‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 118 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de la colère. C'est qu'on discutait un point qui tenait au cœur du Roi : les clercs excommuniés devraientils prêter le serment que réclamaient les nonces d'Alexandre III ? Ceux-ci, nous le savons, avaient promis à Thomas Becket d'exiger cette clause ; mais précisément elle allait à l'encontre du IV article de Clarendon, et Henri ne voulait pas en entendre parler ; c'était pour les plénipotentiaires une excellente raison d'y tenir. Il était plus de trois heures aprèsmidi et le soleil descendait vers l'horizon lorsqu'enfm on vit s'ouvrir les portes de l'appartement où avait lieu la conférence. Le Roi sortit brusquement, les traits agités par la colère, se répandant en récriminations contre la mauvaise volonté que le Pape lui avait toujours témoignée, disait-il :

— Par les oilz Deus! s'écria-t-il enfin, je sais ce ^{^ que j'ai à faire !

— Sire, pas de menaces, répliqua froidement Gra- ''< tien ; la cour qui nous envoie est habituée à dicter < des lois aussi bien aux rois qu'aux empereurs. »

L'image de Barberousse, vaincu et foudroyé, passât-elle devant les yeux de Henri? Toujours est-il qu'il se calma soudain. Sentant qu'il n'avait plus affaire à Guillaume de Pavie ni à Bernard du Coudray, il fit mander les barons avec plusieurs abbés cisterciens qui se trouvaient à la cour, enfin presque tous les clercs de la chapelle royale, et prit à témoins ces divers personnages de l'importance des propositions qu'il avait faites, afin qu'ils pussent les certifier en temps opportun : il avait, disait-il, offert de rendre à l'Archevêque son siège avec la paix ; mais la réponse définitive ne serait donnée que huit jours plus tard, à Bayeux, où le Roi assignait rendez-vous aux envoyés du Pape.

Henri voulait donner à cette nouvelle réunion une importance et un éclat tout particuliers. Il sentait au fond que la situation présente ne pouvait se prolonger, qu'il avait en face de lui de sérieux adversaires et qu'il devait conclure ; aussi ne voulait-il négliger aucune de ses ressources. Un grand nombre de prélats furent mandés, et particulièrement tous les évêques de Normandie; le 31 août ils se trouvèrent réunis à Bayeux avec l'archevêque de Bordeaux, les évêques de Rennes et du Mans, celui-ci amené fortuitement au rendez-vous ; Roger de Worcester ne put arriver que le lendemain ; Jean de Poitiers, retenu par un synode, s'annonçait pour plus tard. Entre tous Arnulf de Lisieux se faisait remarquer par son activité; serait-ce donc à lui qu'il faudrait attribuer la tactique adoptée par le Roi en ces graves conjonctures? Car nous y devinons la main d'un homme d'Église.

Gratien et Vivien ouvrirent la nouvelle conférence en rappelant à Henri II les termes des Lettres apostoliques par lesquelles Alexandre IIÏ réclamait la conclusion de la paix et la réintégration de Thomas Becket dans le gouvernement de son Église. A quoi le Roi répondit par les récriminations tant de fois formulées contre le primat d'Angleterre ; comme l'écrivait Vivien au Pape, c'étaient toujours les mêmes plaintes, exprimées jadis devant Guillaume de Pavie, et tant de fois ressassées depuis lors ; mais Henri ajouta :

^<i Si maintenant je fais quelque chose pour cet « homme en considération des désirs du Saint-Père, « on m'en devra de grands mercis. y^

En d'autres termes il sentait qu'il devait en venir aux concessions, mais il entendait les faire payer; ce-

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