COUVENT DE SAINT-JACQ.UES — LE PROFESSEUR
IstJ. s.xpienlia quam sine ficiione didici et sine invidia contmunijo.
Sap., VII, 1 5 .
Cette sagesse que j'ai apprise sans détour, je la communique sans jalousie.
Nos deux voyageurs se mirent en route, se conformant aux usages des pauvres, disons mieux, aux coutumes inaugurées par saint Dominique et ses premiers disciples. Le bâton à la main, les épaules chargées du bréviaire et de la Bible, — saint Thomas y ajoutait le livre des Sentences, — ils marchaient depuis l'aube jusqu'au milieu du jour. S'arrêtant alors au bord d'une fontaine, ils mangeaient le pain qu'ils venaient de quêter, et après un court repos, reprenaient joyeusement leur route. Le soir, ils s'efforçaient de trouver un gîte en quelque monastère, ou bien ils frappaient à la porte de quelque maison charitable, laissant, en
échange de Thospitalité dont ils étaient l'objet, des paroles de bénédiction, parfois même des grâces de salut corporel ou de réconciliation avec Dieu.
En arrivant à Paris, Albert et son jeune compagnon se dirigèrent vers le couvent de Saint-Jacques, situé au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, rive gauche de la Seine.
« En ce temps-là, écrit le P. Lacordaire, Jean de Barastre, doyen de Saint-Quentin, chapelain du roi et professeur à l'université de Paris, avait fondé à l'une des portes de la ville, appelée la porte de Narbonne ou d'Orléans, un hospice pourjles pauvres étrangers. La chapelle de l'hospice était dédiée à l'apôtre saint Jacques, si célèbre en Espagne, et dont le tombeau est l'un des plus grands pèlerinages du monde chrétien. Soit que les Frères espagnols s'y fussent présentés par dévotion ou de toute autre manière, Jean de Barastre vint à savoir qu'il y avait dans Paris des religieux nouveaux qui prêchaient l'Evangile à la façon des apôtres. Il les connut, les admira, les aima, et sans doute comprit l'importance de leur institut, puisque, le 6 août 1218, il les mit en possession de cette maison de Saint-Jacques, 'qu'il avait préparée à Jésus-Christ dans la personne des étrangers. Jésus-Christ, reconnaissant, lui envoya de plus illustres hôtes que ceux sur lesquels il comptait, et le modeste asile de la porte d'Orléans devint un séjour d'apôtres, une école de savants, et le tombeau des rois.