‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 124 sur 372 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

vêque de Rouen, à la grande joie de Geoffroy Ridai. C'est lui, archidiacre de Cantorbéry, qui a conseillé au Roi de tenter cette surprise, pour ne pas conclure de paix qui ne consacrât les statuts de Clarendon. Heureusement Gratien connaît mieux que les précédents négociateurs le terrain sur lequel il marche ; il a, du premier coup d'œil, démêlé le véritable sens de la formule nouvelle et forcé le Roi à démontrer luimême par son attitude que cette prétendue « dignité « du royaume » ne peut se concilier avec la liberté de l'Église. Voilà le mot qui a jeté Henri II dans un accès de fureur ; des diplomates avec lesquels il a traité jusqu'alors aucun n'a osé le lui faire entendre ; Gratien a eu ce courage, et le résultat prouve assez la rectitude de ses appréciations. Henri n'a cherché qu'une paix menteuse, n'a voulu que tendre un piège à l'Archevêque ; mais sa trame est rompue, et il est superflu de songer à négocier davantage. Les plénipotentiaires du Pape remontent à cheval et prennent la route de Caen, accompagnés par l'archevêque de Rouen.

Le bon prélat ne comprenait rien à la résistance obstinée de Gratien et de Vivien. La formule contre laquelle ceux-ci protestaient avait été convenue pendant la nuit entre le Roi et les prélats (i) ; parmi

I. Ceci résulte d'une part de la lettre écrite à TArchevêque par un ami (citée ci-dessus), et où il est dit qu'après le départ des plénipotentiaires, la veille au soir, le Roi avait manifesté l'intention d'ajouter la clause « Salva dignitate regni » ; d'autre part, de l'accord de plusieurs lettres adressées au Pape par l'archevêque de Rouen, Tévêque de Nevers, et autres personnages, lettres que nous mentionnerons plus loin. On y voit que ces prélats approuvaient la clause, dont ils ne comprenaient pas la portée, et qu'ils s'appuyaient sur certain texte, alors connu de tout le monde et qu'ils citent en termes identiques (Ralph de Diceto lui-même, T. I, page 336, reproduit cette citation, dont nous ne savons la source ; mais il fait erreur en la donnant à propos du colloque de Montmartre). Il est assez clair que la formule, proposée par le Roi, avait été agréée par les prélats.

ceux-ci les uns avaient certainement saisi le sens de l'expression suggérée au souverain par Geoffroy Ridel, et Arnulf de Lisieux entre autres était d'un esprit trop délié pour n'avoir pas aperçu le piège; qui sait même s'il n'était pas complice de l'archidiacre de Cantorbéry? En tous cas quelqu'un, et à coup sûr un homme d'Église, avait apporté à l'appui de la motion une citation qui avait fait fortune auprès de ceux qui ne voyaient pas les conséquences de la proposition. La dignité de l'Église, répétait-on, ne saurait nuire à celle du royaume, et les prérogatives de la couronne sont d'ordinaire le meilleur appui de la franchise ecclésiastique ; entre elles existe une connexité nécessaire, puisque les rois ne sauraient faire leur salut sans l'Église, et que l'Église ne saurait vivre en paix qu'à l'abri du sceptre des rois. On se gardait d'ajouter que cette relation, réelle en thèse générale, se trouverait en fait supprimée dans l'hvpothèse de la législation de Clarendon, en vertu de laquelle les libertés de l'Église devaient être absorbées dans les prérogatives de la couronne. L'Archevêque de Rouen et son collègue de Nevers ne songeaient point à cela; aussi ne pardonnaient-ils pas aux commissaires du Pape d'avoir rompu la conférence à propos d'une formule si raisonnable. Malheureusement pour eux Gilbert Foliot lui-môme en jugeait tout autrement, trouvant obscurs et captieux les termes employés par le Roi (i).

Arrivés à Caen, Gratien et Vivien ne tardèrent pas à y être rejoints par une ambassade qu'envoyait

I Gilbert. London. episc. ad magist. David ep. <■ Quiv vestra mihi ». Voici ses expressions : « remoto ambage et obscuritate verborum quaî in colloquio quod cum ipso (rege) Gratianus habuerat universa tiirbaverat... ». On aime à enregistrer des aveux de ce genre, faits par des témoins aussi peu suspects de partialité envers TArchevcque.

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