CHAPITRE XI
Thomas apprit de la bouche même du négociateur les détails de son entrevue avec le Roi (11. Celui-ci s'était engagé solennellement à faire la paix selon les instructions du Pape et les conseils de Vivien lui-même ; plus encore : une charte authentique, munie du sceau royal et mise sous les yeux de plusieurs témoins, promettait au nom du prince, et pour l'amour du Souverain Pontife, la restitution en toute sécurité de l'Église de Cantorbéry, et de toutes les possessions enlevées tant au primat qu'à ses compagnons d'exil. Henri avait ensuite annoncé qu'il entrerait en pèlerin sur les terres de France pour aller rendre ses devoirs au glorieux martyr saint Denys, dans sa basilique située aux portes de Paris; les égards diplomatiques obligeraient bien alors Louis le Jeune à venir saluer l'illustre visiteur. On laissait même dire que le Roi d'Angleterre voulait à cette occasion remettre son second fils Richard en la garde de son suzerain, et confier au Roi Louis le soin de prononcer sur les questions litigieuses relatives au comté de Toulouse, depuis si longtemps disputé.
Au moment où Vivien rencontrait l'Archevêque à Corbeil, Henri II avait déjà dépassé la frontière et s'avançait vers Saint-Denys ; Louis le Jeune se dirigeait de son côté vers l'abbaye, et d'avance l'entrevue était réglée ; le plan réussissait à souhait. Thomas, pressé par le Roi de France et le négociateur italien, se dirigea vers Paris; il était d'ailleurs entendu que l'exilé demeurerait au Temple, tandis que Henri serait à Saint-Denys, et les deux parties devaient communiquer par intermédiaires.
Après avoir fait ses dévotions au tombeau de l'Apô-
I. Materials, t. vu, page 162, Thora. Cantuar. ad W'illelm. Senon. archiep. ep. : « Impossibile est ».
tre de Paris, le Roi d'Angleterre déposa en hommage sur l'autel de l'abbaye un manteau précieux et quatrevingts pièces d'or, gages de ses pieux sentiments. Puis les deux princes, entourés de la meilleure noblesse de France, échangèrent les salutations et les politesses d'usage; visiblement Louis le Jeune était charmé des généreuses dispositions de son hôte, et la perspective d'avoir en sa noble garde l'héritier d'Aquitaine, déjà constitué son vassal, éblouissait le trop confiant souverain. N'allait-il pas ainsi couronner l'œuvre fondée par les traités de Montmirail et de Saint-Léger?
Vivien parut à son tour et pria le Roi Henri de mettre la dernière main aux conventions publiquement faites au sujet de l'Archevêque ; mais il eut la surprise de voir le prince modifier les termes de l'accord signé peu de jours auparavant. Telle était bien la manière ordinaire de Plantagenet ; cependant il faut dire que précédemment il n'avait jamais été jusqu'à renier le sceau royal. Indigné, Vivien ne put souffrir en silence un pareil oubli de la foi jurée; devant la noble assemblée il fit entendre au Roi d'Angleterre de dures paroles et mit en évidence la duplicité de sa conduite. Plus tard il alla répétant n'avoir jamais rencontré menteur plus effronté, et il écrivit au Pape que le Roi ne pouvait dire un mot qui ne fût un piège tendu à l'Église (i). Pour le moment il vit Henri 11 se diriger vers Paris, dans l'intention, disait-on, de saluer la Reine de France. Il n'en était rien, on le reconnut bien plus tard ; le prince voulait seulement ne pas rompre les négociations. Ayant promis beaucoup naguère pour obtenir