‹ Saint Thomas de Cantorbéry (volume 2)Chapitre 16 sur 372 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

démarches il a en vain multipliés depuis dix-huit mois et plus, Thomas Becket recommande aux prières des fidèles sa cause qui est celle de l'Église. Mais il ne s'arrête pas là, et un frisson court parmi l'auditoire en entendant le majestueux Pontife lancer solennellement, du haut du jubé, un monitoire à l'adresse du Roi d'Angleterre : sache Henri II Plantagenet qu'une terrible sentence le menace. La foudre ne le frappera pas encore, mais elle éclate à ses côtés ; le primat de Cantorbéry fulmine l'excommunication contre Jean d'Oxford, détenteur du doyenné de Salisbury malgré la défense du Pape, et négociateur d'un traité coupable avec l'Empereur schismatique : contre Richard d'Ilchester, complice du précédent; contre Richard de Luci et Jocelin de Bailleul, rédacteurs des statuts de Clarendon ; contre Randolf de Broc, Hugues de Saint-Clair et Thomas Fitzbernard, usurpateurs des biens de l'Église primatiale ; contre l'évêque Jocelin de Salisbury, coUateur du doyenné de son chapitre en violation d'une défense pontificale et des droits de plusieurs chanoines de son Église; enfin, contre quiconque portera désormais atteinte aux droits de l'Église de Cantorbéry. Cette dernière sentence vise plusieurs prélats, notamment Roger d'York et Gilbert de Londres.

Mais l'Archevêque-légat ne s'en tient pas aux questions de personnes ; il veut mettre la cognée à la racine du mal, et publie la censure dont le Pontife romain lui-même a naguère frappé les articles de Clarendon. L'excommunication est fulminée contre quiconque à l'avenir prétendrait mettre en pratique une des maximes suivantes :

1° Un évêque ne peut excommunier un feudataire du Roi sans l'autorisation royale.

2" Un évcque ne peut punir ses diocésains pour crime de parjure ni de félonie.

y Les clercs doivent relever des tribunaux laïques.

4" Les questions de dîmes ou de bénéfices doivent ressortir à ces mêmes tribunaux.

5° Appel ne peut être interjeté au Siège apostolique sans l'autorisation du Roi.

6" Aucun dignitaire de l'Église ne peut, sans cette même autorisation, se rendre à la convocation du Pape.

Maximes fausses et réprouvées, déclare l'Archevêque-légat ; et ce ne sont pas d'ailleurs les seuls points sur lesquels les statuts de Clarendon blessent la loi divine et les canons de l'Église. Que les évêques d'Angleterre soient donc déliés de toute promesse faite au sujet desdits articles, le légat se réservant au surplus de leur adresser des instructions.

Après avoir accompli cet acte de vigueur vengeresse, Thomas Becket descend de l'ambon et continue la cérémonie pontificale, mais au milieu de quelle émotion! Sans doute «il a délivré son âme», ainsi qu'il le dit ensuite à Herbert, mais il n'a pu empêcher les larmes d'altérer sa voix. Ses fidèles sont dans la stupeur, car ils n'étaient pas le moins du monde avertis ; par délicatesse, leur maître les avait tenus dans l'ignorance de son dessein pour ne pas les rendre, à un degré quelconque, responsables de son initiative et ne pas les exposer à de cruelles représailles. Quant au peuple qui se presse dans les nefs, il va porter partout la nouvelle des sentences fulminées devant lui ; qu'elles acquièrent ainsi un plus grand retentissement, c'est ce qu'a cherché l'Archevêque, et il aura ainsi rendu à l'Église un service d'autant plus grand. Les pernicieuses maximes formulées à Clarendon ne

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