SAINTES AFFECTIONS DE LA FAMILLE — PORTRAIT ET CARACTÈRE DU SAINT
In dilectione sua redemit eos.
Is.. LXIII, 9.
Dans sa constante affection il délivra les siens.
Est-il vrai, comme on l'entend dire dans le monde, que la vie religieuse soit le sépulcre des affections de la famille, et que, renfermé dans sa clôture, le religieux oublie à tout jamais les personnes aimées avec lesquelles il a passé les jours bénis de son enfance et de sa jeunesse?... Contre pareille accusation calomnieuse, protestent des milliers d'exemples, empruntés à la vie des saints.
Loin d'étouffer les sentiments affectueux d'un noble cœur, la profession religieuse les épure, les élève, leur communique quelque chose de divin. L'âme qui a choisi Jésus-Christ pour Epoux, craint
sans doute de partager avec la créature l'amour parfait qu'elle doit à son Dieu. Elle cesse d'aimer d'un amour intéressé, égoïste ou simplement naturel ; mais, en conservant à des proches, à des amis, l'affection dont elle les entourait autrefois, elle les aime désormais en Dieu, elle les aime pour leurs intérêts spirituels ; et cette affection devenue plus puissante se traduit par de ferventes prières, par de secrètes immolations, quelquefois aussi par de judicieux conseils, puisés auprès du Tabernacle, enfin presque toujours par une influence latente, mais réelle, qui émane de la pratique cachée de sublimes vertus.
Ce n'est pas dire assez. Que de fois l'héroïsme d'une affection toute surnaturelle pour un être ardemment chéri, fut le motif déterminant d'une vocation religieuse !
Le siècle de Voltaire vit une fille de France quitter les splendeurs de Versailles pour l'obscurité d'un Carrael. En posant le pied sur le seuil du monastère, Tauguste princesse brisa-t-elle dans son âme les fibres de la piété filiale et des légitimes affections de famille ? Assurément non. Victime volontaire pour les péchés de la cour et du royaume, offrant jour et nuit ses oraisons et ses larmes, elle arrêtait le bras delà divine justice; même, par intei^valles, à travers les grilles de sa sombre retraite, elle versait dans le cœur de son royal père les seules gouttes de consolation, vraiment capables de lui procurer quelque joie.