‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 15 sur 372 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

légat commença une série de pèlerinages et de veilles saintes qui pouvaient faire pressentir à ses amis la gravité de sa résolution. La première nuit se passa dans l'église de l'abbaye royale des Bénédictines de Notre-Dame, à prier devant les reliques de la Sainte Vierge. La seconde fut consacrée, dans la même église, à une véritable veillée des armes. L'abbaye possédait le corps de son glorieux fondateur, saint Drausin, évêque de Soissons au viT siècle, honoré en France, en Lorraine, et dans presque tout l'Occident, comme patron des chevaliers qui allaient combattre les ennemis de la foi. On les vovait venir d'Angleterre comme d'Italie pour prier le bienheureux pontife, et se recommander à sa puissante protection en passant la nuit devant sa châsse. Etait-ce donc à dire que l'Archevêque eût dessein de descendre aussi dans la lice et d'attaquer corps à corps un puissant ennemi ? La troisième nuit s'écoula encore dans la prière, mais cette fois à l'abbaye de Saint- Médard, devant les reliques de saint Grégoire le Grand, auquel l'Angleterre devait, avec ses apôtres bénédictins, la renaissance de sa foi. Le plan de Thomas s'accusait ainsi graduellement.

Le quatrième jour l' Archevêque-légat quittait Soissons, et reprenait le chemin de Pontigny; mais au lieu de rentrer au monastère, il le dépassa et poussa

il est véridique. Il y a là des circonstances trop notables pour que Herbert ait pu confondre ; ainsi lorsqu'il parle de deux voyages distincts là où Jean n'en note qu'un seul ; or, ces voyages, Herbert les a faits lui-même avec son maître, et il en donne les motifs compendieusement exposés, selon sa coutume. Une lettre de Nicolas du Mont-aux-Malades à saint Thomas vient confirmer cette version, en disant comment l'archevêque de Rouen a été blessé que le primat ait évité de le rencontrer (t. v, page 419). C'est bien l'attitude que Herbert prête à l'Archevêque légat. Quant à l'appel du Roi après Vézelay, il se comprend, tandis que placé avant Vézelay il devient absolument inintelligible.

jusqu'à l'abbaye de Vézelay, située à une étape audelà, vers le midi, et qui comptait déjà dans son glorieux passé plus d'une date célèbre. C'était là que saint Bernard avait, moins de vingt ans auparavant, prêché la seconde croisade ; et depuis un an, l'invention d'un corps saint, que l'on croyait être celui de sainte Madeleine, attirait à la grande abbaye bénédictine un concours immense de pèlerins de toutes nations.

Le dimanche de la Pentecôte était arrivé (12 juin 1166) (i). A la prière de l'abbé Guillaume de Merlot, l'Archevêque de Cantorbéry célébra pontificalement la messe dans la noble basilique de Vézelay, un des plus précieux joyaux de l'ordre de Cluny. Après l'évangile, on le vit monter à l'ambon dans tout l'appareil de sa puissance spirituelle, et adresser à la foule pressée des paroles empreintes de cette force que donne seul l'Esprit-Saint. Bientôt le discours se précise, et l'émotion est grande, aussi bien dans la nef que dans le chœur de l'église, lorsqu'on entend l'Archevêque primat d'Angleterre, légat du Saint- Siège, aborder nettement la question de son différend avec le Roi Henri. Rappelant quel en est le sujet, quels indignes traitements lui et les siens ont subis de la part du prince, quels avertissements et quelles

I. C'est ici que Herbert commet une erreur ; il donne la date du 22 juillet, fête de sainte Madeleine. Mais Jean de Salisbury écrit que les faits eurent lieu le 12 juin, fête de la Pentecôte (loc. cit.) ; et, quoique absent, il pouvait être bien renseigné sur ce point. Le témoignage de Nicolas du Mont-aux-Malades (loc. cit.) vient ici appuyer celui de Jean et contredire celui de Herbert. Ecrivant à l'Archevêque lui-même, il dit qu'on s'attend à voir condamner le Roi en la fête de sainte Madeleine, après avoir vu frapper ses conseillers à Vézelay. Il parle dune réunion d'évêques anglais qui devait avoir lieu en Angleterre en la fête de saint Jean-Baptiste, et sa lettre doit évidemment être datée des premiers jours de juillet au plus tard. Or elle est postérieure aux événements de Vézelay ; nous adoptons donc la date fournie par Jean de Salisbury.

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