‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 131 sur 372 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

leur mutisme paraissait autoriser. Ceux du moins qui avaient hautement fait connaître leur sentiment lorsque pareil serment leur avait été demandé, ceuxlà, disons-nous, avaient en partie « délivré leur âme >/ ; et il faut maintenant ajouter à cette liste trop courte un nom bien inattendu, celui de l'archevêque d'York; Roger défendit dans tout son vaste diocèse l'obéissance à la sommation des deux archidiacres ; il est juste de lui tenir compte de cet acte. Mais tous les autres prélats demeurèrent muets, et il fallut qu'une femme leur donnât une leçon méritée : Mathilde de Réviers, comtesse de Devonshire, refusa le serment et défendit à tous ses vassaux de se conformer sur ce point aux injonctions des gens du Roi (i).

Tout cela se passait aux environs de la fête de saint Michel, soit à la fm de septembre et au commencement d'octobre 1169. Dès que l'Archevêque apprit d'aussi tristes nouvelles, il se mit en devoir de rappeler à lui son troupeau fourvoyé. Dans les termes les plus affectueux et les plus dignes d'un pasteur, avec l'empressement d'un véritable père, il écrivit une lettre destinée à être lue aux fidèles (2), et dans laquelle il faisait entendre la vérité à ceux qu'avaient égarés l'ignorance et les menaces. Il leur déclarait qu'un tel serment ne pouvait les lier pour l'avenir, et prenait des mesures pour faciliter autant que possible l'absolution des coupables. C'était une noble façon de déchirer les premières mailles du réseau dans lequel Henri II eût voulu enserrer l'Angleterre, tandis que sur le continent il cherchait tous les moyens d'écarter le danger dont il se sentait menacé.

1. Fitzst., loc. cit. — Il ne faut pas oublier que le chroniqueur, demeuré en Angleterre, est un témoin oculaire.

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