LA CONNAISSANCE I
Tessence de l'homme, où le côté spirituel est prépondérant. Voyons maintenant si et dans quelle mesure cette caractéristique du thomisme se vérifie dans le détail de sa psychologie de la connaissance.
Dès le début de ses explications sur les facultés intellectuelles, Thomas souligne expressément le CARACTÈRE PASSIF, RÉCEPTIF de notre intellect. Il se réclame à ce sujet du mot d'Aristote d'après lequel la pensée est en un sens quelque chose de passif, l'intellect ressemblant à une table rase « sur laquelle rien n'est écrit ». Passivité, ici, ne signifie pas réception d'une impression, altération physique, mais veut dire être en puissance par rapport à quelque chose. L'intellect humain, qui occupe le degré inférieur du monde des esprits, et qui se trouve le plus éloigné de l'intellect divin, acte pur, est en puissance vis-à-vis de tout ce qui est intelligible, vis-à-vis de tout ce qui peut être l'objet de la connaissance spirituelle de l'homme. Notre intellect est une puissance passive (S. Th. /, 79, / et 5).
De nouveau, en se réclamant d'Aristote, d'après lequel « in. anima est aliquid, quo est ornnia fleri, et aliquid i^uo est omnia/acere », Thomas admet un intellectus agens, un intellect actif, c'est-à-dire la faculté pour l'esprit
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humain de tirer par abstraction, des données des sens, le général, l'idéal, et par là d'élaborer le contenu réellement intelligible de la pensée. Les connaissances issues du monde extérieur et menées par les sens externes et internes jusqu'aux portes de l'intellect, parce qu'elles sont concrètes, matérielles et individuelles, ne sont pas encore réellement intelligibles, mais seulement intelligibles en puissance. Pour qu'elles puissent devenir réellement intelligibles, c'est-à-dire puissent fournir à l'esprit, orienté vers le général et l'idéal, un objet qui lui soit proportionné, il nous faut admettre, dans l'intellect même, une puissance qui dépouille ces. formes de connaissance de leur caractère concret, matériel et individuel. Cette énergie active, c'est précisément l'intellect agent. J. Mausbach illustre cette fonction de l'intellect agent par une comparaison moderne : « Ce sont comme des rayons X, qui tombent sur la représentation sensible et projettent Le noyau de son essence spirituelle sur la plaque de la raison ^ ». L'intellect agent est quelque chose d'actif, parce que seul un principe actif peut faire passer autre chose de la puissance à Pacte {S. Th. /, 79, 3). En admettant un intellectus
I. Mausbach: Grundlage und Ausbildung des Charakters nach dem hl., Thomas von A quin. Freiburg, 191 1, 11.
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agens^ Thomas ne rétracte aucunement sa thèse de la passivité de l'intellect, l^' intellectus possibilis, en effet, faculté dans laquelle se parfait la connaissance intellectuelle, est quelque chose de passif. 11 reçoit les « espèces » {species intelligibilis) élaborées par l'intellect agent et est amené par elles à l'acte de la connaissance. Bona venture, par contre, ne voit pas seulement dans l'intellect agent une énergie active; selon lui, Vintellectus possibilis n'est pas purement passif, mais est doué d'une activité physique (In II Sent. d. S4, p. /, a, S,
A l'obscure interprétation averroïste de la doctrine aristotélicienne, peu cî'aire il faut l'avouer, de Vintellectus agens, d'après laquelle il y a une intelligence unique, distincte et séparée de l'âme humaine individuelle, Thomas oppose très expressément l'idée que Pintellect agent est uni à l'âme et en fait partie, qu'il est une puissance de l'âme, et que, par conséquent, il est multiplié autant de fois qu'il y a d'âmes humaines (5. Th. /, 75, 4 et 5).
La doctrine thomiste des puissances intellectives, c'est-à-dire du facteur subjectif de la connaissance, met en lumière la PASSivrrÉ de la FACULTÉ DE CONNAITRE. La questiou des objets de la connaissance, c'est-à-dire du facteur ob-
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jectif de la connaissance humaine, fait ressortir davantage le second caractère remarquable de la théorie thomiste de la connaissance : la