EXCOMMUNICATIONS
Le 13 avril 11 ôg, dimanche des Rameaux, l'Archevêque de Cantorbéry était ci l'abbaye de Clairvaux. Il n'avait plus à craindre de compromettre Tordre cistercien, que Henri ne pouvait molester désormais comme il avait menacé de le faire trois ans auparavant; la situation politique et religieuse de l'occident était trop profondément modifiée pour que la confiscation des biens de Tordre en Angleterre fût désormais possible. Le primat venait donc à l'abbaye pour y accomplir un grand acte de justice, qui serait d'autasnt plus vite connu au-delà du détroit que les Cisterciens y étaient plus puissants et plus répandus.
Selon l'usage liturgique du xii" siècle, la procession des Rameaux devait faire station dans quelque église où un sermon était prononcé; ce fut l'Archevêque légat qui se chargea de remplir cette fonction. Au milieu des chants de THosanna triomphal au Christ- Roi, la foudre éclata sur ceux qui méprisaient son règne Les évêques de Londres et de Salisbury furent frappés d'excommunication majeure; avec eux Randolf de Broc, le bourreau de l'Église primatiale, et Robert son frère, Thomas Fitzbernard, Letard de Northfleet, Richard de Hastings, et Hugues de Saint-Clair: la terrible sentence avait été déjà portée par le Pape lui-
même contre le comte de Norfolk coupable d'avoir usurpé par fraude et par violence les biens des chanoines réguliers de Pentney; il y avait eu là une procédure dérisoire, basée sur les articles de Clarendon, et l'Archevêque notifia de nouveau l'excommunication fulminée contre le puissant baron. Enfin il lança un monitoire contre d'autres usurpateurs des biens ecclésiastiques, perturbateurs de la paix de l'Église, et conseillers du Roi d'Angleterre dans la triste guerre qu'il menait contre le primat : on distinguait parmi ces personnages l'archidiacre de Cantorbéry, Geoffroy Ridel, dont nous connaissons les manœuvres, et Robert son vicaire ; celui-ci allait par le diocèse, intronisant dans les divers bénéfices de nouveaux titulaires, tout ainsi qu'aurait pu faire un évêque. Puis Richard d'ilchester, Richard de Luci, noms bien connus, et d'autres moins importants. Si ces divers personnages ne donnaient pas satisfaction à l'Église avant la fête de l'Ascension, l'excommunication devait être fulminée contre eux le jour même de cette fête.
Thomas ne tarda pas à expédier des lettres portant notification des censures prononcées à Clairvaux ; celle qui fut adressée à Gilbert Foliot était la plus sévère (i). Au clergé du diocèse de Londres l'Archevêque en écrivit une autre dont voici le texte (2) :
« Votre prudence n'ignore pas sans doute ce qui « est connu du monde latin à peu près entier, à « savoir l'odieuse manière en laquelle, à la faveur « d'un grand schisme, Gilbert, évêque de Londres et
1. Dans le t. vi des Materials nous en trouvons deux sur le même sujet (« l'ixcessus vestros », — « Vestra debuerat meminisse ») ; toutes deux se terminent par une notification de la sentence en termes identiques. Il nous paraît probable que Tune des deux ne fut pas envoyée, et que c'était là seulement un projet de lettre.