‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 117 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

moins à ceux des mandataires du Pape, et cet engagement devrait être scellé par le serment. De leur côté les plénipotentiaires avaient reçu défense de demeurer auprès du Roi d'Angleterre passé la fête de saint Martin : ce délai expiré sans que la paix fût acquise, ils s'engageaient à replacer dans les liens de l'excommunication ceux qui auraient provisoirement bénéficié des mesures de clémence, à moins que dans les vingt jours ils ne fissent dûment satisfaction à l'Archevêque (i). Thomas pouvait donc être tranquille, car Gratien témoignait des plus fermes dispositions; ayant bien compris la situation, et sincèrement dévoué à la cause de l'Église, il était résolu à déployer toute la vigueur nécessaire. Vivien, sans accentuer autant son attitude, et tout en laissant voir plus de penchant pour des procédés conciliants, ne songeait pas non plus à faiblir ni à trahir la cause que le Pape lui avait confiée. L'Archevêque pouvait donc prévoir que les résultats acquis par ses mesures vigoureuses ne seraient pas perdus, bien que la nouvelle négociation eût retardé l'heure de la victoire ; du moins l'affaire n'avait-elle jamais été remise en de meilleures mains.

Sur ces entrefaites on apprit que le Roi Henri avait quitté la Gascogne et se dirigeait vers la Normandie. Le is août, pour la fête de l'Assomption, il était à Domfront lorsqu'il reçut un message de Gratien, qui faisait remettre au prince des Lettres apostoliques en annonçant son arrivée très prochaine. Henri lut le document pontifical et ne put dissimuler une vive

I. Materials, page 75, « De absolutione episcoporum ». Ce document n'est pas signé ; mais il est écrit par un témoin oculaire, qui rédige ainsi l'acte des conventions passées dans cette conférence; et comme la suite de Thistoire s'accorde pleinement avec les termes de ce contrat, nous n hésitons pas à l'admettre, bien qu'il soit anonyme.

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émotion (i); dès le lendemain, cependant, il fit partir Jean d'Oxford et Renaud archidiacre de Salisburv. chargés d'aller à la rencontre des commissaires du Pape. Ce tut le 23 août que Gratien et Vivien arrivèrent à Domfront, sous la conduite des deux hommes si étrangement choisis par le Roi (2).

Henri était en forêt lorsque les plénipotentiaires entrèrent dans la ville, mais il revint dans la soirée : sans prendre le temps d'aller jusqu'à son logis, il se dirigea tout droit vers la maison qu'habitaient Gratien et Vivien, les salua dans les termes les plus courtois, et se déclara leur hôte. On en était encore aux premiers compliments que dans la rue retentit le son du cor : c'était le jeune Henri Court-Mantel qui venait avec une brillante escorte offrir aux envoyés du Pape le cerf qu'il avait forcé.

Le lendemain matin vers six heures le Roi se présenta de nouveau et manifesta le désir d'ouvrir de suite les négociations. Avec lui se trouvaient les évêques de Rennes et de Séez ; on fit ensuite entrer Jean d'Oxford et Renaud l'archidiacre de Salisbury; un peu plus tard encore celui de I.landaff. Neuf heures durant l'on discuta, et toujours debout selon la coutume de Henri Plantagenet. Du dehors on entendait le bruit des voix, et il était aisé de comprendre que la conférence était assez mouvementée, passant tour à tour des formules courtoises aux éclats

1. Voir pour ces détails, et ceux qui vont suivre, Materials, t. vu, page 70 et suivantes, Amici ad Thom. Cantuar. ep. « In die assumptionis ».

2. On connait assez Jean d'Oxford, et les envoyés du Pape avaient dû eux-mêmes le voir à Tœuvre à la cour pontificale. Quant à Tarchidiacre Renaud, c'était l'un des deux derniers ambassadeurs députés à Bénévent par le Roi, et là aussi Gratien et Vivien avaient vu les manœuvres auxquelles se livraient les agents du souverain anglais, sous prétexte de négocier.

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