‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 139 sur 372 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

3" Thomas réclamait en dernier lieu le domaine de Mundenham, celui-là même qui avait fourni à Jean Maréchal l'occasion d'engager la procédure dérisoire dont la conclusion avait été le scandaleux jugement de Northampton (i). La restitution de cette terre équivaudrait au désaveu des scènes odieuses que personne n'avait encore oubliées.

A raison de la portée de ces diverses revendications, l'Archevêque déclara ne pas vouloir signer la paix et préférer l'exil perpétuel si le Roi n'y voulait pas accéder. Mais les trois intermédiaires, se faisant forts d'obtenir justice entière sur la question des biens fonciers, retournèrent vers les princes.

Après avoir entendu lire d'abord la supplique de l'Archevêque, Henri ne montra aucune humeur ; autour de lui un murmure d'approbation avait accueilli cette lecture, et le Roi ne voulait plus se donner le tort de paraître brutal. Il approuva donc, et répondit qu'en effet il était tout prêt à rendre au primat les biens de son Eglise tels que les avait possédés les précédents Archevêques. Heureusement Vivien avait appris à peser les paroles du Roi : réduire à ces termes la concession du prince était simplement dépouiller la primatiale des domaines reconquis par Thomas Becket depuis son intronisation jusqu'à son départ pour l'exil; c'était par là même ratifier les jugements iniques prononcés au profit de Guillaume de Ros et de Jean Maréchal ; c'était par voie de conséquence donner une sanction aux coutumes de Clarendon ; c'était en un mot conclure la paix directement au rebours des plans de l'Arjchevêque et des intérêts de

I. Thomas Becket (loc. cit.) note que Jean Maréchal, mis par le Roi en possession de cette terre, était mort ainsi que ses enfants peu de temps après, frappé, dit-il, par la vengeance de saint Anselme.

l'Église (i). Vivien savait assez que jamais Thomas ne signerait pareil traité ; mais n'étant plus qu'un agent officieux, il n'objecta rien et poursuivit l'exposé des revendications formulées par l'Archevêque,

Il en vint donc à demander si le Roi consentirait à donner le baiser de paix au primat. La réponse ambiguë faite à la même question lors de la conférence de Bur ne pouvait plus tromper personne, mais Henri en avait une autre toute prête (2). Il allégua qu'un jour, étant fort irrité contre Thomas Becket, il avait juré de ne jamais le recevoir au baiser de paix; cependant le Roi ne s'opposait pas a ce que son fils aîné donnât au primat ce gage de réconciliation. Ce n'était pas de quoi il s'agissait ; pardonnait-il personnellement à l'Archevêque et le recevait-il en grâce ? Là était la question, que Henri ne voulait pas résoudre. On s'étonnait autour de lui ; Vivien revenait à la charge ; mais la conscience du vertueux prince était engagée, à aucun prix elle ne lui permettait de violer un serment, même celui-là. Louis le Jeune aurait pu intervenir ; il ne le fit pas, malgré les prières de Vivien, ne voulant pas, disait-on, se montrer importun envers son hôte royal ; mais l'abstention du Roi de France prouvait seulement qu'il craignait de compromettre les résultats que sa politique espérait tirer de l'entrevue. La scène, au reste, se termina brusquement. Ne voulant pas sortir par la seule voie

1. C'est le jugement que porte explicitement Vivien lui-même dans son rapport au Pape (ep. « Omnem operam » Materials, page 169).

2. Ce qui prouve que cette réponse était dès longtemps préparée, c'est qu'au moment même où le Roi la fctf"mulait à Montmartre, ses gens la présentaient au Pape, à Bénévent (Alexand. Papœ ad Henricum regem ep. « Dilecti filii nostri » ; Materials, t. vu, page 204). C'était donc affaire concertée avant le départ des ambassadeurs, soit dès le mois de septembre.

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