CHAPITRE IX
fatiguent d'une lutte ouverte, et il cherche un biais. Des dispositions de l'épiscopat anglais on eut bientôt des preuves assez concluantes, et ce fut Gilbert luimême qui les fournit. Sans souci de l'excommunication dont il était frappé, l'indigne prélat continuait à vaquer aux fonctions sacrées du ministère épiscopal (I); son exemple était généralement suivi par les hommes qu'avaient jetés hors du sanctuaire les sentences fulminées à Clairvaux ; c'était pour eux une manière d'observer les articles VF et IX" des coutumes de Clarendon. Aussi la lèpre s'étendait-elle de tous côtés, par les communications entretenues avec les contempteurs des censures. Mais Gilbert n'était pas satisfait d'un si beau résultat ; le malheureux, prenant le rôle de Satan, ne pouvait être content que s'il entraînait dans sa ruine le plus grand nombre possible de victimes ; son désir était donc de provoquer tout l'épiscopat anglais à la révolte, en l'obligeant à se porter appelant des condamnations portées. Demeurer avec Jocelin de Salisbury seuls marqués du sceau de la réprobation était trop dur pour Gilbert ; de l'assentiment du Roi. évidemment, un renfort d'officiers royaux passa de Normandie en Angleterre ; et tous les fonctionnaires de la couronne furent lancés contre les évêques suspects de tiédeur à l'égard de Gilbert 12). Comme toujours en pareil cas, on attaqua les prélats isolément pour mieux les circonvenir ; puis on les
1. C'est lui-même qui le dit : <■ Latara vero post appellationem sententiam nuUara reputans, in ordine meo ministrare non destiti » [Materials, t. VI, page 614, ad magist. David ep. <^ Affectum vestrum »). Ce témoignage irrécusable détruit Fassertion de R. de Diceto, qui assure que Gilbert s'abstint d'entrer dans l'églisa après avoir été frappé (R. de Die, t. I, page 354, éd. Stubbs).
2. Materials, t. vu, page 29, Thom. Cant. ad Alex. P. ep. « Sœpe quidem ». Cfr., page 138, Johan. Sarisb. ad Herbertum ep. « Vestra redolet pagina >>. — T. 1, Guliel. Cant., page 56.
réunit sous la présidence du prétendu primat, mais l'échec fut complet. Parmi les évêques, les uns répondirent évasivement, d'autres donnèrent à Gilbert Foliot une leçon bien méritée; mais aucun ne voulut se joindre purement et simplement à lui dans sa révolte. Le vieil évêque Henri de Winchester, retenu par le poids des ans, écrivit ces quelques mots qu'il fit lire à l'assemblée : <f Je m'en vais vers le Pontife suprême ; « à cette heure je ne forme aucun appel, je n'en « veux formuler aucun, » C'en était donc fait, les démarches qui eussent pu mener l'Angleterre au schisme échouaient misérablement.
Il y eut plus encore : les quatre évêques de Norwich, de Winchester, de Lichfield, de Chichester, obéissant aux injonctions de l'Archevêque légat, publièrent dans leurs diocèses les excommunications fulminées à Clairvaux. Le retour de Hilaire de Chichester au devoir était à lui seul une victoire pour la cause du droit; et en somme, en dépit des résistances des hommes obstinément attachés à la fortune du Roi, Thomas Becket pouvait considérer commie heureux le résultat de sa vigoureuse initiative ; Jean de Salisbury pouvait répéter le mot déjà dit par d'autres : c< La paix est à nos portes (i). » Ce qui se passait en deçà du détroit ne pouvait qu'accroître sa confiance.
Henri II s'adressait au Roi de France, comme il l'avait promis à son fidèle Gilbert, afin d'obtenir l'éloignement de Thomas et la cessation des bons offices que Louis VII lui prodiguait ; mais la réponse à de telles ouvertures fut celle qu'avait déjà faite une fois le Roi Louis : « Dites à votre maître que j'ai reçu « de mes prédécesseurs le droit d'accueillir ceux qui