‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 130 sur 372 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sèment sa longue et brillante carrière, déclarait hautement qu'il obéirait jusqu'à son dernier jour à tout ordre envoyé par le Pape ou l'Archevêque de Cantorbéry : et il enjoignait à son clergé d'agir de même. Barthélémy d'Exeter témoignait de sentiments non moins louables, mais allait se cacher dans un monastère, pour laisser passer la tempête. L'évêque de Lichfield se réfugiait dans la partie galloise de son diocèse, mais non sans avoir fait connaître sa volonté bien arrêtée d'obéir. Le plus hardi avait été Guillaume de Nor\\'ich, qui, malgré une défense à lui signifiée spécialement par les gens du Roi. avait tenu à publier la sentence portée par le Pape contre le comte de Norfolk, sur les terres duquel se trouvait l'église cathédrale. En présence même des fonctionnaires envoyés pour lui interdire la parole, le prélat avait fulminé publiquement l'excommunication du haut de sa chaire ; après quoi il s'était dirigé vers le sanctuaire, et montant à l'autel y avait déposé la crosse en disant : « Je verrai bien qui osera por- « ter la main sur les terres ou les biens de l'Église. » Après cette fière déclaration, lui aussi s'était retiré en secret dans un monastère (i).

Sans s'arrêter à de tels faits qui révélaient assez les dispositions de l'épiscopat, Geoffroy Ridel entreprit d'exécuter la seconde partie des ordres du Roi, en convoquant les prélats à Londres. Il s'agissait d'obtenir d'eux le serment d'obéir à l'édit ; mais pas un évêque, pas un abbé ne répondit à la convocation ; et au jour marqué pour le conciliabule, '■< les

1. Les détails sur la conduite des évêques furent transmis à l'Archevêque, qui s'empressa de les porter à la connaissance de la cour pontificale (ad Alexand. et Johan. clericos suos ep. « Quaî in coUoquio « regum » ; Materials, t. vu, page 176).

« deux archidiacres » se trouvèrent seuls avec l'intrus Clérambaud. C'était trop peu : on se rejeta sur les laïques (i). De par le Roi ils durent jurer de ne recevoir aucune lettre du Pape ni de l'Archevêque, de livrer à la justice ceux qui en introduiraient dans la Grande-Bretagne, et de ne tenir aucun compte des prescriptions contenues dans ces documents. A partir de douze ans, tout anglais fut sommé de prêter ce serment odieux, et ce fut grand'pitié de voir le troupeau sans pasteur se ruer docilement au schisme, du moins à Londres et dans beaucoup d'autres villes: mais en l'absence d'affirmations positives nous aimons à croire que la majorité du peuple ne se laissa pas entraîner. Beaucoup, parmi ceux qui jurèrent ainsi, ne se rendaient certainement pas un compte exact de la gravité d'un tel acte et obéissaient à l'autorité sans interroger comme il l'eussent dû faire leur conscience de chrétiens. Il faut l'avouer, le silence des pasteurs excusait ces pauvres gens dans une certaine mesure ; sans doute le fidèle n'a point à attendre l'ordre d'un évêque pour remplir les devoirs que lui impose la profession de foi catholique; en face d'un serment clairement schismatique, il n'y avait de possible qu'un refus pur et simple ; mais d'autre part les prélats manquaient gravement au devoir pastoral en gardant le silence, en permettant dans leurs diocèses l'accomplissement d'un acte mauvais que

I. La lettre précitée de saint Thomas ne mentionne pas le serment exigé des laïques ; mais d'abord le fait est suffisamment attesté par la lettre que le primat dut adresser peu après aux fidèles pour les blâmer d'avoir cédé aux menaces et prêté un serment scliismatique ; de plus Fitzstephen (pag^e 102) affirme nettement et explicitement ce point. Enfin nous trouvons, cité par le R. P. John Morris (page 334, note 8) un passage de Thomas de Froidmont, chroniqueur du xiii* siècle, qui raconte comment son propre père se comporta dans la circonstance.

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