LES CONFÉRENCES DE BUR
L'arrivée prochaine des nouveaux commissaires du Pape défrayait, on le pense bien, toutes les conversations ([), et dans les deux royaumes l'agitation n'était pas moindie qu'au jour où l'on attendait les cardinaux Odon et Guillaume de Pavie. L'on apprit bientôt que les deux nonces avaient passé les Alpes et se dirigeaient vers l'Auvergne ; à Souvigny, le Roi de France les rencontra et reçut de leurs mains les lettres qu'ils lui apportaient de la part du Souverain Pontife. Sur son avis, Gratien et Vivien renoncèrent à aller trouver le Roi d'Angleterre en Gascogne, et prirent le parti d'attendre en France le retour du prince dans ses états du Nord (2). Gratien écrivit une lettre à l'Archevêque exilé, qui put craindre un moment de ne pas voir les deux plénipotentiaires de la cour romaine ; assez de gens^ paraît-il, s'employaient à prévenir une entrevue que Thomas souhaitait au contraire (3). Il avait confiance en Gratien, sans doute, et devait le connaître depuis longtemps, depuis les jours où il avait négocié à la cour pontificale auprès
1. Materials, t. vn, page 3, Johan. Sarisb. ad Baldwinum Exon. archid. ep. « Excussus propriis ».
2. Ibîd., page 78, Viviani ad Alexand. Pap. ep. « Quod statum nostrum ».
3. Page 8, Th(im. Cantuar. ad ( jratianum ep. « Gratias habemus ».
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d'Eugène III; la parenté du commissaire apostolique avec ce grand Pape était pour prévenir en sa faveur l'exilé qui suivait les exemples jadis donnés par le Bienheureux pontife. Néanmoins Thomas pouvait toujours craindre que les deux nouveaux venus ne fussent à leur tour dupes des ruses et des phrases ambiguës que le Roi d'Angleterre employait avec tant de succès depuis six années bientôt ; il tenait donc à leur ouvrir les yeux et à les prémunir contre les pièges qui leur seraient certainement tendus. Dans sa réponse à la lettre de Gratien il exprima ses regrets de ne l'avoir pas encore vu, et ne dissimula pas ses craintes; mais il eut la joie de voir bientôt arriver à Sens les deux envoyés du Pape, et celle plus grande encore d'apprendre de leur bouche que le Saint-Père ne songeait pas à casser les actes de son légat, étant au contraire fermement décidé à le soutenir. Il avait donné pour instructions de déclarer au Roi d'Angleterre que s'il ne faisait pas la paix avec l'Archevêque selon les conseils du Pontife romain, non seulement tout pouvoir serait rendu au primat de procéder contre lui, mais que le Pape lui-même lancerait les foudres apostoliques (i). En présence de plusieurs témoins graves et dignes de foi, Thomas expliqua à Gratien quelles concessions il ferait pour le bien de la paix, et s'accorda avec les deux commissaires sur la question des excommunications fulminées à Clairvaux. Gratien et Vivien pourraient absoudre les hommes qui avaient été frappés, sous la condition qu'ils obéiraient ensuite aux ordres de l'Archevêque de Cantorbéry, ou du
I. C'est Jean de Salisbury qui nous fait connaître ces détails (loc. cit.) ; il les tenait des deux envoyés de la cour pontificale qu"il avait vus à Vézelay le 22 juillet, quelques jours après leur conférence avec TArchevèque. 11 s'empressait de porter ces nouvelles à la connaissance de ses amis d'Angleterre.