V. — La connaissance
L'âme est, pour saint Thomas, une substance spirituelle qui, comme vraie et unique forme de l'être, est unie immédiatement au corps et est le fondement le plus profond de toutes les opérations spirituelles, sensitives et végétatives
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de la vie humaine. L'âme n'exerce pas ces fonctions de la vie supérieure et de l'inférieure immédiatement par elle-même, par son essence, mais par des puissances réelles, des facultés dont elle est douée et qui sont réellement distinctes d'elle. Ces facultés se caracté-risent et se classent d'après leurs actes respectifs et en dernière analyse, puisque leurs actes sont déterminés par leurs objets, par les objets propres i^objets formels) de leur activité (*S. Th, h 77, i'3), ,
En établissant une distinction réelle entre
LES FACULTÉS DE l'aME ET SA SUBSTANCE, Tho-
mas abandonne les vues d'Augustin, de Guillaume d'Auvergne et d'autres, pour se rattacher très étroitement à la théorie aristotélicienne > qui fut développée par Avicenne.
Avec Aristote, il admet cinq sortes principa-. les de puissances de l'âme : les facultés végétatives, celles de la connaissance sensible, le désir, le mouvement volontaire, et les puissance intellectuelles (S. Th. /, 78, /). Pour ce qui est des facultés qui coopèrent à la connaissance, les pouvoirs sensitifs se divisent en cinq sens externes et quatre sens internes, savoir: le sens commun, l'imagination, l'estimative et la mémoire sensible {S. Th. I, 78),
De mêm^que, dans la classification et la des-
LA CONNAISSANCE i53
cription des facultés sensibles, Thomas se rattache étroitement à Aristote et à Avicenne, il suit encore des voies aristotéliciennes dans l'exposé des facultés supérieures. C'est précisément dans la manière dont notre scolastique analyse l'intelligence et la pensée humaine, que
le CARACTÈRE ARISTOTÉLICIEN DE SA PSYCHOLGIE
DE LA CONNAISSANCE s'opposc le ^plus nettement
à la NOÉTIQUE AUGUSTINIENNE DE l'ÉCOLE FRAN- CISCAINE. La différence essentielle des deux tendances que nous pouvons appeler Taristo- TÉLisME et I'augustinisme, est marquée par les deux oppositions suivantes : Platon, Augustin et les franciscains Bonaventure, Mathieu d'A-
QUASPARTA, JOHN PeCKHAM, RoGER MaRSTON,
Guill-auMe de Falgar etc. insistent expressément sur l'activité de la faculté de connaître, sur l'élément vital et subjectif dans la genèse de la connaissance humaine. Thomas d'Aquin avec son école (Thomas de Sutton, Bernard DE Trilia, Jean de Naples etc.) fait ressortir, en union avec Aristote, le caractère passif et réceptif de la connaissance, et voit en elle une assimilation du sujet connaissant à l'objet connu, une image représentative de la réalité. La deuxième- opposition, intimement liée à celle qui vient d'être signalée, est la suivante : chez Platon, Augustin et les Franciscains, la
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sensation et la connaissance intellectuelle sont plutôt juxtaposées et sans rapport l'une avec l'autre. La connaissance sensible est considérée comme de peu d'importance pour la connaissance intellectuelle. D'après les Franciscains, surtout d'après Mathieu d'Aquas-parta, le représentant le plus pénétrant de l'école franciscaine, l'âme n'acquiert pas par l'intermédiaire des sens la connaissance de l'incorporel, mais elle le voit, soit par réflexion sur elle-même, soit dans les Idées éternelles. Thomas, par contre, étroitement d'accord en cela avec le Stagirite, soutient qu'il existe une dépendance intime et étroite entre la sensation et la connaissance spirituelle, en ce sens que, selon lui, le contenu total de la connaissance intellectuelle dérive, en dernière analyse, des sens. Thomas d'Aquin a fait, de la manière dont l'homme acquiert du corporel une connaissance intellectuelle, la norme et le modèle de la connaissance spirituelle en général, même de celle qui porte sur les réalités et les valeurs incorporelles. Il est évident que cette conception du rapport entre la sensation et la connaissance intellectuelle est un écho de la doctrine thomiste qui fait de l'âme spirituelle la forme substantielle du corps. La conception de l'école franciscaine représente l'idée augustinienne de