CHAPITRE IX
mauvaise foi, nous le voyons, et il se réservait d'exploiter au profit de sa révolte la décision à laquelle le Pontife romain donnait un sens tout opposé. Voilà l'homme, dénoncé par ses œuvres et ses propres paroles : que nous importeront ensuite les apologies que tenteront des amis intéressés ou intimidés ? Son ambition et sa duplicité se montrent au grand jour; cette primatie qui lui a échappé sept ans auparavant, voici qu'il la revendique hautement, sans souci du caractère schismatique de sa prétention, puisque c'est le Saint-Siège qui a, dès les jours de saint Grégoire, transféré le siège primatial de Londres à Cantorhéry.
Tel est pourtant l'homme dont nous voyons se porter garants une quantité de personnages considérables ; et nous avons le regret de compter parmi eux les chefs de monastères illustres qui eussent dû soutenir la cause de l'Église ; ainsi les abbés de Westminster, de Reading, de Ramsey, ceux des Chanoines réguliers de Stratford et de Sainte-Osyth ; nous avons leurs lettres adressées au Souverain Pontife pour protester contre l'acte du primat, de concert avec le chapitre de Londres et d'autres personnages moins importants. C'était une véritable levée de boucliers ; il est à remarquer cependant que pas un évêque d'Angleterre ne voulut mêler son nom à une aussi triste campagne; par contre nous voyons Arnulf de Lisieux chercher à sortir de l'oubli où il était quelque peu relégué, en éciivant au Pape en faveur de Gilbert Foliot, ^< ce saint homme ;/, oset-il dire u), « depuis si longtemps calomnié, persé-
I. « Tractus est jam diu homo sanctus in causam »; ep. « Personam domini Lundoniensis >> ; lettre qui n'est qu'un tissu de contre-vérités. Au dire d'Arnulf. Ciilbert aurait voulu de tout son cœur aller trou\er le
« cuté, malgré ses vertus, sa science et sa parfaite « innocence. » De son côté le bon Rotrou de Rouen écrit au Saint-Père, en faveur de « son cher et véné- <^ rable frère, dont la vie, la science, la douceur, « répandent en tous lieux un suave parfum (i); » l'excellent prélat était complètement dupé. Mais Gilbert cherchait bien d'autres appuis ; après celui du trop fameux cardinal Jean de Naples, il comptait sur celui du Roi, son seigneur et maître.
Henri étant alors en Gascogne, l'évêque de Londres lui adressa successivement deux lettres; tout en accumulant des textes empruntés au Décret de Gratien (2),
Pape ; il l'aurait essayé deux fois ; mais « son âge avancé, les difficultés « du voyage, et la faiblesse dont les ans sont toujours la cause » ont retenu le pieux évèque. Tout cela ne Tempêchera pourtant pas de faire, et très rapidement, le voyage d'Italie quelques mois plus tard.