CHAPITRE IX ï6<y
« notre frère (que ne l'est-il plus vraiment!) s"est mêlé « aux affaires de l'Église et a pris à tâche d'en trou- « bler la paix. Jusqu'à ce jour nous avons supporté « ses écarts ; et il nous a fallu pour cela une patience « dont il a abusé, ajoutant à tous ses autres excès « le crime d'une désobéissance opiniâtre. Mais il nous « est devenu impossible de fermer plus longtemps les « yeux; le devoir de notre charge, les exigences du « droit, nous ont obligé à parler, et nous avons ex- « communié publiquement l'évêque de Londres. En « vertu de l'obéissance, sous péril de votre ordre et de « votre salut, nous vous ordonnons de vous séparer « de sa communion, comme il convient à des fidèles « du Christ. Sous les mêmes peines nous ordonnons « de fuir les personnages dont les noms sont indi-
« qués ci-dessous
« Que votre cœur ne se trouble pas et ne conçoive « aucune crainte; car, grâce à Dieu, la protection « apostolique nous défend contre les manœuvres des « pervers et les appels frauduleux. »
Aux évêques de Norwich et d'Ely, le primat écrivit dans le même sens, leur enjoignant en outre de publier dans leurs diocèses la sentence d'excommunication. Il prit soin surtout d'informer le Pape et ceux des cardinaux qu'il comptait parmi ses meilleurs alliés. Enfin il n'oublia pas l'archevêque de Rouen ni les évêques de Normandie, auxquels il fit tenir la notification authentique des sentences fulminées k Clairvaux.
A peine est-il besoin de dire qu'au jour de l'Ascension, Thomas Becket n'avait encore reçu aucune lettre, aucun avis, qui lui montrât une disposition à repentance chez les hommes qu'il avait menacés de
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Tanathème. Fidèle à sa parole, il poursuivit avec une rigueur impitoyable, mais salutaire, l'accomplissement de son devoir, en fulminant une seconde fois pour atteindre ceux qu'un monitoire n'avait pu ébranler.
Mais le plus difficile était de faire parvenir à Gilbert Foliot et aux divers intéressés les lettres que l'Archevêque légat venait d'écrire à leur adresse. L'Angleterre était fermée, répétons-le ; une surveillance étroite et soupçonneuse s'exerçait dans les ports pour arrêter tout envoyé du Pape ou du primat (i). On savait quels traitements cruels avaient été infligés, trois années auparavant, aux clercs qui s'étaient courageusement chargés de faire arriver jusqu'au Roi des lettres de l'Archevêque (2). Un jeune homme sans instruction, mais dévoué à la sainte cause, vint s'offrir à passer en Angleterre et à porter les missives du primat. Ce généreux messager, qui se dévouait peut-être au martyre, se nommait Bérenger; il réussit à traverser la mer et à débarquer sans encombre ; mais ce n'était pas là encore la partie la plus ardue de sa tâche. De concert avec un ami, Guillaume, fils de Richard Bonhart, il résolut de tenter un coup d'audace (3).
On était au jour de l'Ascension, 29 mai 1169. A l'heure même où les foudres apostoliques tonnaient pour la deuxième fois de l'autre côté du détroit, Guillaume et Bérenger se rendirent à la cathédrale de Saint-Paul. Un prêtre nommé Vital chantait la messe solennelle à l'autel majeur, et l'église était