LA CONNAISSANCE
rielles que dans la mesure où elles sont de l'être réel. La materia prima, par exemple, n'est connaissable que dans son rapport avec la forme essentielle. Notre intellect est potentiel, il est intellectus possibilis, il a en lui la capacité de connaître, mais il ne peut être connu lui-même que dans la mesure où il est en acte. Puisque l'acte de la pensée ne se réalise jamais que par l'intermédiaire des phantasmes, il s'ensuit que notre intellect ne peut se connaître lui-même que s'il est mû par les espèces intelligibles que l'intellect agent abstrait des phantasmes. Notre intellect né se connaît par conséquent lui-même que par son acte, non par son essen,ce {S. Th. /, 87, /). Cette théorie de saint Thomas montre bien comment il poursuit rigoureusement dans leurs conséquences, son idée du caractère potentiel, passif de notre intellect, et celle de la connaissance sensible, point de départ de la connaissance intellectuelle ; il s'efforce manifestement de créer une psychologie de la connaissance, bien cohérente. L'école franciscaine a rejeté l'explication thomiste de la connaissance de soi. Mathieu d'Aquasparta combat ici encore, après l'avoir citée textuellement, l'opinion de l'Aquinate; il défend la théorie d'après laquelle l'esprit humain se saisit lui-même, et atteint ses profondeurs
i68 SAINT THOMAS D'AQUIN
les plus intimes, non par ses actes, mais par lui-même, non par induction mais par intuition.
La Morale de saint Thomas est une œuvre puissante que célèbrent même des auteurs non catholiques (Gass et autres). L'Ethique thomiste, qui remplit la seconde partie, la plus considérable de la Somme théologique, et que traitent aussi avec soin d'autres écrits de TAquinate, est hautement significative, au point de vue de Tanalyse historique des sources, de la systématique et de la Valeur propre de son contenu.
Dans sa morale, Thomas a utilisé avec autant d'abondance que d'habileté I'Ethique a Nicoma- QUE d'Aristote : il s'était d'ailleurs familiarisé avec les idées de cet écrit aristotélicien, par la composition du grand commentaire qu'il en fit, en se servant de la traduction latine de Guillaume de Moerbeke. S'il est vrai que déjà des scolastiques antérieurs, et le premier probablement Guillaume d'Auxerre dans sa Summa aurea^,
I. « La Somme d'or », exposé d'ensemble de la Théologie, dont se servirent beaucoup Alexandre de Halès et ses successeurs, et dont l'importance pour l'histoire du dogme est considérable. ■■
ont puisé des idées et des citations dans une partie de l'Ethique du Stagirite, aucun théologien cepeadant, - avant Thomas, n'a mis à contribution autant que lui, pour formuler, fonder et pénétrer la morale chrétienne, le contenu et la terminologie de cette œuvre aristotélicienne. Il serait faux néanmoins de regarder la morale thomiste uniquement comme une reproduction d'idées aristotéliciennes. Thomas a voulu écrire une Ethique chrétienne, surnaturelle, et non une Ethique purement philosophique ; aussi s'est-il largement approprié la morale biblico-patristique, telle surtout qu'elle avait été conçue et formulée par Augustin, non sans.utilisation de pensées stoïciennes. Les travaux de théologie morale de la scolastique anté-thomiste, exposés dans les Sentences et les Sommes, en particulier dans les Summae de virtutibus et vitiis ^ (Pierre le Chantre, Robert de Courçon, Jean de la Rochelle etc.), traités de morale à tendance surtout pratique, n'ont pas été non plus sans influence sur Thomas. Dans la morale spéciale de l'Aquinate, on retrouve aussi un écho des écrits mystiques, en particulier de ceux de Richard DE Saint Victor. Enfin, la Secunda apporte