THÉORIE DE L'ÉTAT ET DE LA SOCIÉTÉ
DE GOUVERNEMENT. Avcc Aristote, Thomas distingue un gouvernement bon, juste, et un gouvernement mauvais, injuste. Le premier se divise en Gouvernement de la cité (= Démocratie au bon sens du mot), en Aristocratie (Optimales) et en Monarchie; selon qu'il est aux mains de beaucoup, de peu ou seulement d'un seul. Le gouvernement injuste se divise parallèlement en Tyrannie, en Oligarchie et en Démocratie (= Démagogie) ; en gouvernement injuste d'un seul, ou de quelques-uns seulement, ou du peuple (de la populace). (Cf. De regimine principum I, /). Thomas regarde comme la meilleure forme de gouvernement la monarchie. -La conduite d'une multitude par un unique sujet de l'autorité est avantageuse, avant tout parce que c'est ainsi que le bien de la paix est le plus assuré. Cette forme de gouvernement est aussi la meilleure, parce qu'elle est la plus naturelle, et que la nature fait toujours ce qui est le mieux. Toute conduite, dans la nature, part d'une unité : dans l'ensemble des «membres du corps, il en est un qui meut tous les autres, le cœur ; et dans la vie psychologique, il est une faculté qui régit toutes les autres, la raison. Les abeilles ont-elles aussi un roi ; et dans l'univers entier, il y a un Dieu, le créateur et la Providence du tout {ibid.I , S).
De même que la monarchie, le gouvernement juste d'un seul, est la meilleure forme de gouvernement ; de même la tyrannie, le gouvernement injuste d^un seul, est la plus mauvaise (/, 3). Pour prévenir la tyrannie, Thomas recommande une constitution « mixte », qui réserve, à côté du principe monarchique, une place à l'élément aristocratique et démocratique dans l'administration de l'Etat {S, Th. 1 II, i05, /). Si, malgré cela, il arrive que la monarchie dégénère en tyrannie, il faudra patienter, pour éviter un plus grand mal. Si la tyrannie devient insupportable, le peuple peut intervenir, surtout s'il s'agit d'une monarchie élective. Jamais cependant il n'est permis de tuer le tyran. (/, 6). L'affirmation que Thomas enseigne ou permet le meurtre du tyran, avancée pour la première fois par le théologien parisien Jean Petit {1407) et souvent répétée depuis, ne repose en aucune manière sur la lettre ou la pensée de ses écrits.. Autant Thomas nous présente sombre et repoussante la personne du tyran (/, 3-6, 10), autant il met d'enthousiasme à peindre sous des couleurs brillantes, la noble image du bon roi. Le mobile de son action et de son gouvernement, ce n'est pas le bien terrestre périssable, ce n'est pas non plus l'honneur et la gloire; ce qui le meut avant tout,