I. R. V. Ihering, Der Zweck in Recht, 112, i6i et suiv
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celles de la société. « Personne n'a contribué autant que Thomas à faire accepter la doctrine aristotélicienne de la société. L'étude approfondie de cette doctrine et son intelligence originale sont le plus personnel de ses mérites *». Nous rencontrons d'abord la politique et la sociologie de l'Aquinate, comme exposé et mise en valeur de la doctrine aristotélicienne, dans son commentaire à la TroXiTsva du Stagirite, tout récemment traduite en latin par Guillaume de MoERBËKE. Le grand scolastique développe personnellement ses idées sur la société et l'Etat en beaucoup d'endroits de ses grands ouvrages systématiques, surtout de sa Somme théologiqu^, et en plusieurs de ses opuscules ou monographies. Outre le De regimine Judaeorum ad ducissam Brabantiae, il faut mentionner ici avant tout, bien qu'il ne soit son œuvre qu'en partie, \tDe regimine principum ad regem Cypri, théorie de l'Etat présentée sous la forme littéraire d'une instruction à un prince. Cet écrit, qui fut achevé par Bartholomée de Lucques, a suscité des imitations. Rappelons ici le*^traité De regimine principum dQ G'ûIqs de Rome. Ce n'est pas non plus par pur hasard que les avertissements duToi saint Louis à son fils Philippe,
I. Bäumker, Die europäische Philosophie des Mittelalters, 2* édit. {Kultur der Gegenwart, l, 5 2, 4o3).
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qui nous ont été conservés, rappellent des idées de cette monographie thomiste.
- Si telle est l'importance réelle et historique ■de la politique et de la sociologie thomiste, il est tout indiqué que nous en retracions brièvement les grandes lignes concernant I'origine, '
la NATURE, le BUT, IcS MODES, etC, DE l'aUTO- RITÉ PUBLIQUE.
Thomas fait dériver I'origine de l'Etat et de son pouvoir, de la nature de l'homme. c< Partout où l'on tend vers une fin et où s'ouvrent deux voies, une direction est nécessaire, qui .
^montre le chemin direct vers le but... L'homme .a une fin, en vue de laquelle est ordonnée sa vie et son action; car il est un être raisonnable.
:Mais c'est le propre d'un tel être d'agir en vue ' d'une fin. Or, c'est un fait que les hommes travaillent de différentes manières à atteindre le but qui leur est proposé; cela ressort de la diversité des tendances et des actions humaines. Par conséquent, l'homme a besoin de quelque chose qui le mène au but. Il est vrai qu'il a reçu en partage en naissant la lumière de la raison, qui doit conduire son activité à sa fin. S'il vivait isolé et pour lui seul, comme le font beaucoup d'animaux, il ne lui faudrait pas d'autre direction que celle-là. Chaque homme . serait ainsi son propre roi, sous le roi suprême,
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Dieu, dans la mesure où il se dirigerait luimême dans ses actions, par la lumière de la raison qui lui vient de Dieu. Mais Phomme est un être nc^turellement social et politique {animal sociale et politicum) , il est né pour vivre en communauté avec beaucoup de ses semblables. C'est là, pour lui, plus que pour tous les autres êtres vivants, une exigence naturelle. Pour les animaux, en effet, la nature a préparé la nourriture, le vêtement protecteur des poils, des moyens de défense contre les ennemis, comme les dents, les cornes, les ongles, ou du moins la facilité d'une fuite rapide. Rien de tout cela n'^ été donné à l'homme par la nature; il a reiju en partage la raison, pour pouvoir se le procurer par le travail de ses mains. Mais chaque homme est à jamais incapable de se procurer tout cela, s'il est laissé à ses propres forces. Voilà pourquoi là nature exige qu'il vive en nombreuse société. La même constatation se tire du fait que Pinstinct de tout ce qui est utile ou nuisible à la vie, est beaucoup plus développé chez l'animal que chez l'homme. Celui-ci doit se diriger à ce sujet par sa raison. Or, il >ne peut le faire avec succès que s'il vit en société. Dans ia société, l'un aide l'autre, en ce sens que les divers individus consacrent leur raison à la découverte de choses
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diverses. L'un s'occupe de médecine, l'autre d'autre chose, etc. Mais ce qui prouve le plus clairement que l'homme est destiné à vivre en société, c'est que seul il est doué du langage, de la faculté d'exprimer pleinement et entièrement ses pensées aux autres, tandis que les' animaux ne se communiquent leurs émotions que d'une. manière très générale. »
« S'il est ainsi naturel à l'homme de vivre en nombreuse société, il doit y avoir aussi parmi nous quelque chose qui régisse la multitude. Etant donné le grand nombre des hommes et la tendance de chacun à poursuivre en égoïste son intérêt personnel, la société humaine, tiraillée en sens contraires, se disloquerait, s'il n'y avait personne qui veille au bien commun ; de même que le corps de l'homme, et en général de tout être vivant se désagrégerait nécessairement s'il n'y avait en lui une force directrice générale, qui se règle d'après le bien commun de tous les membres... Ceci a un fondement rationnel plus profond. L'individuel, le propre et le commun ne sont pas une seule et même chose. Le propre contient l'élément distinctif et séparatif, le commun comprend l'élément qui unit et relie. Or, ce qui est distinct et différent a aussi des causes différentes. Il doit donc y avoir, outre ce qui meut chaque être vers son bien, quelque