de cette époque le plus cité, et corrigé d'ailleurs en bien des points, est '

LES SOURCES DE LA DOCTRINE THOMISTE 6i

naturellement Pierre Lombard, le Maître des Sentences.

Suivant une coutume littéraire de son. temps, Thomas a désigné et cité les théologiens dû XIII* siècle par quidam. 11 ne nomme par leur nom que les sommistes qui vivaient à Paris dans le premier tiers du siècle : Praepositinus et Guillaume d'Auxerre. 11 ne sera possible d'identifier peu à peu ces quidam que quand la littérature anté-thomiste restée manuscrite sera mieux connue, et qu'on aura établi par le détail le rapport de l'Aquinate avec les sources publiées : Alexandre de Haies, Albert le Grand, Bonaventure. Comme un grand nombre d'idées, de questions et d'objections se transmettaient de génération en génération dans la scolastique, l'identification du quidam sera souvent très difficile. Remarquons encore qu'il y a des indices de l'utilisation par l'Aquinate de la Somme de Robert de Melun (f 1167) et des Sentences de Pierre de Poitiers (f 1205) qui sont encore inédites.

Thomas possédait en outre, comme il ressort particulièrement de sa Christologie, une profonde connaissance des anciennes décisions CONCILIAIRES.. Sa connaissance du droit canon, que manifestent de fréquentes citations de Gratien et des Décrétales, dépasse celle de la plu-

part des professeurs de dogmatique de son temps. On sait que Droit ecclésiastique et Théologie formaient alors deux disciplines et deux facultés différentes. Çà et là Thomas apporte aussi des citations tirées du droit romain. Enfin, on ne saurait omettre de mentionner qu'il a assez fréquemment parsemé ses exposés d'extraits des Classiques antiques, même des poètes. Ces citations d'Horace, d'Ovide, de César, de Cicéron, de Sénèque, de Térence, de Salluste, de Tite-Live, de Strabon, de Valère- Maxime et d'autres ajoutent pour ainsi dire un courant humaniste aux sources déjà si riches où Thomas a puisé.

V. — La lutte de la doctrine thomiste POUR LA prééminence DANS LA

scolastique.

La mort a arrêté prématurément l-infatigable labeur scientifique de saint Thomas. Dans un manuscrit d'Oxford de la Somme théologique, {Balliol College 44, s. XIV), nous lisons la remarque : Hic moritur Thomas, o mors, quam sis maledicta \ Néanmoins, l'œuvre

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