‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 111 sur 372 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« sont exilés pour la justice, et de leur donner toutes « les consolations possibles ; c'est là une coutume du « royaume de France, elle est trop belle pour que « je l'abandonne jamais. Au surplus j'ai reçu l'Ar- « chevêque des mains du seigneur Pape, mon seul « maître en ce monde ; ni pour roi ni pour empereur « je ne le congédierai, w

D'autre part, dans l'épiscopat français, les condamnations vengeresses prononcées enfin par l'Archevêque de Cantorbéry rencontraient la plus chaude approbation, tandis que les menées de Gilbert Foliot excitaient les protestations les plus vives. Au moment même où Alexandre III recevait les lettres du Roi Henri, de l'évêque de Londres, d'Arnulf de Lisieux, des abbés anglais, en faveur des prélats excommuniés, il recevait aussi celles que les évêques de France lui adressaient pour soutenir le primat dans la lutte qu'il avait engagée. Avec l'archevêque de Sens, Guillaume de Champagne, dont la situation et l'intluence devenaient prépondérantes dans le royaume, nous distinguons parmi les partisans de Thomas Becket plusieurs prélats, Maurice de Sully, évêque de Paris, les évêques de Noyon, d'Auxerre, de Troyes, auxquels se joignait Milon de Térouanne. A la cour même d'Angleterre retentissait une noble protestation, celle de Roger évêque de Worcester et cousin du Roi, qui ne craignait pas de donner une leçon aux contempteurs des censures, en refusant publiquement de communiquer avec Geoffroy Ridel, archidiacre de Cantorbéry, un des plus audacieux ennemis de son Archevêque. Dans un moment de colère, Henri ordonna au courageux prélat de sortir de ses états; Roger obéit, et partit ostensiblement avec tous ses équipages. Pendant ce temps, le Roi réfléchissait, et T. II. 12

s'apercevant qu'il donnait là un démenti éclatant aux lettres caressantes adressées par lui au Pape, il fit rappeler son cousin ; mais par deux fois Roger refusa de revenir. Il fallut envoyer à sa poursuite un peloton de cavalerie légère sous les ordres d'un baron pour obliger le prélat à s'arrêter. Il retourna en effet sur ses pas, mais pour rentrer en grand seigneur à la cour, où depuis lors il se reconnut le droit de parler haut et de faire entendre la vérité à son royal cousin.

De toutes parts on pouvait donc relever les indices avant-coureurs d'une victoire et d'une paix prochaines. A ce moment arrivèrent des Lettres apostoliques expédiées de Bénévent le 10 mai (i), et qui s'étaient croisées en route avec les lettres du primat et des évêques français. Simultanément le Pape s'adressait au Roi d'Angleterre et à l'Archevêque de Cantorbéry ; à ce dernier il écrivait en ces termes :

«; Nous avons reçu les députés et les lettres que nous envoyait l'illustre Roi d'Angleterre. Ces agents ont formulé auprès de Nous des requêtes fort graves et auxquelles il était difficile d'accéder; les instances les plus vives et les plus pressantes de leur part n'ont

I. Selon la remarque de l'éditeur des Materials (t. vi, page 563, note ^7),. nous regardons comme certaine la date du 10 mai pour l'expédition de la lettre à l'Archevêque, bien que Jaffé la place au mois de mars ; le docum-ent n'est pas daté ; mais le 10 mai le Pape adressait, sur le même sujet, au Roi d'Angleterre une lettre identique en beaucoup de points à celle que reçut Thomas Becket ; il est assez clair que la chancellerie romaine a expédié simultanément les deux pièces. Ajoutons que nous ne pouvons tenir compte de la lettre « Magnificentiœ tuœ litteras » donnée à la page 537 des Materials. Adressée au Roi d'Angleterre par le Pape, elle fait double emploi avec la lettre « YA naturali ratione » (page 565) ; puis la date en est trop singulière pour n'éveiller pas les soupçons : «. secundo kalendas Martii » (?) en toutes lettres. En supposant même une erreur de copiste sur ce point, le document en question, expédié à la fin de février, serait arrivé en France avant le 13 avril ; il aurait rendu impossibles les mesures que Thomas Becket adopta pourtant à cette date. Nous croyons donc devoir négliger cette pièce.

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pu nous y amener. Mais pour enlever au Roi tout prétexte de réclamer contre notre sévérité, de nous accuser de parti-pris à son égard, Nous avons suivi les exemples de nos prédécesseurs dont la sainteté est si bien établie à nos yeux ; c'est dire que nous avons cherché le moyen de rappeler avec douceur et bonté le Roi à de meilleurs desseins et à des pensées plus clémentes. D'après le conseil de nos Frères, avec qui nous en avons délibéré, Nous avons résolu d'envoyer vers le prince notre cher fils Gratien, sous-diacre et notaire de notre Église, homme instruit et distingué que Nous tenons en grande faveur et affection, à raison des souvenirs de notre père et prédécesseur Eugène III (i), comme aussi de la foi trèspure et du zèle que nous reconnaissons en Gratien. Nous lui adjoignons maître Vivien, que Nous aimons sincèrement et de tout cœur, le connaissant intimement depuis longues années et le tenant pour un homme savant et sage. Par la bouche de ces députés et par nos propres lettres, nous faisons entendre au Roi des avertissements pressants^ à la fois paternels et sévères, pour qu'il vous rende sa paix et sa faveur, vous rappelle avec honneur à votre siège, vous rende intégralement ainsi qu'à votre Église les antiques prérogatives, libertés, droits et honneurs qui vous appartiennent, et laisse en paix votre personne et ce qui est à vous, « Nous vous en prions donc. Frère, écoutez nos avertissements ; considérez avec soin la difficulté des circonstances, rappelez-vous comment nos pères « ont « racheté le temps à cause de la malice des jours » où ils vivaient (2), Travaillez à recouvrer la faveur et l'affection du Roi par tous les moyens, selon qu'il

1. Gratien était neveu du B. Eugène III Materials, t. vu, page 65).

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