I. Garn. P. S^ M., page 126 et suiv. — Herb., page
Après de longues et silencieuses réflexions, un jour enfin l'Archevêque réunit ses compagnons d'exil; avec eux il examina la position respective des deux partis engagés dans la lutte, puis leur demanda inopinément s'ils ne jugeraient pas opportune sa démission du siège primatial? Atterrés d'abord par une proposition si imprévue, les amis de Thomas se récrièrent bientôt à l'envie, déclarant qu'il y aurait trahison à déserter le combat engagé pour l'Église, et qu'on ne saurait supporter de voir le pilote abandonner ainsi le gouvernail au milieu de la tourmente. Ils souffraient pour la même cause que leur maître, ces conseillers dévoués, et l'on pouvait les en croire lorsqu'ils déclaraient indispensable la continuation de la lutte. Le primat ne répondit rien à leurs remontrances ; mais h son attitude on comprit qu'il reprenait toute son énergie et regarderait désormais sans faiblesse la tâche que Dieu lui imposait.
Quelques jours encore il pria, et seul, absorbé dans ses graves pensées, délibéra sur la conduite à tenir. Le mois de juin était arrivé; la fête de l'Ascension passée, Thomas annonça à ses fidèles qu'ils auraient à le suivre dans un voyage, et bientôt avec sa petite escorte il prit la route du nord, se dirigeant vers Soissons (i). Arrivé dans cette ville, le
I. Nous plaçons le voyage à Soissons avant les faits qui eurent lieu à Vézelay, de même que nous plaçons l'appel du Roi, dont il va être parlé plus loin, après ces mêmes faits. Eln quoi nous suivons la version de Herbert (page 381 et suiv. ; mais nous contredisons celle de Jean de Salisbury [Mat. t. v. page 392 ; ep. ad Bartholom. Exon. « Licet ex more »). Jean écrivait au moment même où se passaient les événements, mais il écrivait de Reims où il séjournait, ne connaissant les faits que par ouï-dire. Herbert a écrit beaucoup plus tard, et nous avons reconnu qu'il y avait de ce fait à contrôler ses récits. Mais dans la circonstance qui nous occupe, nous observons que de tous les biographes il est le seul qui fût présent alors aux côtés de Thomas ; de plus, sauf une erreur de date, son récit présente un tel caractère de précision qu'évidemment