CHAPITRE IX
pleine de monde. Au moment de l'offertoire, la coutume voulait encore que les fidèles vinssent en plus ou moins grand nombre à l'entrée du sanctuaire, et remissent entre les mains du prêtre de l'argent ou toute autre offrande utile au service de l'Église (i); Bérenger se mêle à ceux qui se dirigent vers le chœur ; quand son tour est venu, il s'agenouille, saisit vigoureusement les mains de l'officiant, y dépose les deux plis envoyés par le primat, et oblige Vital à entendre sommation, au nom du Pape et de r Archevêque, d'avoir à remettre un exemplaire de ces lettres à l'évêque de Londres et l'autre au doyen de Saint-Paul. Il lui défend de continuer la messe, comme au diacre et au sous-diacre de le servir, avant que le document ait été lu à haute voix. Puis le hardi courrier se relève, et crie de manière à être entendu dans toute l'église : -'< Sachez tous que « Gilbert, évêque de Londres, a été excommunié « par Thomas, Archevêque de Cantorbéry et légat « du Siège apostolique. ;> A ces mots la confusion se met parmi les fidèles ; les uns répondent par des insultes à la proclamation de l'inconnu; d'autres veulent porter la main sur lui ; mais Bérenger ne les attend pas: Guillaume lui jette son manteau sur les épaules, et tous deux se perdent dans la foule qui en ce moment se presse vers les portes de l'église après avoir entendu le sermon, car beaucoup avaient assisté à la messe le matin dans leurs paroisses respectives ; c'était là-dessus que les deux jeunes gens avaient compté. Ils purent en effet quitter la cathédrale sans être remarqués, et se hâtèrent de sortir de Londres. Les agents du Roi se mirent promp-
1. Cfr. Sicard. Cremon., Mitmir, lib. III, cap. v (sœc. xii sub fin.) apud Miene.
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tement à leur recherche, fouillèrent la ville et la banlieue ; mais Guillaume et Bérenger étaient déjà loin; ils se dirigeaient rapidement vers York, où ils allaient remplir une mission du même genre. Us s'en acquittèrent avec un égal bonheur, et eux-mêmes avaient peine à croire à leur succès, tant il leur avait fallu braver de périls.
Gilbert Foliot était à son manoir de Stepney lorsque se passait dans l'église cathédrale la scène que nous venons de retracer. Il convoqua aussitôt le chapitre pour le surlendemain, et se rendit lui-même à Saint-Paul. La séance capitulaire s'ouvrit au milieu du trouble et on parla beaucoup avant d'aborder la discussion du sujet principal. Enfin le prêtre Vital fut requis de produire les deux lettres que lui avait remises le jeune inconnu. L'évêque et le doyen reçurent chacun celle qui lui était adressée ; Gilbert en donna lecture à haute voix, fronçant le sourcil, la voix étranglée par la colère, et eut peine à arriver jusqu'au bout. Néanmoins il se sentit la force d'essayer sur l'heure une réfutation, et malgré l'étrangeté de ce plaidoyer, il est utile de le connaître. Pour plus de clarté les arguments furent classés sous plusieurs chefs ainsi qu'il suit :
<(. Le premier chef, dit Gilbert, est un exemple tiré de l'Ancien Testament. Adam pécha dans le Paradis. Cependant Dieu ne prononça pas tout d'abord son jugement; il le laissa s'éloigner, puis le cita en disant ; Adam ? Puis en second lieu le réprimanda en disant : Où es-tu ?
« Le second chef m'est fourni par le Nouveau Testament. Il est dit à Pierre dans l'Évangile: Si ton frère pèche contre toi, reprends-le en secret, puis devant deux ou trois témoins ; en troisième lieu : Dis-le à