CHAPITRE I
intéressés. Une copie en fut adressée aux deux évêques de Worcester et de Hereford, qui étaient fils spirituels de Thomas par la consécration épiscopale, et dont il espérait à ce titre un dévouement plus entier que de tout autre prélat. Leurs diocèses étant voisins Tun de l'autre, un seul exemplaire suffisait pour les deux, et dès lors il n'y aurait plus à craindre que l'acte pontifical fût intercepté grâce au mauvais vouloir de certains évêques.
Une seconde copie fut ensuite expédiée, avec une lettre de l'Archevêque, à Gilbert Foliot lui-même. Un messager dévoué accepta la mission de la remettre en mains propres ; et le 30 juin, fête patronale de la cathédrale de Saint-Paul, l'évêque de Londres officiait pontificalement, lorsqu'un inconnu monta les degrés de l'autel, remit deux missives cachetées au prélat, et disparut pendant que Gilbert se hâtait de prendre connaissance d'un message aussi urgent : mais on vit bientôt le malheureux pontife pâlir en lisant les lettres signées du Pape et du métropolitain, désormais légat du Saint-Siège. L'Archevêque enjoignait à l'évêque de Londres, sous péril de son ordre, de donner connaissance des Lettres apostoliques à tous les suffragants de Cantorbéry ainsi qu'à l'évêque de Durham (i).
Sur Gilbert Foliot, qui s'arrogeait de plus en plus les droits de la primatie, sur les autres prélats engagés dans une lutte où ils ne savaient ni combattre ni résister, l'acte pontifical produisit l'effet d'un coup de foudre, et dans leurs rangs le désarroi fut aussitôt complet. Ils attendaient bien des légats, mais non pas celui que leur annonçait ainsi le Souverain Pontife. Et puis l'Archevêque ne paraissait pas disposé à se
I. Ce dernier, quoique suffragant d'York, n'était pas soustrait comme son métropolitain à la juridiction du nouveau légat.
contenter d'un vain titre ; comme première preuve d'obéissance, il réclamait dans sa lettre aux évêques la restitution de tous les bénéfices enlevés par le Roi aux clercs de la cour primatiale, exilés avec leur maître (i) ; et cela, dans le délai de deux mois, sous peine d'anathème, et sans appel. Enfin il prescrivait la remise à des envoyés spéciaux des fonds recueillis pour le Denier de Saint-Pierre. Outre que ces restitutions étaient commandées par la justice, en les imposant tout d'abord le légat faisait acte de prudence ; il attaquait à la racine les coutumes de Clarendon, et allait ainsi juger si les évêques étaient de bonne foi décidés à rompre avec elles. Leur conduite, hélas, ne put que l'attrister, car dans leur détresse ils ne trouvèrent d'autre parti à prendre que de se jeter aux pieds du Roi. Henri séjournait dans ses états du continent et tenait sa cour à Chinon ; Gilbert lui écrivit en ces termes désolés :
« Devant l'autorité si haute qui se dresse pour nous « accabler, il ne nous reste qu'à chercher auprès de « vous, Sire, conseil et appui dans l'extrême nécessité « à laquelle nous sommes réduits. Contre un mandat « apostolique il n'y a point d'appel suspensif ni aucun « recours valable : il faut obéir ou pécher gravement... « Nous tombons aux genoux de Votre Majesté ; que « les soucis de son gouvernement royal ne lui fassent « pas oublier que nous sommes menacés de la dernière « honte et d'un écrasement total, et que sa bonté « royale daigne aviser. Le meilleur moyen serait de « nous permettre d'obéir aux ordres apostoliques, de « payer le Denier de Saint-Pierre, et quant aux béné- « fices, de les faire restituer par un mouvement de
I. Materials, t. v, page 417. Gilb. Fol. ad Henricum Reg. ep: « Tanta nos, domine ».