Materials, t. vu, page 220, ep. « Sciatis, carissimi
Le départ simultané de Gratien et de l'archevêque de Sens avait en effet profondément troublé le Roi ; au dire même de ses familiers il était hanté sans relâche par la pensée que ces deux intègres personnages allaient miner auprès du Pape l'œuvre poursuivie depuis cinq ou six ans par sa diplomatie (i). Point de doute qu'ils n'exposassent au Pontife romain, sans la moindre faiblesse, la mauvaise foi du prince avec lequel on s'obstinait à négocier ; nul doute qu'ils n'insistassent pour obtenir la sentence d'interdit que l'Archevêque lui-même venait de formuler conditionnellement. L'archidiacre de Salisbury et Richard Barre avaient sur eux une certaine avance, mais auraient-ils le temps d'achever leur œuvre avant l'arrivée des deux redoutés champions du primat? Dans sa lettre Henri avait insisté, même avec menaces, pour que le Pape expédiât promptement l'affaire ; mais pouvait-on savoir si cette sommation aurait un succès assez prompt? Pour plus de célérité, il voulut essayer de négocier avec Vivien^ qui était demeuré en France, afin qu'à leur arrivée à Rome Gratien et Guillaume de Champagne se trouvassent en présence d'un fait accompli. Vivien s'était montré plus malléable que son collègue : on pouvait espérer l'enlacer; en tous cas la tentative était à faire. Un message fut donc envoyé au commissaire apostolique, l'invitant à venir trouver le Roi ; Henri Plantagenet joignait à sa lettre une somme d'argent pour frais de voyage, disait-il. Vivien se trouvait alors à Tours, se préparant à partir pour l'Italie (2). Indigné
1. Materials, t. vu, page 177, Thom. Cantuar. ad Alexandr. et Jnhan. ep. « Qua'in côUoquio ».
2. Viviani ad Thom. Cantuar. ep. <( Ut cum domino » [Materials, page 192). Vivien date lui-même cet épisode du 29 octobre 1169.
CHAPITRK XI 2 1 1^
de la tentative de corruption dont il était l'objet, il retourna au Roi son argent avec une lettre sévère, par laquelle il le pressait de venir promptement à résipiscence, car la date approchait à laquelle l'interdit devrait être observé dans toute la Grande-Bretagne. Renvoyant le prince à une lettre que l'Archevêque venait de lui adresser et qui contenait l'exposé clair et complet des revendications de l'Église (i), Vivien lui demandait de les agréer sans détours par lettres patentes, et réclamait de plus le baiser de paix pour sceller le traité de pacification, selon l'usage (2). En même temps le délégué du Pape faisait passer au primat la lettre royale, à laquelle une autre était jointe qui était signée de l'archevêque de Rouen ; Vivien suppliait Thomas de ne rien accepter désormais qu'une charte authentique émanée du Roi pour établir les conditions de la paix. Il sentait bien que Henri II cherchait à conclure, et qu'il importait de ne pas se laisser prendre à quelque piège tel que le cauteleux souverain en savait tendre.
Vivien ne tarda pas à recevoir du Roi une nouvelle invitation avec des assurances propres à le séduire ; cette fois il se rendit auprès du prince ; il y eut entre eux ce que nous appellerions aujourd'hui un échange de vues, et peu de jours après Thomas recevait de Vivien la lettre suivante :
« Béni soit Dieu, Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui se prépare, contre l'attente d'un grand nombre, à réunir de nouveau par le lien d'une charité indissoluble ce qu'avaient disjoint les conseils des pervers. Rappelé en présence du Roi, nous nous