‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 63 sur 85 · ANGÉLIQUE PURETÉ · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE PURETÉ

deux autres, également nécessaires pour maintenir dans une âme le précieux trésor de la chasteté : une sévère retenue dans ses relations, et une mortification parfaite des sens.

Avait-il à converser avec les personnes d'un autre sexe, jamais il ne les regardait en face ; il les entretenait brièvement et satisfaisait à leur direction d'une manière fort sérieuse. On s'étonna de cette réserve, dont il n'exceptait pas même ses plus proches parentes. Comme on lui demanda un jour pourquoi, étant né d'une femme, il se comportait de la sorte envers toutes : « C'est précisément pour ce motif, » répondit-il, voulant dire par là : quelque affection profonde que je ressente pour celle qui m'a donné le jour, je ne saurais oublier, comme la foi me l'enseigne, que ma mère m'a conçu dans le péché.

Rapprochons de cette réponse la pratique d'un saint Louis de Gonzague, qui tenait toujours les yeux baissés, sans les lever même sur sa propre mère, et admirons les précautions que l'esprit de Dieu sait inspirer aux saints pour la garde de leur innocence.

La conservation de la pureté demande, de plus, la mortification des sens: c'est une vérité passée à l'état de maxime, que le lis de la virginité ne croît que parmi les épines.

La mortification ! Par ce mot entendons-nous des austérités excessives, telles que l'histoire de quelques saints nous en offre le tableau?.,.

L'Esprit souffle oh il veut ; il lui appartient, à lui seul, de diriger dans les voies les plus ardues de la pénitence, des âmes particulièrement appelées à reproduire l'état d'expiation du Sauveur Jésus. Mais il suffit d'avoir parcouru les Vies des saints, pour savoir que le Guide divin des âmes inspire habituellement l'attrait des grandes austérités à d'autres qu'à ceux qui ont pour mission d'éclairer l'Eglise par la splendeur de leur doctrine et l'excellence de leurs écrits. Toutefois, dans tous les grands docteurs, on trouve un esprit remarquable de sobriété, de tempérance et de mortification. Tant il est vrai que, pour prendre son essor vers les hauteurs qu'habite l'éternelle Vérité, l'âme doit être dégagée du poids du corps, et de tout ce qui l'incline vers la terre !

Les biographes de saint Thomas n'ont pas eu la prétention de tout dire sur ses vertus ; le peu qu'ils nous ont transmis sur sa mortification suffit pour nous édifier pleinement.

Outre l'abstinence perpétuelle de chair qu'il a gardée inviolablement jusqu'à la mort, et les sept mois de jeûne ordonnés par les constitutions de son ordre, le saint docteur se livrait à des pénitences extraordinaires, quand il rencontrait des difficultés que sans une lumière nouvelle il ne pouvait résoudre.

Ce n'est pas la seule occasion où il affligeât son corps. Que de fois, en feuilletant l'histoire de notre saint, on rencontre ces mots ou autres expressions

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équivalentes : Thomas redoublait ses prières et ses pénitences 1... C'était principalement lorsqu'il se voyait en danger d'être promu aux honneurs, que cet ami du silence et de l'obscurité offrait ses larmes et son sang, priait et jeûnait. On pourrait même dire que saint Thomas jeûnait sans cesse; car Jean de Biaise, qui avait été son familier pendant plus de cinq ans, déclare, sur la foi du serment, que le saint docteur était d'une sobriété extrême, ne mangeant qu'une fois le jour, et au réfectoire commun.

Le vin et les plaisirs, au rapport des saints Livres, rendent l'homme le plus sage apostat de son Dieu. Quiconque veut mener une vie pure et chaste doit, dès l'enfance, prendre ces habitudes de sobriété et de tempérance, que recommande l'hygiène non moins que la mortification. Il doit, en outre, veiller sur tous ses sens, en particulier sur ses yeux, portes ordinaires par lesquelles le péché pénètre dans l'âme.

Aux graves enseignements qu'on vient de lire sur le prix de la chasteté, et les précautions indispensables à sa conservation, ajoutons le conseil de ne pas s'abandonner à une présomptueuse confiance. Si persévérants qu'aient été les efforts déployés pour l'acquisition de cette vertu, à quelque degré de sainteté que l'on soit parvenu, fût-on même un saint Paul, ravi au troisième ciel, on peut, par la permission de Dieu, être exposé à

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ce que IWpôtre appelle le « soufflet de Satan ». La vigilance est donc toujours nécessaire.

Prêtons de nouveau l'oreille à la voix de l'antiquité.

« Bien que le docteur Thomas eût, dans sa prison, remporté surl'ennemi de son âme un triomphe dû à sa prière, cet esprit audacieux, une première fois vaincu parl'adolescent, eut l'impudence de se mesurer plus tard avec le maître.

« Jean de Biaise, jeune homme dévoué aux Frères, et tout spécialement à Frère Thomas, vit un jour, à Naples, le démon sous la forme d'un Ethiopien très noir, entrer dans la chambre du saint docteur et s'approcher de lui. Aussitôt Frère Thomas lui opposa le signe de la croix, et courant sur lui le poing levé : « Comment peux- tu « venir encore me tenter ? » s'écria-t-il. A l'instant même, le démon disparut. »

Comment peux-tu venir encore?... «C'est qu'en effet, poursuit l'historien, le saint docteur, devenu invincible par la vertu divine, était fort éloigné des trois voies qui donnent accès à l'ennemi pour combattre le genre humain : la concupiscence de la chair, anéantie en lui par la chaste étreinte du cordon angélique ; la concupiscence des yeux, qu'avait étouffée l'attrait des divines contemplations, et V orgueil de la vie, auquel le rendait insensible une profonde humilité. »

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