‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 106 sur 372 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'Église ; cnfm : Si tu le trouves incorrigible, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain.

«; Il ne servirait de rien à l'Archevêque de dire : Il m'était impossible de citer l'évêque de Londres; il paraît bien que ce n'est pas la vérité. En effet, qui peut plus peut moins; il pouvait excommunier: il pouvait donc citer, ce qui est moins.

« Les sentences non susceptibles d'appel sont le privilège exclusif du Pape. Mon appel au Saint-Siège me couvre donc ; et au nom sacré de la Très-Sainte Trinité, je pulvérise ce document venu de l'Archevêque contre le roc sur lequel est fondée l'Église.

« Dans toute affaire criminelle, il faut nécessairement quatre personnes, l'accusateur, l'accusé, le témoin et le juge. L'Archevêque, dans son ardeur à me poursuivre, confond tous ces principes; il se fait lui-même à la fois accusateur, témoin et juge. Manifestement, s'il le pouvait, il voudrait être aussi l'exécuteur.

''< 11 met sa faulx dans la moisson d'autrui, n'ayant aucun pouvoir sur moi ni sur mon Église. Il n'en a pas sur moi, parce que je n'ai jamais fait entre ses mains profession d'obéissance, que je ne lui ai jamais obéi, et que je n'ai pas juré davantage obéissance à l'Église de Cantorbéry au nom de celle de Londres. II n'a pas de pouvoirs sur mon Église parce qu'elle affirme à nouveau par ma voix le droit dont elle n'a été dépouillée que par une invasion de païens, celui de posséder le siège archiépiscopal. Je suis prêt à le prouver, et sur ce terrain je renouvelle mon appel.

« S'il est vrai, comme le dit l'Archevêque, qu'il tient ses pouvoirs du Pape en qualité de légat, cela même ne peut lui servir de rien, attendu qu'il n'est pas encore rentré dans les limites du territoire que vise sa commission. »

170 SAIXT THOMAS DE CAXTORBÉRY

Tel était ce plaidoyer. Laissons de côté les procédures canoniques usitées, parait-il, au Paradis terrestre ; ne discutons pas le grossier sophisme qui compose le troisième argument de l'évêque. Il importe beaucoup plus de noter la mauvaise foi de Gilbert, car nous le surprenons ici en flagrant délit de duplicité. Ainsi, à ses yeux, la sentence du primat est nulle faute de citations préalables : mais ne vient-il pas d'écrire lui-même à son complice de Salisbury qu'il a entendu parler de citations à lui adressées de Sens par l'Archevêque légat? Oui, il l'a écrit; sa lettre est entre nos mains. Comment donc ose-t-il affirmer devant le chapitre de Londres que Thomas Becket a violé sur ce point les règles canoniques?

D'ailleurs ses écarts sont de notoriété publique, et il n'est pas besoin de procès ni d'enquête pour les prouver : hahemus confttentem reuiu. L'Archevêque a écrit au clergé de Londres, et dans sa lettre il a dénoncé « la désobéissance opiniâtre » de son suffragant. Or Gilbert vient de le dire lui-même : après avoir lu cette lettre du primat, et devant le chapitre cathédral, il s'est écrié : « Je n'ai jamais fait à l'Ar- « chevêque profession d'obéissance, je ne lui ai « jamais obéi; je n'ai pas juré davantage obéissance « à l'Église de Cantorbéry au nom de celle de Lon- « dres. » Non, il n'a pas formulé ces engagements, parce que le Saint-Siège a jugé que la profession d'obédience émise entre les mains de l'Archevêque Thibaut par l'évêque de Hereford continuait de lier envers le nouvel Archevêque le prélat transféré à Londres (i). C'était l'argument même de Gilbert h. cette époque ; mais en le faisant valoir, il était de

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