CHAPITRE XI
pas possible ; nul ne pouvait savoir au juste à quelle somme montaient les revenus des innombrables bénéfices donnés par le Roi à des intrus ou même à des laïques, sans parler de la fortune mobilière de l'Archevêque confisquée lors du parlement de Northampton. Le primat tenait cependant à ne pas abandonner toute revendication sur ce point, car ces biens mobiliers étaient biens d'Église au même titre que les possessions territoriales ; mais il s'en rapportait d'avance à ce qu'en déciderait le Pape, qui seul était maître de renoncer au droit que l'Église avait sur cet argent. Toutefois l'Archevêque estimait qu'il fallait réclamer la moitié de la dette contractée par le Roi comme conséquence de ses usurpations ; car Thomas savait que les laïques dénommés administrateurs des biens ecclésiastiques depuis cinq ans n'avaient fait que ruiner les manoirs et les terres dont ils avaient la gestion; il y aurait donc des réparations considérables et des frais énormes à faire pour rétablir les choses dans un ordre à peu près satisfaisant, et il était juste que le Roi rendît, pour y faire face, une partie au moins de ce qu'il avait pris. Mais l'archevêque de Rouen et l'évêque de Séez ne crurent pas possible d'obtenir une restitution aussi importante ; ils proposèrent de demander mille marcs comme indemnité de voyage pour l'Archevêque et ses compagnons, lorsqu'ils retourneraient en Angleterre.
Sur un autre point encore ils voulaient préciser : quelles étaient les possessions territoriales dont le primat demandait spécialement le retour à l'Église ? Thomas répondit qu'étant exilé depuis de longues années, n'ayant pu avoir avec l'Angleterre que des relations rares et furtives, il ne pouvait savoir d'une manière exacte quels biens avaient été aliénés par le
Roi ; néanmoins il profita de la circonstance pour formuler quelques revendications significatives. Il demanda donc que Henri restituât en général toutes les possessions que l'Archevêque Thibaut avait eues entre les mains, et celles qui dépendaient de l'Église primatiale à l'époque du concile de Tours (i). On constata bientôt à ce propos que Thomas devinait pour ainsi dire les intentions du Roi. Il réclama ensuite :
i" Le château de Saltwood, que jadis Henri d'Essex avait tenu en fief de l'Archevêché. Le Roi, ayant fait condamner ce comte comme coupable de félonie, avait retiré à lui les fiefs que le malheureux seigneur tenait de la couronne : il paraissait juste que le domaine pour lequel Henri d'Essex avait été feudataire de l'Église fît de même retour à l'Église,
2" Le fief de Guillaume de Ros (2), enlevé autrefois à l'Archevêché de par les shérifs à l'encontre de la protestation du primat. La terre que détenait Guillaume avait été donnée à l'Église par le Roi Etienne : lors de la convention de Winchester qui termina la guerre civile, Henri avait juré solennellement de laisser aux diverses Églises les domaines qui leur avaient été concédés par Etienne. Mais surtout, en posant comme condition la cassation des procédures suivies dans le cas de Guillaume de Ros et dans celui de Henri d'Essex, le primat entendait détruire l'article vuf des statuts de Clarendon ; ce qui impliquerait de la part du Roi une renonciation à ce code funeste, et il deviendrait inutile même d'en prononcer le nom, ce que l'on évita en effet avec soin (3).
1. Materials, t. vu, page 174, Thom. Cantuar. ad Alexandr. et Jolian. ep. « Qua: in colloquio >>.