CHAPITRE IX
il avait l'habileté de rappeler au Roi que tous deux étaient solidaires dans la circonstance ; et rien n'était plus vrai ; car en définitive, si l'ambition était la cause principale des erreurs de Gilbert, il s'était emparé pour la satisfaire de la législation de Clarendon ; et d'autre part c'était bien pour en faire son coopérateur que le Roi avait voulu le voir porter au siège épiscopal de Londres. Henri ne pouvait donc manquer de prendre fait et cause pour son serviteur; de Saint-Macaire-sur-Garonne il lui écrivit :
« J'ai appris le traitement que vous a infligé, à vous « et à d'autres personnages de mon royaume, ce « Thomas, félon envers moi, ennemi de ma personne; « je n'en ressens pas moins d'indignation que s'il eût «; vomi son venin contre moi-même. Tenez donc '••', pour certain que j'emploierai tout mon crédit auprès < du Seigneur Pape et du Roi de France pour obtenir ■r que cet homme ne puisse plus désormais nuire ni ^(. à vous ni k ma couronne. Ne vous troublez en « aucune façon, mais prenez virilement vos mesures, 'r soit que vous jugiez expédient dans notre intérêt «; commun de me venir trouver bientôt en Normandie, ^< soit que vous jugiez devoir demeurer en Angle- « terre; j'abandonne ce point à votre appréciation, « Sachez seulement que si vous venez me trouver, « et si vous voulez aller à Rome, je pourvoierai
devenue simplement risible quelques jours plus tard. — Notons enfin comme dernière preuve de la mauvaise foi de Gilbert l'emploi qu'il fait de la décrétale sus-mentionnée. Pouvait-elle s'appliquer au cas où le Pape même aurait donné à un légat pouvoir de juger sans appel ? Non, évidemment ; or c'était le cas de Thomas Becket ; Gilbert venait de l'apprendre, s'il ne le savait déjà, par la lettre qu'avait adressée le primat au chapitre de Londres. Et c'est après cette lecture qu'il recourt aux arguments que nous venons de discuter une dernière fois !
« largement et honorablement aux frais de votre « voyage (i). »
Sans tarder, Henri écrivit en effet au Souverain Pontife une lettre assez longue, où il ressassait avec la même hypocrisie que de coutume les arguments tant de fois exposés au Saint-Père (2), le dévouement du Roi à sa personne, les preuves de sa bonne volonté, les injures gratuitement infligées à la majesté royale par l'Archevêque de Cantorbéry ; toujours l'ancienne histoire du grand roi d'Assyrie jurant de se défendre contre les peuples qui n'acceptaient pas bénévolement son joug. Remarquons pourtant que depuis cette année 11 69 on retrouve assez souvent dans les lettres ou les discours de Henri Plantagenet des allusions à un amendement possible des statuts de Clarendon. A la vérité il n'avoue nullement ses torts ; ^f. il ne se rappelle même pas en avoir « eu » ; néanmoms il offre de les réparer si l'on en découvre dans un gouvernement aussi droit que le sien. Diplomatie, sans aucun doute, mise en œuvre pour séduire le Souverain Pontife ; cependant n'oublions pas que la situation politique du Roi est devenue difficile ; d'autre part il est trop clairvoyant pour ne pas comprendre que ses évêques se
1. On voit ce qu'il en est des assertions d'Arnulf au sujet du voyage de Gilbert à Rome. L'évêque de Londres venait de demander très humblement au Roi la permission de sortir d'Angleterre, et voilà ce que lui répond Henri II ; dès lors le voyage de Rome est décidé ; il s'effectuera. Ce qui Ta jusqu'alors empêché, ce ne sont ni « làge avancé, ni les diffi- « cultes de la route, ni la faiblesse dont les ans sont toujours la cause ; ^ c'est tout simplement l'article III'-' des statuts de Clarendon. Qu'on nous pardonne ces remarques minutieuses ; il est nécessaire de relever sans pitié les démentis que ces hommes se donnent à eux-mêmes, les preuves qu'ils administrent eux-mêmes de leur duplicité, car ils ont trop longtemps fourni des arguments aux détracteurs intéressés de saint Thomas Becket.