‹ Saint Thomas d'Aquin, patron des écoles catholiquesChapitre 82 sur 85 · POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE · texte numérisé non relu

POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE

C'est un usage fondé sur la nature et approuvé par l'Eglise catholique, de rechercher le patronage des hommes éminents en sainteté, et l'imitation de ceux qui ont excellé ou atteint la perfection en quelque genre. C'est pourquoi, depuis déjà longtemps, un grand nombre d'ordres religieux, des collèges, des sociétés littéraires, avaient choisi, avec l'approbation du Siège apostolique, pour maître et pour patron, saint Thomas d'Aquin, qui toujours a brillé comme un soleil par la doctrine et par la vertu.

Or, de notre temps, l'étude de sa doctrine ayant pris un accroissement considérable, de nom-

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breust'S demandes s'étaient produites pour qu'il fût assigné commepatron, par l'autorité du Saint-Siège, à tous les collèges, académies et écoles du monde catholique. Un certain nombre d'évêques avaient fait connaître que tel était leur vœu, et avaient envoyé, à cet effet, des lettres particulières ou collectives; beaucoup d'académies et de sociétés savantes avaient adressé dans le même but d'humbles et instantes suppliques.

On avait cru devoir différer de donner satisfaction à ces ardentes prières, afin d'en laisser le nombre s'accroître, lorsque surgit un événement favorable à la cause : nous voulons parler de la publication, faite l'année dernière, à pareil jour, de Notre Lettre encyclique sur la Restauration dans les écoles catholiques de la philosophie chrétienne^ selon V esprit du Docteur aiigéliquc, saint Thomas d'Aquin. En effet, les évêques, les académies, les doyens, les collèges et les savants de tous les pays déclarèrent, d'un seul cœur et comme d'une seule voix, qu'ils étaient et qu'ils seraient dociles à Nos ordres ; qu'ils voulaient même, dans l'enseignement de la philosophie et de la théologie, s'attacher entièrement aux pas de saint Thomas ; affirmant qu'ils ont comme Nous la conviction que la doctrine thomiste possède une éminente supériorité, en même temps qu'une force et une vertu singulières pour guérir les maux dont souffre notre époque.

Nous donc, qui avons longtemps et vivement

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désiré voir toutes les écoles fleurir sous la garde et le patronage d'un maître si excellent, après l'attestation si formelle et si éclatante du désir universel, Nous jugeons le moment venu d'ajouter ce nouvel éclat à la gloire immortelle de Thomas d'Aquin.

Le premier et principalmotif qui nous détermine, c'est que saint Thomas est le plus parfait modèle que, dans la culture de la science, les catholiques puissent se proposer. En lui brillent, en effet, toutes les qualités du cœur et de l'esprit qui imposent, à bon droit, l'imitation : une doctrine très riche, parfaitement pure, bien ordonnée ; le respect de la foi et un admirable accord avec les vérités divinement révélées ; l'intégrité de la vie, relevée par l'éclat des plus hautes vertus.

Sa doctrine est si vaste qu'elle contient, comme une mer, toute la sagesse de l'antiquité. Toutes les vérités émises, toutes les questions sagement traitées par les philosophes païens, par les Pères et les Docteurs de l'Eglise, par les hommes supérieurs qui florissaient avant lui, non seulement il les a pleinement connues, mais il les a accrues, complétées, résolues avec une intelligence si supérieure, avec une telle perfection de méthode et une telle propriété de termes, qu'il semble avoirlaissé à ceux qui le suivraient la faculté de l'imiter, mais leur avoir ôté la possibilité de l'égaler.

Sa doctrine possède encore ce grand avantage que, munie de principes d'une grande largeur d'ap-

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plication, elle répond aux nécessités, non pas d'une époque, mais de tous les temps, et qu'elle est très propre à vaincre les erreurs sans cesse renaissantes. Se soutenant par sa propre force et sa propre valeur, elle reste invincible et cause aux adversaires un effroi profond.

Le parfait accord de la raison et de la foi n'est pas de moindre importance, surtout au jugement des chrétiens. Le saint docteur démontre avec évidence que les vérités de l'ordre naturel ne peuvent pas être en désaccord avec les vérités que l'on croit sur la parole de Dieu; que, par conséquent, suivre et pratiquer la loi chrétienne, ce n'est pas un asservissement bas et humiliant de la raison, mais une noble obéissance qui soutient et élève l'esprit ; enfin, que la raison et la foi viennent l'une et l'autre de Dieu, non pas pour qu'elles soient en dissension, mais pour que, vivant en amies, elles se rendent de mutuels services.

Tous les écrits du bienheureux Thomas offrent le modèle de cette union et de cet admirable accord. Car on y voit dominer et briller, tantôt la raison qui, précédée par la foi, atteint l'objet de ses recherches dans l'investigation de la nature, tantôt la foi qui est expliquée et défendue à l'aide de la raison, de telle sorte néanmoins, que chacune d'elles conserve intactes sa force et sa dignité ; enfin, quand le sujet le demande, toutes deux marchent ensemble, comme des alliées, contre les ennemis de l'une ou de l'autre.

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