CHAPITRE I I I
tout échouait contre l'obstination avec laquelle Henri Plantagenet poursuivait son plan.
On était arrivé à l'année 1166, sans avoir rien gagné durant les quinze à dix-huit mois écoulés depuis les scènes orageuses de Northampton. L'exilé jeûnait, priait, pleurait au pied des autels, demandant au Seigneur l'âme de son Roi (i). Enfin, après une longue et vaine attente, il écrivit à Henri une troisième lettre, et la confia au dévouement de certain religieux connu sous le nom de Girard le Déchaux, que sa vie austère rendait l'objet du respect universel et qui avait un don pour aplanir les différends. L'Archevêque lui adjoignit un autre moine, et tous deux portèrent au Roi le nouveau message du primat d'Angleterre. Thomas dénonçait nettement, et à plusieurs reprises, les mauvais conseillers du prince ; à Henri lui-même il rappelait longuement tous ses torts, en un langage empreint d'une affection profonde et d'une énergie vraiment épiscopale, cherchant à l'amener enfin à repentance. « Mais, ajoutait-il, si « vous refusez de nous écouter, alors je crierai vers « le Seigneur contre vous; je dirai: Levez-vous, ô « Dieu, et jugez votre cause ; qu'il vous souvienne « maintenant des insultes que vous jettent chaque « jour à la face le Roi et les siens. Qu'il vous sou- « vienne des ignominies dont ils abreuvent cette « Église que vous avez fondée au prix de tout votre « sang. Ils vous haïssent et persécutent avec vous « les champions de votre cause ; leur orgueil est « monté si haut que désormais nous ne pouvons « plus le souffrir ! >/
Henri II comprit-il ce que présageaient les paroles
I. Herb., page 386. — Cfr. Materials, t. v, page 276, lettre de saint Thomas au Roi « Expectans expectavi ».
du primat, semblables au grondement lointain du tonnerre ? Du moins ne voulut-il pas le donner à croire, car il chassa de sa présence Girard le Déchaux et son compagnon, comme naguère l'abbé de Cercamp. L'exilé vit ainsi s'évanouir tout espoir, s'il en avait conservé quelqu'un ; et tandis qu'il s'occupait à rétablir la paix entre le comte de Nevers et l'abbé de Vézelay, Guillaume de Merlot (i), il songeait dans l'amertume de son cœur aux mesures qu'il devrait prochainement adopter. Ne voulant pas d'ailleurs précipiter les choses, il attendait toujours ; car il savait que le Pape faisait parvenir au Roi, du moins à ses conseillers, des remontrances et des avis paternels. Mais la situation sans issue que créait l'obstination du prince ne pouvait se prolonger indéfiniment, et le Pontife romain prononça la parole qui devait amener le dénouement. Des Lettres apostoliques, expédiées du Latran le jour de Pâques, 24 avril 11 65, investirent l'Archevêque de Cantorbéry des pouvoirs de légat pour toute la Grande- Bretagne, à l'exception du seul diocèse d'York. Le Souverain Pontife remettait au primat les facultés les plus larges, « pour édifier et planter, extirper les vices « et faire fleurir les vertus dans la Vigne du Seigneur, » au nom du Vicaire de Jésus-Christ. D'autres lettres adressées le même jour à tous les prélats et membres du clergé inférieur en Angleterre précisaient encore davantage les pouvoirs du nouveau légat, aux citations duquel tous devaient se rendre, et dont les décisions devaient faire loi dans l'île entière, à la réserve du diocèse d'York.
L'Archevêque, une fois nanti des Lettres apostoliques, se mit en devoir de les faire connaître aux